Publicité

Claude Michel en un clin d??il

27 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ce puits de science, cette encyclopédie vivante et pas seulement ès-botanique, sciences et pédagogie appliquées, s?est signalé d?une façon extra-ordinaire, à deux reprises, depuis le début de l?année. L?ordinaire de Claude Michel demeure, bien sûr, sa chronique scientifique hebdomadaire qui égaye tant nos lundis matins et nous permet d?envisager la semaine avec un plein de courage et d?énergie. Son apport hors norme consiste en la publication d?un énième livre de botanique, « Clin d??il aux plantes », et en l?interview, particulièrement magistrale, accordée en février à Alain Gordon-Gentil et qui constitue le pendant agnostique et humaniste à la précédente interview, rappelant le respect absolu de nos devoirs d?homme responsable et intelligent, de ce maître spirituel qu?est Sir Maurice Rault.

La présente chronique se contentera de rendre grâce au potentiel de vulgarisation intelligente et stimulante dont est naturellement capable le savantissisme Claude Michel. Mais auparavant, il convient de remercier ceux qui, de tout temps ou ponctuellement, nous fournissent l?occasion, irrégulière ou fortuite, de recueillir quelques miettes de ses vastes connaissances et nous permettent de vivre moins idiots dans notre île Maurice si riche et si diversifiée en matière de flore et de faune indigènes et exotiques. Ce faisant, nous sommes bien conscients que Claude Michel est capable, à tout moment, de nous emmener dans n?importe quel autre recoin de ses connaissances générales illimitées ou presque.

Un collaborateur fidèle et captivant</B>

Cette communion intellectuelle hebdomadaire, les lundis matins, dans le supplément culturel de L?express, nous la devons à Philippe Forget, cet autre passionné de botanique et des sciences de la terre, pour ne rien dire de sa dévorante curiosité pour tout ce qui a trait à notre préhistoire. Il nous faut remonter à l?année 1973, quand L?express montre la voie aux autres journaux, en paraissant sur huit pages et en offrant en supplément à ses lecteurs, une page culturelle consacrée, jour après jour, à la revue, aux dossiers, aux horizons (scientifiques), à la littérature, à l?économie, aux jeunes (Samedi Magazine) et à la famille. Très vite, Claude Michel en devient un des collaborateurs les plus fidèles, les plus ponctuels, mais aussi les plus captivants, avec entre autres Marcelle Lagesse, Axelle Lamusse, Eamon Mansfield, Patrick Barnwell, Kenneth Noyau, Le Pipeau, Micaëlla de Souza, Annie Cadinouche, André Decotter, Marie Christina Mosca, Claude Lafaye. Ces pages, si chères à Philippe Forget, sont tour à tour confiées aux regrettés Pierre Renaud et Jean-Claude d?Avoine avant d?être laissées aux soins d?Emmanuel Juste. Nos remerciements à Philippe Forget s?étendent aujourd?hui à Jean-Claude de L?Estrac et à ses collaborateurs qui réservent toujours une place de choix et ô combien méritée aux clins d??il de Claude Michel à la science et à toutes les connaissances accumulées par lui au cours de sa longue et fructueuse carrière.

Nous sommes nombreux à sacrifier au rite hebdomadaire de la soigneuse découpe, chaque lundi, des « clins d??il » de Claude Michel pour les ajouter à ses précédentes chroniques. À l?intention de ceux qui ne possèdent pas la patience ni l?intelligence de cette enrichissante habitude, l?association des anciens élèves du collège Royal a la riche idée de publier une compilation d?un certain nombre de chroniques ou d?extraits, fidèles reflets de sa passion pour cette végétation qui nous entoure, qui multiplie les clins d??il en notre direction ou qui, pour respecter une terminologie plus chazalienne, nous parle, nous transmet ses messages, veut nous communiquer sa sagesse naturelle. Si la fleur interpelle notre Malcolm national, Claude Michel n?a pas son pareil pour faire parler nos plantes pour qu?elles nous content leur odyssée, pour qu?elles nous expliquent combien elles font partie de nos vies et de nos pensées et combien elles peuvent nous être utiles. Quatre noms émergent de cette association. Ce sont Raheem Gopaul, Mubarak Sooltangos, Megh Pillay et Pramodh Doomun. Ces trois derniers représentent respectivement Happy World Foods, Cellplus (et aujourd?hui Air Mauritius) et Shell Mauritius. Ils font partie de cette espèce patriotique, qui tend malheureusement à se raréfier, de ceux ayant compris que leur devoir d?hommes intelligents est de transmettre aux autres ce qu?ils ont reçu en termes de formation humaine. Qu?ils aient jeté leur dévolu sur Claude Michel est tout à leur honneur. Si nos chefs d?entreprise étaient plus nombreux à faire preuve d?une telle intelligence pour parrainer la publication d??uvres valables, les tiroirs de nos intellectuels ne seraient pas autant encombrés de manuscrits, les uns plus intéressants que les autres, mais qui, faute de mécènes, ne connaîtront pas les honneurs de la publication et ne pourront pas, de ce fait, partager leurs trésors intellectuels avec ceux désireux d?étendre leurs connaissances tant générales que locales.

