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Clarifier le débat

4 avril 2004, 20:00

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La composition du nouveau bureau politique du Parti travailliste (PTr) offre une lecture facile. Les intentions de Navin Ramgoolam sont même plus ?claires? qu?elles ne l?étaient au moment des élections de septembre 2000. Sa stratégie est limpide.

Outre les sous-fifres qui intègrent l?instance suprême du parti à des postes peu importants, deux nouveaux font une entrée remarquée. Rashid Bebeejaun est propulsé au poste de leader adjoint et Abu Kasenally accède à celui de vice-président. Ce casting ne cache aucun mystère. Au contraire, il balise l?ensemble de la position assumée par le leader du PTr depuis les dernières législatives.

Sa stratégie repose sur la représentation des intérêts ethniques dans la politique. Par delà le discours sur ?le grand capital?, le PTr base sa lutte pour le pouvoir sur le calcul un peu réducteur que le comportement électoral dépend essentiellement de son appartenance ethnique. Or, un groupe lui paraît acquis, un autre est considéré perdu d?avance, et un troisième reste à séduire. En conséquence, le PTr s?est mis à l?ouvrage.

Malgré sa vertigineuse ascension, Rashid Beebeejaun n?a pas de compétences avérées. Il est de surcroît un converti politique, s?étant joint au PTr en août 2000. D?ailleurs, il inscrit sa nomination dans une logique résolument ethnique quand il dit, dans une de ses premières déclarations de presse en tant que leader adjoint : ?Certains ont même fait le commentaire à l?effet que le Parti travailliste a créé l?histoire en nommant pour la première fois un membre de la communauté musulmane comme deputy leader.?

Le calcul électoral de Navin Ramgoolam ne vise, à court terme, qu?à constituer une plate-forme capable de gagner les élections. Cela n?exclut pas la possibilité que, s?il remporte les législatives, il dirigera le pays avec une base très large en effectuant une répartition des postes-clés de façon à sécuriser toutes les franges de la population, comme lors de son arrivée aux affaires en 1995.

Le leader du PTr ne risque pas de voir éclater des rivalités internes en désignant le nouvel arrivant Rashid Beebeejaun comme son dauphin. Navin Ramgoolam a une telle emprise sur son parti qu?il n?a pas à craindre une éventuelle fronde de la part de ceux qui pouvaient légitimement prétendre au poste de n° 2. Pour ne pas hypothéquer leurs chances d?obtenir une investiture en 2005, les mécontents vont se résigner à taire leur amertume.

Si le critère de méritocratie avait prévalu, la promotion d?Arvin Boolell aurait été une étape naturelle. Mais un parti politique fonctionne selon des règles qui lui sont propres.

Un des atouts de Rashid Beebeejaun est précisément son inaptitude à aspirer au siège de leader. Il n?en a ni les qualités, ni le profil. En réalité, Navin Ramgoolam se protège en maintenant Arvin Boolell plutôt éloigné du sommet. Le flamboyant député de Rose-Belle pourrait prétendre à sa succession contrairement à l?actuel deputy leader.

Le PTr, tout comme les autres formations politiques, n?a pas voulu se doter d?une structure capable de préparer la relève du

leader. Les dirigeants politiques restent en général tétanisés à l?idée d?offrir un tremplin à un second qui pourrait, à terme, devenir un challenger.

Le PTr a choisi son cheval de bataille et sa voie. Reste le programme.

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