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Comment ils perçoivent la MORT

28 octobre 2007, 00:00

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CHRISTIANE, ATTEINTE D?UN CANCER

« Quand mon médecin m?a dit il y a cinq ans de cela que j?avais un cancer, j?ai tout de suite associé cela à la mort. Je me suis dit que je n?allais pas survivre. J?avais toujours entendu dire qu?une fois qu?on faisait une biopsie, c?était fini. Toutes sortes de choses se passent dans votre tête à ce moment-là : pourquoi moi ? Pourquoi on nous met sur Terre pour devoir ensuite repartir ? Qu?est-ce que ma famille va devenir ? Qu?est-ce qui m?attend ? Finalement, j?ai continué à me soigner, avec l?encouragement de ma famille. Le médecin me disait que si je passais le cap de cinq ans, si je ne rechutais pas, j?avais plus de chances d?une guérison totale. À partir de là, c?est un autre calvaire, vous comptez les années, vous êtes dans le doute constamment.

Aujourd?hui, je me sens revivre. Je vois mon existence autrement. Avant, j?étais dans mon coin, je ne m?occupais que de ma famille. Aujourd?hui, je suis dans l?association Link to Life, j?essaye de me rendre utile aux autres. Avant, je parlais de baptême, de mariage. Aujourd?hui j?évoque aussi la mort et je dis à ma famille ce qu?elle doit faire après mon décès, qu?elle doit rester unie. Je n?ai plus peur de la Faucheuse, je me prépare du moins. Je profite de la vie au maximum, tout en sachant qu?on peut mourir n?importe quand, tout en prenant conscience que je peux mourir du cancer ou de quelque chose d?autre. »

SATISH BOOLELL, MEDECIN LEGISTE

« Mes parents voulaient que je sois médecin. Ils avaient sans doute l?image du praticien avec le stéthoscope, mais en fait, je suis le médecin qui passe par l?arrière porte, et je n?aurai ja-mais de clientèle privée. Si j?ai choisi le médico-légal, c?est que le crime, la mort m?ont toujours fasciné. Le travail du médecin légiste est tout aussi important. On est à la recherche de la vérité, et cela rejoint la philosophie de toutes les grandes religions. En côtoyant la mort, on réalise pleinement que l?on n?est pas éternel, qu?il y a une fin à la vie, que tout est temporaire, que nous ne sommes que des locataires ici. Je suis d?avis que nous devons prendre des précautions : savoir que si nous faisons un excès de vitesse, on met sa vie et celle des autres en danger, savoir que si nous contractons beaucoup de dettes, est-ce bien de risquer que quelqu?un d?autre ait à les honorer ? Je n?ai pas peur de la mort, cela fait partie de la vie. On peut toutefois essayer de faire du bien autour de soi pour partir en bien le moment venu. »

CASSAM HINGUN, CARDIOLOGUE

« La mort est une dure réalité, et c?est même la seule certitude que nous avons dans la vie. Nous devons tous partir un jour ou l?autre. Et c?est vrai qu?on a tendance à l?oublier. Mais quand on est médecin, on est souvent confronté à la mort. On n?ira pas dire qu?on a l?habitude, mais on sait que parmi les personnes que l?on soigne, certaines vont guérir, et d?autres non. Et parfois, cette mort est attendue, parfois elle nous prend par surprise.

Si notre métier consiste à gérer les maladies de par nos connaissances, nous n?avons pas le pouvoir sur la vie et la mort. Là, c?est un pouvoir qui nous échappe, c?est la loi de la nature qui prend le dessus. Et nous avons beau, sur le plan de la formation médicale, avoir appris à nous détacher des patients affectivement, cela nous touche quand l?un d?entre eux meurt. Comme je l?ai dit, la mort, c?est dur, mais c?est notre réalité. »

Questions à VIJAY RAMANJOOLOO, PSYCHOLOGUE

« En parler permet d?avoir le recul nécessaire »

Est-ce normal d?avoir peur de la mort ? D?avoir peur de quitter ce monde ?

Dans une société ou la science fait tout pour qu?on reste jeune et pour prolonger la vie, c?est compréhensible que la question de la mort effraye. On s?en détourne même. Pourtant, on devrait la mettre au centre de notre existence car plus on la nie, plus l?idée de la mort est source d?angoisse.

Si l?on est dans l?inconnu avec la mort, elle reste inévitable. Je vis, donc c?est logi-que que je mourrai. Il faut en parler, et c?est ainsi qu?on donne du sens aux choses. En discuter permet d?avoir le recul nécessaire pour accepter cette réalité et pour faire que le deuil après soit moins traumatisant. Il y a une prière des moines bénédictins qui dit « souviens-toi de mourir ». Si chaque jour on prend conscience qu?on est mortel, on acceptera qu?on est fragile.

Vous préconisez donc qu?on parle de la mort avec nos proches ?

Oui. Il y a eu un accident, des gens sont décédés, cela pourrait nous arriver aussi. On devrait s?exprimer sur ce sujet. Penser à la mort ne porte pas malheur. La mort fait partie de la vie. Il faut dire aux enfants que la vie n?est pas un film, qu?il n?y a pas que les méchants qui meurent. On peut dire ce qu?on sentira si l?autre part, ce qu?on voudrait après sa mort.

Le travail de deuil est alors plus facile car la conscience est déjà préparée. Il n?y a plus ce côté brutal qui vient faire effraction. C?est quand on n?est pas préparé qu?il y a désordre psychique. Il y a des gens qui payent ce que l?on appelle des « sociétés ». Je trouve que c?est important et symbolique.

Quand on voit combien de gens meurent dans des circonstances inattendues, doit-on se préparer à mourir ?

On doit tirer des enseignements, prendre conscience que ce qui nous lie à l?autre est fragile, que cela ne tient qu?à un fil. Quand on rencontre des gens qui ont perdu des êtres chers, on voit souvent que leur regard sur la vie a changé.

Pourquoi attendre d?être en fin d?existence pour regretter des choses ? Pour-quoi attendre ce moment-là pour dire « je t?aime » ou « pardon » ? Si on accepte qu?on peut mourir subitement, on vivra peut-être moins dans les conflits. Je dirai qu?il faut se concentrer sur la vie avec, en point de mire, le fait qu?on est mortel.

Vous êtes spécialisé en deuil, vous côtoyez des gens en fin de vie. Personnellement, comment vivez-vous tout cela ?

Lors de mon stage en quatrième année à l?université, j?ai travaillé dans un centre de soins palliatifs où l?on accompagne des gens en fin de vie. Ce n?est jamais facile de voir les gens décéder, il y a de la colère, des émotions. C?est à ce moment-là précisément que cette phrase, « souviens-toi de mourir » m?a aidé. Je suis entré dans cette logique qu?on est mortel.

Parfois, on trouve que le personnel des hôpitaux est agressif. Ces personnes sont dures parce que c?est leur façon à elles de se protéger de toute la souffrance qui les entoure. Elles prennent des distances avec les patients pour ne pas souffrir à leur tour. Jacques Salomé fait la distinction entre les « soignants » et les « soiniant ». Il faut des groupes de parole pour aborder la mort et la « vivre » avec plus de sérénité.

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