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Cliniques privées : l?électrochoc
Amrish BUCKTOWARSING et Bindu BOYJOO
Le géant indien Apollo Hospitals, en association avec la British American Investment (BAI), a annoncé depuis presque un an déjà, la construction d?un complexe de haute technologie. Ce dernier s?inscrira dans la nouvelle politique de tourisme médical que vise Maurice.
Toutefois, l?annonce de cette arrivée ne semble pas faire que des heureux, car les cliniques privées sont montées au créneau pour dénoncer les aspects « flous » de l?implantation d?Apollo à Maurice. Au risque de laisser un sentiment de déjà-vu à l?approche d?une libéralisation, elles mettent en garde contre une compétition qu?elles jugent trop féroce, et qui peut, selon elles entraîner la disparition certaine des petits opérateurs du secteur.
Se vantant d?être le plus grand groupe médical d?Asie, le groupe Apollo a dépassé le statut de simples établissements pour revêtir une aura de prestige et de qualité. Le groupe compte plus de 2 000 lits à travers ses 38 branches de par le monde et traite 7,5 millions de patients, dont presque 100 000 étrangers. Le groupe comporte aussi plusieurs écoles de nursing et de gestion hospitalière.
Une large gamme de spécialisations
Le projet annoncé à Maurice concerne la construction d?un centre dans la région de Réduit, avec 200 à 400 lits, et une large gamme de spécialisations : neurochirurgie, chirurgie plastique, interventions cardiaques. Ce centre nécessitera un investissement de plus de Rs 1 milliard et la BAI s?acquittera de 75 % de la somme.
Mais si la création de quelque 500 emplois est préconisée, les conditions d?opération de l?établissement à Maurice restent toutefois floues quant aux compétences locales qui pourraient y être associées. De plus, aucune information supplémentaire n?a été divulguée sur la création d?une école de Nursing qui serait rattachée à l?hôpital.
Si le début des travaux avait été annoncé pour mi-2006 à un certain moment, il semblerait aujourd?hui que la majeure partie des permis nécessaires pour l?enclenchement du projet a déjà été livrée par le Board of Investment au joint-venture du groupe Apollo et à la BAI. Les travaux devront commencer dans le troisième trimestre de l?année.
Par ailleurs, si l?on en croit certaines fuites sur le dossier, il semblerait que la clinique d?Apollo Hospitals misera d?avantage sur la chirurgie plastique, profitant
de la présence d?un établissement spécialisé dans l?implantation des cheveux et les liftings qui se trouve déjà à Maurice. Ainsi, le sigle d?Apollo Hospitals pourrait mener à un positionnement de Maurice sur la carte des destinations réputées pour la chirurgie plastique.
Les milieux proches du projet sont très enthousiastes et déclarent que ce centre sera « un bijou de la médecine moderne, utilisant les dernières technologies et un personnel répondant aux normes des pays industrialisés ». Selon ces mêmes sources, la première mention du projet date d?une rencontre entre le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et son homologue indien, Manmohan Singh en septembre 2005 lors d?une réunion des Nations unies. Effleurant le dossier du tourisme médical, Manmohan Singh avait alors contacté le groupe Apollo pour qu?il investisse à Maurice.
Mais il s?avère que son fondateur et président, Pratap Reddy, avait déjà été approché par le groupe BAI dans le passé pour le rachat éventuel de la clinique Med Point. Et c?est à la condition d?un prolongement de ce premier contact qu?Apollo Hospitals a accepté de considérer la mise en place d?une franchise à Maurice. Presque un an après, le projet prend finalement forme.
La résistance s?organise
Mais au-delà de la dimension prestigieuse de ce partenariat Apollo-BAI, la résistance s?organise au niveau des cliniques privées. Devant le flou des paramètres de fonctionnement du futur hôpital, ces opérateurs soulèvent une série de questions portant sur leur survie face à la concurrence du géant indien.
Alors que les cliniques mauriciennes ont résisté à une tentative d?uniformisation de leurs tarifs par l?État il y a quelques années, il semblerait que le secteur de la médecine privée est en phase de connaître un bouleversement massif, tant au niveau de la qualité des services que de celui des tarifs pratiqués. Les cliniques privées se voient ainsi contraintes de rehausser leur niveau pour survivre.
Mais ces changements éventuels soulèvent d?autres questions. Pourquoi les cliniques reverraient-elles le niveau de leurs services devant ce concurrent, et pourquoi ne l?avoir pas fait aupara-vant ? Il s?agit là d?une question d?ordre purement économique, que les cliniques privées laissent transparaître en exprimant leurs craintes.
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