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Combattre l’ignorance et les préjugés

2 décembre 2004, 00:00

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La journée mondiale contre le sida s’est ouverte hier sur des promesses de combattre l’ignorance et les préjugés concernant une maladie qui a d’abord été présentée par beaucoup comme un mal occidental réservé aux toxicomanes, aux homosexuels et aux prostituées.

La Chine, critiquée pour avoir tardé à réagir, a promis publiquement de combattre ce mal qui, selon les Nations unies, pourrait avoir contaminé 10 millions de Chinois d’ici 2010. Mardi, le président Hu Jintao a serré la main d’un malade du sida et son Premier ministre, Wen Jiabao, a prôné des efforts inlassables pour enrayer la pandémie.

Les principaux journaux publient en une une photo de Hu, un ruban rouge épinglé sur sa veste, rencontrant un patient dans un hôpital de Pékin. Il était accompagné du vice-Premier ministre Wu Yo et du chef du Parti communiste de Pékin, Liu Qi.

Les femmes au centre de la campagne

“Cette année, la journée mondiale du sida est l’occasion de reconnaître le fardeau des femmes et des jeunes filles à l’époque du sida, mais aussi de célébrer leurs acquis dans le combat contre l’épidémie”, a ajouté Malik en citant le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan. “Pendant la visite de l’hôpital You’an de Pékin, Hu a invité toute la société à mettre fin à la discrimination et à l’isolement des malades du sida”, rapporte l’agence Chine nouvelle.

Wen a souligné que la Chine avait fait “des progrès remarquables” dans la prévention du sida, mais il a reconnu que le pays restait “confronté à une situation difficile dans ce domaine”, poursuit l’agence. En dehors de l’Afrique, la Chine, l’Inde et la Russie sont considérés comme les pays les plus concernés par les risques de sida.

Khalid Malik, représentant à Pékin du Programme de développement des Nations unies, a rendu hommage hier aux dirigeants chinois. “Avec la forte détermination des dirigeants chinois, les lois et les règlements ont été amendés, un traitement gratuit est fourni aux malades du sida désargentés et dans les zones rurales, l’information sur le sida est améliorée grâce à l’éducation sanitaire”, a-t-il dit.

La Chine estime à 840 000 le nombre de séropositifs ou de malades du sida; mais certains experts estiment que rien que dans la province du Henan, frappée au milieu des années 1990 par un scandale de contamination à la suite de dons de sang effectués sans changement d’aiguilles, le nombre de personnes contaminées pourrait atteindre ce chiffre. A Ahmedabad, en Inde, des volontaires travaillant avec des malades du sida ont annoncé qu’ils distribueraient des rubans rouges confectionnés par des femmes séropositives afin d’éveiller la population aux risques de cette maladie.

“Les femmes seront au centre de la campagne cette année. Si elles sont éduquées et prémunies contre la contamination, cela réduit le risque dans une famille”, a expliqué Laxman Malodia. L’Inde compte plus de 5,1 millions de personnes contaminées, ce qui la place au deuxième rang dans le monde après l’Afrique du Sud.

Financement extérieur

Au Botswana, le président Festus Mogae, dont le pays compte la plus forte proportion de séropositifs au monde, a déclaré qu’il fallait désormais s’abstenir de relations sexuelles non protégées ou mourir. Le Botswana ne peut, sur ses seules ressources, maintenir en vie un nombre croissant de patients et il dépend d’un financement extérieur.

“Ce n’est pas supportable à long terme à moins que quelque chose arrive. Nous devons dire des choses comme ‘s’abstenir ou mourir’”, a déclaré Mogae, ajoutant que le taux de prévalence dans son pays s’établissait à 37 %. “On n’a pas l’air d’être en passe de le surmonter. Mais au milieu de la Seconde Guerre Mondiale, en 1943, on n’a pas arrêté le combat parce que l’on ne semblait pas faire de percée”, a observé le président botswanais.

Lindsay BECK

AFRIQUE

Un recueil de nouvelles pour la lutte antisida

■ La romancière sud-africaine Nadine Gordimer, Prix Nobel de littérature, a contacté vingt autres auteurs de par le monde afin de publier un recueil de nouvelles dont les droits d’auteur seront consacrés à la lutte contre le sida en Afrique du Sud et dans les pays voisins. Entourée des Prix Nobel John Updike et Salman Rushdie, elle a présenté mardi aux Nations unies l’ouvrage intitulé “Telling Tales” (Raconter des histoires). Ce recueil sera publié simultanément mercredi, à l’occasion de la journée mondiale du sida, aux Etats-Unis et dans une douzaine d’autres pays. Parmi les auteurs qui y ont collaboré figurent aussi Gabriel Garcia Marquez, Susan Sontag, Günter Grass, Margaret Atwood, Woody Allen, Arthur Miller, Paul Theroux et Michel Tournier. Agée de 81 ans, Nadine Gordimer est ambassadrice de bonne volonté du Programme de développement des Nations unies. Elle a souligné qu’elle trouvait particulièrement choquant que les projections prédisent que, d’ici l’an prochain en Afrique du Sud, un enfant sur cinq sera orphelin du sida. Ils devraient être 18 millions au total d’ici 2010. Salman Rushdie a de son côté mis en garde contre les idéologies qui présentent le sida comme une maladie d’homosexuels ou comme le résultat d’un complot occidental, et il a regretté que l’Afrique du Sud ait été trop lente à engager la lutte contre la pandémie. Dans de nombreux pays islamiques, a-t-il dit, les gens croient que “si vous êtes un bon Musulman, nous ne pouvez attraper le sida”. “Il s’agit d’idées fausses très dangereuses”, a-t-il insisté. En Inde, a souligné Rushdie, on ne parle pas de la montée de la contamination dans les lieux de prostitution et “rien n’a été fait pour prévenir ces gens”. La nouvelle de Salman Rushdie, “Le Nid de l’Oiseau de Feu”, raconte l’histoire d’une jeune mariée brûlée vive en Inde, son pays natal. Celle de Nadine Gordimer, “L’Ultime Safari”, met en parallèle le tourisme au Kruger Park, en Afrique du Sud, au temps de l’apartheid, et des réfugiés mozambicains risquant d’être tués par des animaux sauvages pour fuir la guerre dans leur pays.

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