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Comment gérer les CONFLITS

27 février 2005, 00:00

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Ok nous vivons dans un climat d?insécurité. À chaque jour son lot de violences. Une simple discussion avec une personne qui a un point de vue radicalement opposé au nôtre, peut se terminer par des coups de poings et pire, des coups de sabres. « On a l?impression que les gens ne savent plus se contrôler, qu?aujourd?hui ils en arrivent aux mains plus facilement, que leur seuil de tolérance est bas », constate Imran Dhanoo, Senior Probation Officer à la cour.

On croit toujours que ce sont les autres qui sont agressifs et que cela ne risque pas de nous arriver. Pourtant, nous sommes tous confrontés à des situations difficiles et nous ne savons pas toujours comment les affronter. Il faudrait donc y prendre garde pour que les désaccords ne dégénèrent pas en agression. Disons halte à cette violence qui nous pourrit la vie, nous empêche de vivre libre et épanoui, qui nous fait vivre dans une sorte de « peur des autres » permanente.

Une douzaine de personnes ont établi un réseau de paix baptisé Les colombes. Elles projettent d?organiser un défilé pacifique à Port-Louis, le 19 mars. « Avec tout ce qui se passe dans notre île, les gens ont peur. Ils se demandent ce que vont devenir leurs enfants. Nous, on veut rester positifs, conscientiser le public, nous conscientiser nous-mêmes afin de ne pas déraper », explique Alix North Coombes, une des organisatrices du défilé. Les colombes cherche à créer un éveil en chaque citoyen pour qu?on ne se laisse pas aller à la fatalité et pour que chacun à sa façon apporte sa contribution pour une société plus calme et plus sereine. « Si on met un peu de paix dans notre esprit, on peut arriver à éviter les débordements », ajoute Alix North Coombes.

On dit que les conflits sont nécessaires, qu?ils sont un mauvais moment à passer, mais qu?ils sont en même temps une forme de construction qui peut être positive. Tout le monde est amené à vivre des conflits : un mari jaloux, un chauffeur qui vous injurie parce que vous tardez à démarrer, un voisin qui laisse son chien semer la pagaille chez vous, un collègue qui vous nargue? Comment gérer ces situations ? « Dans le respect de l?autre », affirme Imran Dhanoo.

<B>Un effet boule de neige</B>

Quand les interlocuteurs sont ouverts et à l?écoute, quand chacun peut exprimer son point de vue ? sans pour autant abandonner le sien ? et reconnaître que des opinions divergentes existent, on va déjà vers une réconciliation. « Il ne faut pas à tout prix chercher un gagnant ou un perdant dans un dialogue », souligne le Senior Probation Officer. Quand l?un veut prendre le pouvoir sur l?autre, ça laisse un protagoniste insatisfait et l?on peut se fâcher? à mort.

Souvent le sentiment de vengeance vient amplifier un petit problème de départ. Cela crée un effet boule de neige : on m?insulte, je veux me venger et j?entraîne dans ma querelle toute ma famille. Et chacun dans l?autre famille se trouve à son tour pris dans le cercle vicieux de la vengeance. Et si vous appreniez à vous détacher, à être stoïque ? Cela ne veut pas dire être passif ou tendre l?autre joue quand on vous fait du mal. C?est ne pas laisser les agressions nous atteindre, de se détacher de la violence pour ne pas la subir et en être tributaire. Ainsi cela laisse peu de place à la réponse immédiate, à la colère ou à la vengeance.

Par ailleurs, savoir se retenir, chercher à s?exprimer par des mots plutôt que par des coups, c?est faire preuve de civilité.

« Si on étudiait la philosophie à l?école, cela pourrait changer notre façon de voir les choses. S?il y avait une école des adultes, on pourrait diminuer le fossé des générations. On peut quand même canaliser notre énergie et combattre le stress grâce au sport, à la méditation. On peut arrêter de donner à nos enfants des fusils ou des avions de guerre pour jouer? », avance Imran Dhanoo.

