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Colin Mayer : ?On a besoin de Steward Pharmasse !?

10 juillet 2003, 20:00

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  • Le cyclisme baigne dans un climat malsain depuis quelque temps. Certains disent que vous n?êtes pas étranger à toutes ces tensions...

? Je suis très perturbé par tout ce qui se passe, d?autant plus, comme vous le soulignez vous-même, que certaines personnes me prêtent de mauvaises intentions. Pourtant, moi, tout ce que je veux, c?est le bien du cyclisme.

  • Et le bien du cyclisme, vu de votre fenêtre, c?est le retour de Steward Pharmasse en sélection...

? Quelque part, oui. On a besoin de lui. Vu de ma fenêtre, il est important qu?on ait la meilleure équipe possible pour les Jeux. Il y va de l?intérêt de la sélection, du cyclisme en général, mais aussi du pays. Je suis démotivé à l?idée de savoir qu?on risque d?être entouré de coureurs qui n?ont pas le niveau et qui ne méritent pas leur place.

  • Vous parlez de Philippe Colin et Christophe Lincoln ?

? C?est vous qui citez des noms. Moi, je n?en cite aucun. Je préfère parler de manière générale. Sinon, on risque de très mal interpréter ma démarche. Ce qui est sûr, c?est que je suis coureur cycliste et, à ce titre, je suis bien placé pour voir qui sont ceux qui roulent dans le peloton et qui sont ceux qui s?abritent en attendant de sprinter pour la sixième ou la septième place. Malheureusement, à Maurice, on se base sur les classements pour constituer la sélection. Et, je le dis une fois de plus : je crains qu?on ne fasse pas appel aux meilleurs pour les Jeux.

  • Pour l?instant, on ne se base que sur des rumeurs

? Oui, mais elles sont persistantes. Le flou plane et les malentendus doivent rapidement être dissipés pour nous permettre, à nous coureurs, de nous préparer dans les meilleures conditions.

  • L?ensemble du peloton partage votre sentiment ?

? Je crois que oui. Mais, bon, je n?en sais rien. Je n?ai pas eu vraiment l?occasion de parler aux autres. Et, de ce fait, je ne voudrais pas qu?on perçoive mon feeling comme étant celui des autres membres de la sélection. Ce qui est certain, et vous l?avez dit vous-même, c?est que le climat est malsain. Les incidents de dimanche reflètent grandement l?état d?esprit qui anime le peloton en ce moment. (NdlR : une altercation entre Christophe Lincoln et Jean-Robert François dans les derniers kilomètres du Grand Prix Le Bike a débouché sur une bagarre générale à l?arrivée).

  • Vous êtes perçu comme le leader moral du peloton. Qu?attendez-vous pour réunir les coureurs et les aider à repartir du bon pied ?

? Il y a tellement de rumeurs qui circulent sur mon compte que je n?ose pas faire ce que mon c?ur me demande de faire. C?est vrai que ça ne me déplairait pas de réunir les coureurs afin qu?on lave notre linge sale en famille. Mais je ne le ferai pas. Sinon, certaines personnes diront : ?Colin est un fouteur de merde. C?est un instigateur. Il complote contre la fédération, contre son club et tout et tout.?

Et puis, c?est vous qui dites que je suis le ?leader moral? du peloton. Ce qui est vrai, c?est que certains coureurs m?aiment bien parce qu?ils savent que je me bats pour des causes justes.

  • Comme en 1998, quand vous aviez financé le déplacement d?Alain Denis pour le stage en France qui précédait les Jeux des îles...

? Je n?aime pas trop dire ce que j?ai fait pour les uns et pour les autres. Mais c?est vrai que je me suis particulièrement battu pour qu?Alain Denis soit intégré en sélection. Il méritait largement sa place. Il n?y avait pas meilleur équipier que lui. D?ailleurs, il avait joué, cette année-là, un rôle essentiel dans la victoire de Maurice dans le contre-la-montre par équipes.

  • Et, aujourd?hui, c?est pour Pharmasse que vous vous battez.

? Oui.

  • Il y a encore quelques mois, vous disiez pourtant que Pharmasse ne pouvait pas revenir en sélection !

? Je l?avoue. Mais, ce que vous ne dites pas, en revanche, c?est que beaucoup d?eau a coulé sous les ponts depuis. À bien voir, le cas Pharmasse est très simple : il a commis une faute grave lors du fameux stage en France de juillet 2002. À l?époque, tout le monde disait qu?il fallait qu?il soit sanctionné. Et c?est ce qui s?est passé. Il a payé pour sa faute.

Depuis, Steward a retrouvé sa place au sein du peloton. Il y a quelques semaines, on m?avait demandé si j?étais en faveur de son retour en sélection. J?ai répondu non. Non parce que la tension était encore palpable et que Steward me tenait personnellement responsable de ses malheurs. Il ne me disait même plus bonjour. C?était insupportable à vivre comme situation. Dans cette conjoncture, il était difficile pour moi de concevoir que j?allais faire équipe avec un coureur qui ne voulait même pas me parler.

  • Aujourd?hui, qu?est-ce qui a changé ?