Des rapprochements qui enchantent

Chez Claude Michel, sa modestie est supérieure à ses connaissances, dont il nous est impossible de connaître l?ampleur. Aussi, il convient de ne pas le prendre au sérieux lorsque, sur le seuil de son livre, il nous prévient : « Ce livre n?est pas un texte de botanique mais une collection de propos ». À nous de lui demander ce qui peut bien faire défaut à son livre pour être, sinon un manuel complet de botanique, du moins la meilleure initiation scientifique possible aux familles végétales nous entourant et faisant partie de notre quotidien. Si cette végétation prend rapidement, à nos yeux de profanes, allure de labyrinthe botanique ? et nous en voulons pour preuve les 750 pages de format A4 que consacrent Guy Rouillard et Joseph Guého à nos plantes et à leur histoire ? où trouver un meilleur guide que Claude Michel pour nous accompagner utilement dans ce dédale ?

Restons dans le vocabulaire agricole pour rappeler que Claude Michel cultive et entretient soigneusement l?art de dire les choses avec élégance sans déroger à l?exactitude scientifique. Il est un spécialiste des jeux de mots et des traits d?esprit. Jacques Catherine pense certainement à lui, en distinguant, récemment sur les ondes d?une radio privée, l?humour authentique et le comique troupier de la plupart de ces humoristes qui confondent verve et vulgarité, brio et grossièreté. Rien de semblable chez Claude Michel que nous devons comprendre à demi-mot et entre les lignes. Ses inépuisables rapprochements, qu?il est le premier à rendre aussi évidents, nous enchantent. Comme il nous est facile de paraître intelligents après avoir lu ses chroniques assez attentivement pour en exploiter le suc à notre profit. Les associations d?idées et d?images lui viennent naturellement à l?esprit. Ses connaissances générales tous azimuts lui offrent en permanence l?embarras du choix. Ainsi, une seconde nature le pousse instinctivement à relier la liane Suzanne, aussi connue comme la liane toupie, à ses souvenirs musicaux et vaudevillesques de la virevoltante « Chaste Suzanne ». Il possède aussi l?art de bousculer les tabous, entre autres sexuels, avec une langue châtiée et respectueuse des pudeurs offensées. Il décrit avec la délicatesse voulue par exemple, la « liane madame » qui exhibe une particularité que précise son nom savant, « clitorida ».

Ses titres de chroniques n?ont rien à envier à ceux des grands maîtres du roman policier, Agatha Christie et Frédéric Dard en tête. C?est avec plaisir que nous voyons défiler ses « paires de chaires, annoncer sans ânonner, pétales de roses pour pétons délicats, nénuphar Victoria ou berceau de Moïse, pots tentants et potentats, étamines étalées, gousses à gogo, oseille des pauvres, faux cerfs, gouttes goûtées (à rapprocher de goutte goutté » sans doute), mises modestes, morphine mofine, etc.

Claude Michel connaît par c?ur ses classiques et n?a qu?à tendre la main pour obtenir d?eux le piment dont il veut épicer son texte. Ils commencent par le lesbien Théophraste, disciple d?Aristote, pour finir avec le Major Thompson, la créature de l?ineffable Pierre Daninos, en passant par le fabuleux Jean de La Fontaine et ses grains d?ellébore. Ses connaissances cinématographiques non seulement lui fournissent son « rouge baiser, rouge danger » mais encore lui permettent de gloser sur les « navets » du 7e Art « dont se contentent les pauvres hères n?ayant pas de radis ». Au bout de quelques lignes, le lecteur ne sait plus s?il est en train de lire un manuel botanique ou la dernière édition de l?Almanach Vermot, en attendant l?heureuse résurrection de l?« Agendada de Popoche ».

