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Comment sauver l?université
L?éducation nationale est-elle en crise ? Après les remous entourant les examens du primaire et les agitations autour des subsides pour les examens du secondaire, l?université de Maurice (UoM) s?ajoute à l?équation, alourdissant le dossier éducation.
« Non. La société mauricienne en général aborde la fin d?un cycle. Nous sommes à un moment de transition et forcément, cela provoque des problèmes. Il y a des réflexes du passé qui remontent à la surface. Mais notre réflexion doit être plus axée sur les solutions que les problèmes », maintient le ministre de l?Éducation, Dharam Gokhool.
La situation financière difficile dans laquelle se trouve le campus de Réduit soulève des vagues. Les interventions passionnées des employés de l?UoM, de même que l?implication timide des représentants des étudiants ont levé le voi-le sur l?état de ses comptes : un déficit de Rs 40 millions pour l?année financière 2006-2007. Depuis, la gestion financière a été référée au Mauritius Audit Bureau (Mab), sous la supervision de la Tertiary Education Commission (Tec).
« Le montant de Rs 40 millions avancé n?est pas exact. Le déficit est d?environ Rs 14 millions. C?est pour cela que la gestion financière a été placée sous le Mab, pour permettre à l?UoM d?amorcer cette fin d?année financière confortablement. C?est un exercice tout à fait normal, et qui se pratique dans toutes les institutions », précise le ministre de l?Éducation. Mais malgré la différence des chiffres avancés, il règne aujourd?hui un malaise à l?UoM. La coupure des dépenses influe directement sur la qualité des services et enseignements prodigués, alors qu?un flou persiste quant à l?avenir, et en frustre plus d?un.
Enseignement pratique en atelier et laboratoire supprimé, annulation des séminaires de professeurs étrangers en matière de gestion, pas plus de cinq polycopiés aux enseignants par classe, les coupures imposées se font de plus en plus sentir à l?UoM.
Toutefois, les voix qui s?étaient élevées il y a quelques semaines n?osent plus venir de l?avant vu l?irritation des administrateurs. Ainsi, après plusieurs séances de pourparlers avec la Tec, le vice-chancelier de l?UoM, le professeur Indur Fagoonee, insiste sur le fait que « la situation s?est décantée. Nous avons eu une séance de travail avec la Tec vendredi dernier, et tout est en train d?être fait pour remettre l?université sur les rails ».
<B>Des étudiants pris de court</B>
Avis que partage Mono Bunwaree, Senior Lecturer à la faculté des sciences et président de l?Academic Staff Union. Ce dernier précise qu?il ne veut pas entrer dans les « règlements de comptes personnels » et autres « attaques sous la ceinture », tout en précisant : « Je n?ai reçu aucune doléance, écrite ou verbale sur une quelconque situation qui se dégrade au niveau de l?enseignement à l?université. »
Est-ce qu?un appauvrissement financier mènera à une paupérisation académique ? La réponse de Mono Bunwaree est claire : « Je pense que cela se fera seulement dans certains cas de figure. »
Mais le quotidien des professeurs et étudiants est tout autre. Kavita Judoo, Senior Lecturer à la faculté de droit et de gestion affirme que « nous subissons tous cette situation. On constate un déclin sur la qualité du service ». Si elle avoue être dans le flou, et entendant ça et là les échos de possibles solutions dans les couloirs de la faculté, Kavita Juddoo déplore ne pouvoir qu?apaiser les craintes les étudiants, sans toutefois leur promettre une amélioration quelconque. « Ils avaient demandé un remboursement pour les frais dépensés lorsque les professeurs étrangers étaient censés venir pour les séminaires. Mais ils n?ont eu aucune réponse jusqu?à présent », confie notre interlocutrice
Si la gestion financière sous le Mab permettra à l?université d?amorcer la fin de l?année financière 2006-2007 confortablement, celle de 2007-2008 s?annonce tout autre et la question des frais de scolarité a pris les étudiants de court.