? Disons qu?on a eu l?occasion de dissiper nos malentendus. J?ai pris sur moi pour briser la glace. Si on voulait avoir la meilleure équipe possible pour les Jeux, il fallait absolument que quelqu?un prenne l?initiative de recoller les morceaux. Je l?ai fait. On a déjeuné ensemble et on a fait le point. Steward et Jean-Noël L?Entêté m?ont confirmé qu?ils avaient été blessés par certains de mes propos, qu?ils avaient à l?époque perçus comme préjudiciables. Je leur ai dit : ?Les gars, je m?excuse, telle n?était pas mon intention.? Je crois qu?ils ont apprécié ma démarche. Depuis, on est revenu à de meilleurs sentiments et je n?ai aucune objection à ce que Pharmasse soit intégré en sélection.

  • Comment expliquer que la fédération cycliste n?ait jamais essayé de recoller les morceaux ?

? Peut-être qu?elle a une façon différente de voir les choses que moi. Les dirigeants de la fédération sont assez grands pour savoir ce qu?ils doivent faire. Ce n?est pas à moi de situer leurs responsabilités.

  • Est-il vrai que vous avez récemment envoyé une lettre au président de l?AMC, Patrick Piat, pour réclamer le retour de Pharmasse en sélection ?

? Oui, je l?ai fait.

  • Est-il également vrai de dire que vous avez menacé de faire l?impasse sur les Jeux si Pharmasse n?était pas retenu par Bertrand Carabin ?

? Cette lettre ne contenait ni menace, ni ultimatum. J?ai pris le soin de bien peser mes mots et mes propos n?impliquaient forcément que moi. Ce que j?ai dit à Patrick Piat, c?est que je me posais un certain nombre de questions, la plus importante étant celle-ci : vaut-il la peine pour un homme de 41 ans, un père de deux enfants, un directeur de compagnie, de préparer avec autant de sérieux les Jeux des îles quand, à l?arrivée, on s?apprête à lui donner comme équipiers des coureurs qui ne méritent pas leur place en sélection ? La réponse est non.

  • Cette fameuse lettre n?a pas été sans conséquence : Luc-André Gallet a démissionné comme président du Curepipe Starlight, vu qu?il ne partageait pas votre avis. Avec recul, ne regrettez-vous pas votre démarche ?

? Je n?ai aucun regret. Je continuerai à me battre pour des causes que je crois justes. Je n?ai rien fait de mal. À aucun moment je n?ai voulu léser qui que ce soit, encore moins des dirigeants de mon propre club. J?ai quand même droit à une opinion. On n?est pas en dictature, non ?

  • Colin Mayer, répondez franchement à cette question : le cyclisme est-il l?otage d?une guerre de clans ?

? Les clans ont toujours existé dans le vélo, à plus forte raison quand on se rapproche des grandes échéances. Disons qu?il est malheureux que la rivalité atteint cette fois des proportions malsaines.

  • Qui composent ces clans ?

? Les clans naissent par la faute des équipes, qui voudraient voir leurs coureurs être intégrés dans la sélection. Le problème, c?est qu?il n?y a pas de place pour tout le monde.

  • Depuis quelque temps, le Vélo Club des Jeunes est montré du doigt. Eddy David dit d?ailleurs que tout le monde en veut à son club. A-t-il tort ?

? C?est difficile de répondre à cette question. (Il réfléchit) Je crois quand même qu?Eddy a tort. Le VCJ est un club respecté. Son implication dans le cyclisme n?est plus à démontrer. Ce qui est vrai, par contre, c?est que le rapprochement Bertrand Carabin-VCJ est évident. Et beaucoup de personnes perçoivent l?amitié qui lie Carabin à la famille Lincoln comme étant la source de tous les problèmes.

  • Puisqu?on parle de Carabin, le problème ne vient-il pas du fait qu?on ait un cyber-coach à la tête de l?équipe nationale ?

? Non, pas vraiment. On peut très bien entraîner à distance. Par contre, on ne peut pas sélectionner des coureurs à distance. C?est pour cela que je dis que Bertrand Carabin devrait davantage faire confiance à José Achille et aux membres de la commission technique pour le choix des coureurs.

  • Certains disent pourtant que ce n?est pas Bertrand Carabin qui choisit ses coureurs...

? Il faut faire attention aux rumeurs. On dit beaucoup de choses ces derniers temps. Et il n?y a pas que du vrai dans ce qui est véhiculé comme information.

  • Il y a également beaucoup de jalousie. Certains coureurs ont du mal à admettre que Yannick Lincoln est le plus fort, et de loin?

? On en veut toujours au meilleur coureur du moment. C?est comme ça depuis la nuit des temps et ça ne changera jamais. Vous avez raison de dire que Yannick est le plus fort. Il n?y a pas photo, ça ne se discute même pas. Et je ne crois pas qu?il y ait, dans le peloton, un seul coureur qui conteste ce fait.

De ce que je crois savoir, Yannick craint de ne pas être protégé par les autres coureurs de la sélection le jour de la course en ligne. Moi je dis qu?il a tort de s?en faire. S?il faut se mettre à plat ventre pour le faire gagner, on le fera. Mais Yannick doit aussi savoir qu?il sera l?homme le plus surveillé ce jour-là. Et il n?est pas dit qu?il pourra attaquer quand il le voudra. Donc, si les circonstances de course exigent qu?on opte pour une tactique différente, il faudra aussi que tout le monde soit satisfait que Yannick soit capable, à son tour, de se sacrifier pour un autre coureur.

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