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Comment s?opposer aux ennemis jurés de l?asthmatique

9 mai 2008, 00:00

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«Si on considère notre corps comme une rivière, nos poumons en seraient les rives. Et toutes les fumées toxiques que nous inhalons finiraient par s?y déposer, comme les ordures que l?on jette dans la rivière finissent par échouer sur la rive?» N.C Paratian, pneumologue d?origine mauricienne exerçant à l?île de La Réunion, veut à travers cette image, faire comprendre une chose précise : face aux problèmes respiratoires, il n?y a rien de tel que de prendre conscience de ce que l?on inflige à son propre corps ou encore de se rendre compte des atteintes extérieures qu?il subit de plein fouet. Et à partir de là, il faut tâcher d?y remédier. Une démarche qui se fait à tous les niveaux?

Si on parle souvent d?allergies chez des patients asthmatiques (selon le Dr Paratian, 67 % des asthmatiques sont allergiques à partir de l?âge de 5 ans), on a parfois tendance à négliger certains des allergènes s?avérant redoutables pour ces personnes. On met, en effet, en cause le pollen, les acariens et les poils d?animaux, par exemple. Mais on oublie tout ce que l?on inhale au quotidien : fumées expulsées par les véhicules qui pullulent, cigarettes, voire cannabis pour certains !

Pour le Dr Paratian, qui est également le président de la société de pneumologie de l?océan Indien, il n?y a rien de tel que la prévention. Le médecin est arrivé à Maurice le 3 mai pour une conférence à l?hôtel Gold Crest dans le cadre de la Journée de l?asthme, mardi dernier. Il repart pour La Réunion demain.

Pourquoi, se demande-t-il, courir le risque d?avoir des problèmes respiratoires quand on sait qu?on pourrait les éviter ? «Pourquoi seriez-vous embêté si quelqu?un mettait du diesel dans votre voiture qui roule à l?essence et ne vous alarmeriez-vous pas en donnant à votre corps, à travers la cigarette, des multitudes de choses toxiques au lieu d?air pur ? La partie curative étant difficile et surtout chère, il est grand temps de trouver d?autres solutions, de prendre des mesures en ce qui concerne la pollution, le tabac?»

Car la pollution affecte définitivement l?asthmatique. Pour appuyer ses dires, le Dr Paratian explique qu?une expérience a été faite par des chercheurs à Londres, où des patients ont dû évoluer quelque temps à Hyde Park (où la pollution est relativement basse) puis à Oxford Street (qui affiche un taux de pollution important). Résultat : alors que l?asthmatique se sentait bien à Hyde Park et n?a eu aucun problème, ses fonctions respiratoires ont été durement mises à l?épreuve à Oxford Street. On imagine donc aisément ce que la pollution qui prévaut notamment à Port-Louis peut faire?

Conjoints et parents coupables

Outre la pollution, il y a aussi la cigarette. Une chose que fait ressortir notre interlocuteur, c?est que les pouvoirs publics devraient agir pour empêcher de fumer dans les lieux publics, comme les restaurants, les bars, discothèques etc. Car le fumeur n?affecte pas sa seule santé en fumant une cigarette, on le sait, il affecte aussi celle des autres.

Et il est d?autant plus désolant de savoir que les fumées qu?il expulse, soit celle que respirent les autres qui sont à côté de lui, sont plus dangereuses encore. «Des chercheurs sont arrivés à la conclusion que quelqu?un qui fume quatre cigarettes en fait fumer une à son entourage. Le compte est vite fait. Le mari, la femme ou le parent qui a fumé un paquet de 20 cigarettes en a fait fumer cinq à son conjoint ou à ses enfants. On sait aussi qu?une femme en contact avec un mari fumeur a six fois plus de risques de développer un cancer que celle dont le mari ne fume pas. Il faut aussi faire ressortir qu?un enfant né de mère fumeuse garde des séquelles au niveau des bronches toute la vie.»

Les maladies respiratoires comme la bronchite chronique sont évitables, qu?on se le dise. Et si chacun prend ses responsabilités à c?ur, il n?y a aucune raison pour que le nombre de personnes atteintes ne baisse pas. «Quand on pense à la pollution, on devrait surtout penser à un enfant en bas âge qui marche dans les rues, avec ses parents. Le fait est que l?enfant va se retrouver à une hauteur où il inhale encore plus de gaz carbonique. En plus, à cet âge, les bronches sont encore plus fragiles, ce qui n?empêchera certainement pas les particules polluantes de s?y déposer. Les bronches vont donc réagir, il va y avoir inflammation. Et celle-ci peut s?aggraver et devenir chronique. Et vous adultes, sachez aussi que rien qu?en respirant du diesel, on peut faire un infarctus du myocarde.»

Coûts élevés des traitements

Autre facteur crucial : le fait que le cannabis est de plus en plus consommé, notamment par les jeunes. Il est important qu?ils sachent, souligne notre interlocuteur, que le cannabis est cinq fois plus toxique que le tabac. Et ceux qui en consomment courent le risque de développer des maladies bronchiques chroniques. Cela devrait faire réfléchir plus d?un?

La prévention est d?autant plus de rigueur que le prix des médicaments peut s?avérer très élevé. Interrogé, un pharmacien nous a ainsi expliqué que le coût des médicaments prescrits aux asthmatiques, dont les corticoïdes inhalées, se situe dans une fourchette allant de Rs 100 à Rs 1000, voire plus. S?il y a des complications, la barre des Rs 1 000 peut être dépassée. Et dépendant des cas, on doit parfois renouveler ces corticoïdes au bout de deux semaines.

Si les maladies respiratoires peuvent être traitées par des médicaments, il faut garder en tête que réguler les éléments extérieurs qui sont des facteurs qui déclenchent et entretiennent la maladie s?avère tout aussi fondamental. La solution devrait être trouvée tant à partir du patient, du médecin que des pouvoirs publics?

JOURNEE MONDIALE

Campagne d?information

■ La Société des médecins et dentistes de l?école française (Smedef) organise, le dimanche 11 mai, de 10 heures à 14 heures, une série d?activités à la municipalité de Quatre-Bornes dans le cadre de la Journée mondiale de l?asthme. Causeries, explications et démonstration sont prévues. Parmi les médecins qui interviendront, le Dr François Leung, pédiatre, et le Dr Daureaawoo, qui parlera d?affections comme la rhinite allergique et des symptômes qui y sont associées. Le président de la Smedef, le Dr Denis Li Kam Wah, fait ressortir que différents types de matériel seront mis à leur disposition ce jour-là en vue de démonstrations et d?explications visant à aider les membres du public à bien utiliser des appareils comme le nébuliseur, entre autres. Les médecins feront aussi comprendre à ceux présents qu?il est faux de dire qu?il faut éviter de faire du sport quand on est asthmatique. Le but de cette journée, explique le Dr Li Kam Wah est de garder les patients informés.

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