Jagdish Manrakhan, ancien haut responsable de l?UoM, n?exclut pas cette option. « La question des frais de scolarisation à été plus d?une fois évoquée. Il est important de souligner que les étudiants paient d?autres montants à l?université. Toutefois, même si le gouvernement aide substantiellement l?université, il n?en demeure pas moins que l?absence de versement de frais de scolarité est un handicap certain dans le budget de l?institution. »
Il poursuit en disant qu?il faudra envisager de faire débourser des frais universitaires, et ce, de manière progressive. Mais ce n?est pas là la seule source de financement. « Quant aux projets, l?université à toujours bénéficié du soutien du gouvernement et d?institutions locales et internationales.
Il faudrait savoir pourquoi certains projets n?ont pas eu le soutien escompté, et si l?université est en panne, il se pourrait que d?autres ne voient jamais le jour. On a pu aussi grossir un certain nombre de projets », souligne Jagdish Manrakhan.
<B>Diversification des sources de financement</B>
Mais alors que tous les observateurs recommandent une diversification des sources de financement de l?université de Maurice, est-ce juste d?en faire porter le poids aux étudiants ? « Il faut rappeler que les cours de l?université de Maurice étaient ébauchés dans un contexte précis, alors que la demande du marché du travail mauricien était tout autre. Aussi, la gratuité des cours s?inscrivait dans une politique qui prônait auparavant l?éducation gratuite à tous les niveaux. On aborde aujourd?hui la fin de ce cycle », explique le ministre de l?Éducation, Dharam Gokhool.
Ce dernier confie aussi que les étudiants ne seraient pas complètement hostiles à l?introduction de frais de scolarisation.
« Un diplôme universitaire coûte en moyenne Rs 400 000 à l?étranger, contre environ Rs 8 000 ici. Nous ne demandons pas aux étudiants de payer Rs 400 000, mais d?apporter leur contribution à l?institution. Ceux avec qui j?ai eu des discussions sont d?accord, mais à la seule condition qu?ils voient une amélioration dans le niveau de service qu?ils ont à l?UoM. » Et là, Dharam Gokhool met le ballon dans le camp de l?administration de l?université.
Car une des critiques formulées par les étudiants pour justifier leur résistance face aux fameux frais de scolarisation, est qu?ils ne comprenaient pas la gestion des fonds de l?administration, vu l?état pitoyable de la bibliothèque ou d?autres équipements de l?institution. C?est pour cette raison qu?ils avaient demandé les relevés des comptes de l?UoM pour savoir comment sont dépensés les general fees dont ils s?acquittent déjà. « C?est pour cela que j?attends que l?administration de l?université arrive avec un plan stratégique, pour démontrer comment elle va mieux gérer toute somme provenant d?éventuelles nouvelles sources de financement », déclare le ministre de l?Éducation. Outre la « contribution » des étudiants, quels sont les autres modes de financement ? « J?attends un déclic du secteur privé, même en retard, comme sur la question de la suppression des subsides pour les examens du secondaire », confie Dharam Gokhool.
Mais qu?en est-il de l?université ? La compétition des autres institutions privées à Maurice devient de plus en plus féroce, car celles-ci arrivent à exploiter des « marchés niches » de la formation, en proposant des cours plus adaptés à une île Maurice contemporaine, notamment des diplômes en graphisme, web design ou autres marketing.
<B> « La compétition devient féroce » </B>
À l?instar de la Mascareignes Academy of Economics, Law and Management (Malem), qui réussit le coup d?inviter de nombreux « gourous » dans divers domaines. Faisant salle comble à chaque fois, l?institution privée a non seulement fait un grand coup médiatique, gagnant en réputation et crédibilité, mais elle a aussi probablement vu ses caisses généreusement renflouées.
De plus, la De Chazal Du Mée (DCDM) Business School prévoit bientôt la construction de tout un campus universitaire à Moka. Ainsi, le temps où l?UoM était la seule institution d?enseignement supérieur et la plus crédible est peut-être loin derrière. Propos auquel Dharam Gokhool répond : « Je ne vois pas comment on pourra faire autrement que d?introduire les frais de scolarisation pour l?UoM et l?élément de cost sharing, vu la situation économique du pays. La compétition devien féroce, et c?est à l?administration de trouver un plan stratégique pour assurer l?avenir de l?université. »
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