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Chronique d?un suicide annoncé
Une vulgaire planche clouée aux murs barre l?accès du salon noirci, abritant un grand sapin enguirlandé et couvert d?étoi-les argentées. La demeure de la famille Gunputh, à la route principale de Quatre-Cocos, prend des allures de maison hantée depuis le terrible drame qui s?y est joué le 1er janvier. Ce jour-là, Sweety, 28 ans, s?est immolée avec ses trois filles, Sandhya, 9 ans, Sheerya, 7 ans et Anjali, 3 ans, dans un geste de désespoir, d?après la thèse privilégiée jusqu?ici.
Dans la chambre des enfants, elle a jeté ses vêtements et ceux de ses filles au sol, répandu du kérosène dessus avant d?y mettre le feu. Des fioles à moitié vides de sirop contre la toux ont été trouvées sur place. Des prélèvements sur les enfants sont soumis à des examens toxicologiques pour savoir s?ils ont absorbé ce liquide avant leur mort.
Nul ne parvient à expliquer la tragédie. La petite famille de Roy, Chief Catering Officer à la Special Mobile Force (SMF) était tout ce qu?il y avait de normal. De temps à autre, depuis qu?elle s?est installée dans le village il y a trois ans, les voisins voyaient la joyeuse famille partir en promenade.
Souvent, lorsque le père s?offrait une coupe, mère et filles se faisaient teindre les cheveux, se souvient avec tendresse une voisine. Sandhya, Sheerya et Anajali étaient de « petites princesses » toujours bien habillées qui faisaient la fierté de leurs parents.
Mais quelque chose minait la bonne humeur de la maisonnée. Depuis quelques mois, Sweety couvait une dépression. Elle se portait très mal et se sentait seule, abandonnée et incomprise. Elle se confiait à une cousine en relatant ses « déboires conjugaux ».
« Elle disait que son mari rentrait trop souvent à la maison, ivre. Elle affirmait aussi qu?il la maltraitait », soutient une de ses cousines.
Archi-faux, déplorent les proches de Roy qui est encore sous le choc. Ils dépeignent Sweety comme une femme psychologiquement instable, faible et repliée sur elle-même. C?est ce qui expliquerait son intérêt pour les prières de la secte Mission salut et guérison. Fréquentation que son époux et sa belle-famille, attachés aux valeurs ancestrales, n?approuvaient pas du tout.
« Un jour Roy m?a dit : ?Pouvez-vous croire qu?elle a demandé à mes filles de renier nos Dieux ? Je ne peux approuver cela? », relate une voisine. « Kan Roy bwar ene ti la bier, li dire li satan sa. Kan li fumé, li dire to éne satan et kan ene dimoune dans jouer, caresse la joue so tfille, li traite li de satan », raconte, quant à lui, un des frères de son époux.
Une façon de rencontrer des gens chaleureux
Qu?est-ce qui a poussé Sweety vers la Mission salut et guérison ? Elle l?a découvert lorsque Roy était appelé à travailler à Rodrigues pendant de long mois. C?était une façon de rencontrer des gens chaleureux.
« Elle venait assister aux prières comme son mari avant elle. Ici, on prie en remerciant Dieu pour la vie qu?il nous a donné et non l?inverse », affirme une fidèle de cette église qui habite le même bâtiment abritant le lieu de prière.
Mais Sweety n?était pas regardante sur le Dieu à qui adresser ses prières, explique une adepte. La veille du drame, ne s?était-elle pas rendu au temple du coin pour se recueillir ?
Depuis son mariage il y a douze ans avec Roy, Sweety n?était plus que l?ombre d?elle-même. Venant d?une famille éclatée, ayant un pied entre la France et Maurice, elle avait été élevée par des tantes, sa mère n?étant pas là la majeure partie du temps.
La déprime et une lente derive
De plus, elle n?a sans doute pas supporté son mariage arrangé alors qu?elle venait à peine d?avoir seize ans. Pour corser le tout, sa cadette, alors âgée de 19 ans, a mis fin à ses jours, trois mois après les noces de Sweety. Les deux étaient comme les doigts de la main dès leur tendre enfance, avoue leur mère, Kumari Bahadoor.
Roy a bien tenté de la guérir de sa déprime, lui faisant suivre un traitement. Mais c?était une lente dérive. Elle disait qu?elle se suiciderait un jour, a-t-elle déclaré à une adepte de la secte qui s?est confiée à la police. La majeure partie de sa vie conjugale, Sweety l?a passée chez les proches de Roy à Riche-Mare, Flacq. Sweety restait cloîtré dans son coin. « Si des proches nous rendaient visite en notre absence, ils pouvaient rester des heures dehors sans qu?elle ne leur ouvre la porte » se rappelle son beau-père.
La mère de Sweety compte solliciter l?aide d?un avocat pour tirer cette affaire au clair. Roy, lui, est anéanti, ce n?est pas de sitôt qu?il rentrera à Quatre-Cocos. Roy chérissait sa petite famille. La veille du drame, les fillettes avaient confié à une voisine que Roy avait offert à leur mère un téléphone portable muni d?une caméra photo.
Ce qui discrédite des mauvaises langues disant que Roy faisait des misères à sa femme.
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