On peut aussi réfléchir sur les succès et les échecs passés, mettre en ?uvre un processus d?objectivation. Il faut développer une culture de l?intériorité, être à l?écoute de soi, pour reconnaître quand on va sortir de ses gonds et comment se contrôler. On peut se préparer psychologiquement à ces situations difficiles, à défier la violence de l?autre. « Philippe Forget père disait que la différence entre un citoyen qui est à l?extérieur et celui qui est en prison est que celui qui est à l?extérieur réfléchit et agit ensuite, alors que celui qui est en prison agit et réfléchit après», commente le ministre Sam Lauthan.

En tout cas, à chacun de trouver sa recette. L?expérience nous montre que même celui qui « ne ferait pas mal à une mouche » peut péter les plombs s?il se sent attaqué. Avant que cela n?arrive, apprenons à nous défendre sans user de la violence. Apprenons à parler.

<B>Kurt Barnes, psychologue

« Il faut établir un contrat avec nous-mêmes et avec l?autre, dans le respect »

Comment expliquez-vous cette violence qui nous entoure ? </B>

Il y a d?un côté comme un mal être qui s?est accumulé au fil du temps et puis on dit aux gens qu?ils ont des droits, puis des droits et encore des droits, mais on oublie de leur dire qu?ils ont aussi des responsabilités. Résultat, les gens se trouvent en état d?hyperactivité face aux autres. Il faudrait peut-être revoir ces droits et mentionner le droit d?écouter l?autre, car l?écoute est essentielle dans toute relation. Trop souvent on interprète le langage de l?autre et on ne fait en réalité qu?une projection de notre vécu. Il faut dire aussi qu?à force de subir des agressions verbales, on finit un jour par passer à l?acte.

Un professionnel de la santé, E. G Boettcher, a écrit que l?agressivité peut être un moyen de se faire entendre, d?obtenir la reconnaissance de l?autre, de renforcer sa propre douleur, de lutter contre la peur, de répondre à des conflits qui nous sont propres, de réagir à une irritation, de se défendre contre la rage du destin, le désespoir? Pour faire de la prévention, il faut définitivement comprendre ce qui entraîne la violence.

<B>Que peut-on faire précisément pour éviter les conflits ? </B>

On pourrait suivre la philosophie de Gandhi. Mais aujourd?hui personne n?est prêt à mourir pour l?autre. On pourrait, par la culture des arts martiaux et tout ce qui va avec, amener cette culture de non-violence et de défense. On apprendrait alors, à dévier l?agression de l?autre. En fait, on a trois positions devant l?agression soit rester silencieux, soit la dévier ou l?arrêter. Parfois il suffit de dire « Je comprends ce que tu veux dire » pour que la tension baisse. Il nous faut développer « l?assertivité », réagir ouvertement plutôt que d?être intérieurement en ébullition. Mais il faut trouver les mots justes, car les conflits arrivent souvent à cause d?un manque de subtilité dans le langage. Au lieu de dire « Pourquoi tu me dis cela ? » il faudrait dire pour « Je ne comprends pas ce que tu dis ».

Par ailleurs, il faut veiller à ne pas élargir les conflits et à ne pas extrapoler, surtout en cette période électorale.

Il faut absolument réduire un problème à sa juste proportion sinon on ne s?en sort plus.

<B>Quelle attitude adopter pour avoir de meilleures relations avec les autres ? </B>

Il faut de la volonté et un engagement personnel. Il faut d?une part avoir une meilleure reconnaissance de ce que l?autre fait, reconnaître que les gens puissent avoir des rythmes de vie différents des nôtres. Il est impératif de se cajoler soi-même, se donner du temps pour se reposer, de passer du temps avec les gens qu?on aime, s?accorder un espace de parole. En somme, il nous faut établir un contrat avec nous-mêmes et avec l?autre, dans le respect.

Il faut arriver à faire des compromis quand les territoires se chevauchent de façon négative et ne pas manquer de dire à l?autre qu?on l?aime.

<B>Que faire après un passage à l?acte ? </B>

Analyser l?ensemble des séquences : l?avant, le pendant et l?après et revoir les signes précurseurs, les facteurs déclencheurs. Il faut effectuer cela en prenant du recul. Il est important d?exprimer ses émotions afin de ne pas renforcer le traumatisme. Le vrai pouvoir est entre nos mains. Nous pouvons accepter ou refuser de prendre la violence de l?autre, sinon l?on se retrouve dans le cercle vicieux de la violence.

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