Cet attrait pour la chose spirituellement dite ne l?empêche guère d?être souvent sérieux sans être jamais triste. Il est le seul Mauricien à pouvoir résoudre en deux lignes l?épineux problème de la drogue : « Ce commerce est lucratif parce que clandestin. Une (La) solution au problème serait de tolérer la consommation sous un certain contrôle (médical, judiciaire et policier, par exemple). Les prix chuteraient, les dealers aussi ». Et Claude Michel de renvoyer les pudibonds, que SA solution pourrait offenser, à la somme de stupidités contenues dans la stratégie de la Prohibition aux états-Unis dans les années 1930. Prohibez aussi stupidement et créez de nouveaux Al Capone par milliers.

Le « clin d??il aux plantes » de Claude Michel est lancé dans notre direction, tout comme ses autres discrètes invitations à partager ses connaissances scientifiques qu?il enrobe si délicatement de sa vaste érudition. Cet appel se veut spirituellement racoleur. Il nous appartient de décider si nous possédons la présence d?esprit requise pour saisir la perche providentielle qu?il nous tend si fraternellement.

Métissage et mondialisation

Si le métissage est vieux comme l?humanité et si les cultures se sont mélangées très tôt, à commencer par les héritages gréco-romain et judéo-chrétien pour le continent européen, cette notion, aujourd?hui à la mode, est fort peu étudiée. Les anthropologues, à de rares exceptions près, ont centré leurs recherches sur les populations dites primitives, théoriquement exemptes de métissage.

Les sociologues ne s?en sont pas préoccupés davantage. Ils n?abordent pratiquement pas ce sujet alors qu?il devient à l?ordre du jour dans la société. Il faut attendre les années 1980 pour qu?on s?y intéresse, d?abord par la littérature et la découverte du « réalisme magique » latino-américain. Même aujourd?hui, les travaux qui ont pour thème le métissage sont plutôt méprisés, en dépit de la qualité des recherches, notamment sur les musiques populaires. Ces études souffrent de rigidité : elles sont considérées comme peu sérieuses alors même qu?il y a une demande sociale pour ce genre de travaux.

Le mot métis est d?origine ibérique. « Mestizo » n?a pas d?équivalent en anglais et tire son origine des mélanges de populations chrétiennes, musulmanes et juives dans la Péninsule. Mais il a pris une dimension considérable en Amérique latine. Dès le XIXe siècle, le terme a été repris par l?anthropologie mexicaine et brésilienne. Au Mexique, il a servi de socle au concept de nation.

Il y a un rapport entre le métissage et la mondialisation. Ce n?est pas un hasard si cette notion devient centrale à partir du XVIe siècle, au moment où l?Europe, l?Afrique, l?Asie et les Amériques entrent en contact par le biais de l?Espagne et du Portugal, qui ont dès cette époque un pouvoir planétaire. Partout, on assiste à un mélange de population et dans ce jeu-là, la mondialisation ibérique utilise le métissage pour asseoir sa domination. De la même manière, l?église catholique mélange des éléments chrétiens et indigènes pour faire passer son message, pour asseoir ses dogmes et son pouvoir, que ce soit en Chine ou en Amérique. De leur côté, les métis vont chercher des armes du côté de la mondialisation pour se débarrasser de cette domination.

Le métissage, loin de l?acception pacifiée et quelque peu irénique qu?un certain effet de mode a conféré à ce vocable, a toujours été un phénomène politique lié à un rapport de forces. Ce sont des sociétés qui se rencontrent, pas des cultures. Les mélanges se donnent à l?intérieur de ce rapport de forces. La récupération et le galvaudage de ce « concept » à des fins mercantiles par les industries culturelles, notamment dans le domaine musical, en attestent aujourd?hui encore.

Le métissage s?est toujours manifesté, au cours de l?histoire immémoriale, dans des lieux inattendus. Dans le trésor de Saint-Denis, on trouve un calice dont l?origine est un récipient d?origine fatimide. Les ivoires afro-portugais, souvent fabriqués à Lisbonne par des artisans africains, nous racontent aussi une histoire du métissage.

Publicité