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Cinq ans au maximum pour les entreprises hongkongaises

13 janvier 2004, 20:00

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ET SI les entreprises hongkongaises de textile s?en allaient ? Cette question à brûle-pourpoint vaut son pesant d?or pour l?économie et pour l?emploi. Les sept entreprises hongkongaises en opération à Maurice représentent 25 de la main-d??uvre de la zone franche et la moitié des exportations de vêtements du pays vers les Etats-Unis. Plusieurs entreprises hongkongaises ont déjà fermé leurs portes récemment, occasionnant 6 000 pertes d?emplois.

La dernière initiative des industriels hongkongais implantés à Maurice d?écrire au Congrès américain équivaut, en fait, à la tentative de la dernière chance. Les entreprises hongkongaises demandent une dérogation qui permettrait à Maurice d?importer des matières premières hors de la région et de bénéficier quand même d?un accès en hors taxes sur le marché américain. C?est une question de vie ou de mort, soutient Edmund Lau, patron de Sinotex du Crystal Group.

?Avec une dérogation qui nous permettrait d?avoir un accès en hors taxe snous serons en mesure de prolonger notre survie à Maurice et je dis bien la prolonger seulement?, déclare Edmund Lau qui est en quelque sorte le porte-parole des entreprises hongkongaises de textile à Maurice.

Invité à préciser sa pensée, le patron de Sinotex estime que les entreprises hongkongaises ne sauraient tenir plus de cinq ans à Maurice même avec un accès en hors taxes sur les Etats-Unis.

Cette analyse froide et implacable repose sur deux points. D?une part, les coûts de production à Maurice ne sont pas compétitifs par rapport à la Chine et au Vietnam et d?autre part, avec la main-d??uvre vieillissante et une nouvelle génération réticente à travailler à l?usine, la relève n?est pas assurée. Dans de nombreux pays, l?industrie du textile-habillement a connu un cycle qui s?est éteint avec le non renouvellement de la main-d??uvre. Est-ce le sort réservé à notre industrie textile ? Edmund Lau pense que oui. Il a déjà du mal à recruter 25 machinistes supplémentaires.

Au-delà du vieillissement de la main-d??uvre, Maurice doit surmonter plusieurs handicaps. En raison de son éloignement géographique, le pays est déjà désavantagé comparativement à l?Asie en termes de délais de livraison. Les coûts sont plus élevés et la main-d??uvre moins abondante.

Maurice n?a pas de capacités nécessaires pour produire des matières premières. Les rares filatures et unités de tissage existantes et à venir sont engagées dans la production de matières premières basiques qui sont de moins en moins utilisées. Chez Sinotex, les tissus basiques tels que le denim ne représentent que 20 % de la production, le reste étant des matières extensibles (stretch). ?Le marché préfère les matières spéciales et nous sommes encore dans le basique?, constate Edmund Lau.

Dans la région, la quantité et la qualité des fils et tissus produits laisse à désirer. Même l?Afrique du Sud qui passe pour être le meilleur de la région n?a pas les capacités nécessaires. De plus, ses prix sont élevés.

Dans la conjoncture, seule une dérogation concernant le ?third country fabric? pourrait permettre au pays de s?approvisionner ailleurs et d?obtenir un accès en hors taxes représentant un avantage de 18 % environ sur les prix. Dans la compétition coupe-gorge actuelle, il suffit de 10 cents pour décrocher ou perdre un contrat.

Sans cette dérogation l?avenir paraît incertain pour les entreprises hongkongaises qui exportent presque 100 % de leurs produits sur le marché américain. Avec, en plus, un dollar qui se déprécie, la situation est extrêmement difficile pour elles.

Selon Edmund Lau les entreprises hongkongaises n?ont plus que quelques mois pour être fixées sur leur sort et prendre des décisions importantes. D?ici le mois d?août, elles sauront si le Congrès a accordé une dérogation à Maurice ou non. L?échéance est cruciale car dès le mois de mai les entreprises commenceront à recevoir les commandes pour la première saison de 2005.

Les pays concurrents qui ne seront plus assujettis aux quotas devraient faire le plein. Si Maurice a obtenu une dérogation sous l?AGOA, les industriels pourront faire valoir un bénéfice de 18 % environ sur les prix auprès des donneurs d?ordre.

?Avec la dérogation sur le third country fabric nous aurons un espace de survie sinon la situation sera critique?, commente Edmund Lau.

Pour Maurice Vigier de la Tour, tout l?effort de lobbying du pays vise justement à obtenir cette dérogation. Selon lui, il y a de bonnes chances que le Congrès adopte l?AGOA III malgré la campagne présidentielle qui est déjà entamée. La dérogation pour Maurice dépend de l?adoption ou non de l?AGOA III.

?Zone franche dégraissée?

Au niveau du gouvernement, on se dit conscient de l?éventualité du départ des entreprises hongkongaises, qui est somme toute programmée d?avance, selon les dirigeants. ?Nous avons dit et nous continuons à dire que nous nous retrouverons inévitablement avec une zone franche dégraissée et plus efficiente?, soutient un ministre. Face à cette échéance le gouvernement s?est engagé à développer de nouveaux secteurs d?activités pour créer des emplois alternatifs. En attendant, toutefois, la transition risque d?être pénible, concède notre interlocuteur.

Au-délà de la perte d?emplois et de la contraction prévisible des exportations, un éventuel départ des entreprises hongkongaises aura également pour conséquence une réduction de l?offre de l?industrie textile du pays. Les multinationales hongkongaises sont à la base de la réputation de Maurice en tant que fabricant de vêtements.

Leur départ réduira certainement l?attrait de Maurice pour les acheteurs. Edmund Lau se dit conscient de cette dimension des enjeux. ?Personne n?aurait souhaité se retrouver dans une telle situation. Nous aimons Maurice pour sa stabilité politique et sa main-d?oeuvre éduquée. Mais quand il y a certains faits qui s?imposent, on n?y peut rien. Nos actionnaires s?attendent à des retours sur leurs investissements?, dit-il.

Le Crystal Group qui est implanté en Mongolie, en Chine, au Vietnam, au Sri Lanka et en Malaisie pourrait demain être amené à mettre une croix sur Maurice. Le sursis viendra de Washington.

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