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Comme l?eau vive

14 février 2008, 00:00

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Il y a des images dont on ne peut se défaire. On ne refait pas celle de Sarita Boodhoo. Malgré tout, l?une d?elles, tenace, s?impose. Celle d?une dame qui a fait une course d?obstacles. Cela fait sourire. Sarita ki kone. Toutes les haies dressées sur son parcours. Au gré des choix politiques de son mari. Au gré de ses propres convictions. Au nom de ce jusqu?au-boutisme des volontés de faire.

Toujours faire quelque chose. Sarita rest anplas. Impossible. Tout comme c?est impossible de lui parler sans interruptions dans les locaux étouffants de la librairie Nalanda à la rue Bourbon, à Port-Louis. Vénérable institution familiale que Sarita a entrepris de redresser. Comme manager depuis mai 2007.

Loin des lobby. Loin du pouvoir. Loin du World Hindi Secretariat, entré officiellement en opération lundi. «C?était mon bébé». Il l?a laisse tomber. Pour une histoire de contrat non renouvelé. Après qu?elle ait été conseiller auprès du gouvernement pour la mise sur pied du World Hindi Secretariat à Maurice, de 1997 à 2001. «Cela a été un coup de massue pour moi. J?étais devenue comme un volcan».

Calme dans un fauteuil en rotin, elle tient serrée une grande enveloppe grise. Un à un, Sarita Boodhoo en sort des documents. Il y a là des comptes-rendus de débats à l?Assemblée, où son nom est cité. En guise de remerciement. Pour le travail accompli pour l?avancement d?un projet vieux de plus de trente ans. La proposition d?établir le World Hindi Secretariat à Maurice a été faite par SSR, en 1975, à la première conférence mondiale de hindi en Inde. Une proposition réitérée à chaque nouvelle conférence. Classée sans suite, jusqu?à cette année.

«Maintenant que la structure est devenue une réalité, j?espère que les choses vont bouger vite, que l?hindi aura la place qu?elle mérite à Maurice». Dit sans que l?on puisse détecter aucune trace d?ironie, ou d?amertume dans cette voix qui se souvient. Avec des yeux à peine un plus humides, qu?au battement de cils précédent.

Cette voix qui parle un peu plus fort quand on lui demande ce que cela lui fait de voir aboutir «son» projet. Sans elle. «J?ai ma dignité. La vie continue. La vie est belle. Je l?ai fait par amour pour l?hindi. Reste à savoir si on a vraiment à coeur sa promotion. A Maurice, on aime parler de l?hindi, mais on ne veut pas faire l?effort de parler l?hindi».

Cette langue, Sarita Boodhoo l?a dans la peau. Depuis l?enfance. Portlouisienne née dans une famille aux valeurs aryasamajiste, elle a devant les yeux les modèles de sa grand-tante Bhagwatee Devi, épouse du Pandit Gayasing, qui a écrit des chansons de mariage. Sans compter son oncle, Bickramsing Ramlallah, fondateur du Mauritius Times. «Toutes les semaines, je copiais dans un cahier le proverbe qu?il mettait en une du journal».

Aînée des huit enfants d?un officier des Bois et forêts, didi comme tout le monde l?appelle, a très vite le goût des études. Elle n?a d?ailleurs jamais arrêté les siennes. Sarita Boodhoo a été reçue docteur en philosophie en hindi à Bénarès en Inde en 2006. Après avoir obtenu la maîtrise en 1999.

Apprendre et faire apprendre. Moteurs de celle qui est géographe de formation. Après ses études au Queen Elizabeth College, Sarita, demoiselle Makhansingh, s?inscrit en licence de géographie à l?université de Calcutta. «Je voulais tellement voyager», raconte-t-elle. Une ouverture sur le monde qui lui fait dire, dès le début de l?entretien : «Je ne suis pas figée dans un schéma. Je ne travaille pas seulement pour la culture bhojpuri et hindi, c?est juste une partie de moi. Je ne suis pas fermée».

C?est un vent d?ouverture qui la pousse vers «son guru», le swami Krishnanand en 1968. Un «swami moderne», qui «pratiquait le karmayoga, le yoga de l?action». Sarita, jeune diplômée, est alors principale du New Vacoas College, aujourd?hui disparu. Attirée par ces sessions de formation en leadership, en travail social, la jeune femme s?engage de plus en plus au sein du mouvement Seva Shivir. Parmi le premier groupe d?initiés du swami, se trouve un certain Harish Boodhoo.

Sarita mène alors de front son engagement social et ses responsabilités d?enseignante d?anglais et de géographie au Collège Royal de Curepipe, puis au QEC. Au point d?affronter les mentalités. Celles qui s?exclamaient : «Chokri loto khola», quand elle débarquait dans un village. C?est-à-dire, «tifi pe kondir loto». A l?époque, on mariait les jeunes filles après le School Certificate. «J?avais beaucoup de demandes, mais je refusais. La flamme du social était en moi».

<I>«La vie continue. La vie est belle. J?ai tout fait par amour pour l?hindi. Reste à savoir si on a vraiment à coeur sa promotion.»</I>

D?ailleurs, son guru lui apprend à ne plus se demander «ki dimoun pou dire ?», mais plutôt, «qu?est-ce que je pense moi ?» tout comme la valeur du sacrifice, au nom du service à la communauté.

Principe central de la vie de cette épouse toujours sur les mêmes plate-formes que son mari. Quand il s?agira d?aller à la première conférence mondiale de l?hindi en Inde, elle lui cède la place, en disant, «Moi, j?ai fait mes études en Inde, je connais déjà».

Quand en 1976, il est question de ticket électoral et qu?on fait comprendre au couple Boodhoo qu?on ne peut aligner deux personnes de la même famille, Sarita se rallie derrière Harish. Bien qu?elle caresse ses propres ambitions politiques. Avec un sourire moqueur ? elle sait se moquer d?elle même ? elle lance : «J?aurais pu être ministre, non ?»

Sarita est de toutes les prises de position de Boodhoo. De toutes ses contradictions. De tous ses revers politiques. Quand il est dans l?opposition, elle sent bien que dans les cocktails, on l?évite, elle. Quand il affiche une couleur et qu?elle parle à quelqu?un d?un parti opposé, vite on dira : «Si Sarita pe fer sa, sa ve dir Harish pe sanze».

Activiste, passionaria, gréviste de la faim. Sarita Boodhoo a une histoire qui ne peut se résumer. Riche d?expériences. Semée de coup durs. «J?ai appris à m?y faire». Et si «Sarita» voulait en réalité dire «avancer» ?

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