Publicité

Chronique d?un divorce annoncé

31 décembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Plaine-Magnien, école primaire Burrenchobay, le 12 septembre 2000. Le dépouillement des votes se poursuit et les candidats Ivan Collendavelloo et Vasant Bunwaree sont au coude à coude. Agents et candidats de l?alliance MSM-MMM sont tendus, solidaires. Ceux de l?alliance PTr-PMXD sont sous un arbre, mais en deux groupes distincts, le plus important autour de Vasant Bunwaree ; l?autre autour de Yatin Varma.

Ce qui suscite la remarque d?Eddy Boissézon, député mauve sortant : « Ziska azordi, Varma amerde ar Bunwaree. » Et de préciser sa pensée : « Varma a beaucoup travaillé dans la circonscription. Mais il a eu deux adversaires redoutables : la vague en faveur du changement et Vasant Bunwaree. »

Le différend Bunwaree-Varma date de la campagne électorale de 2000 : les agents de la circonscription, tous partis confondus, sont unanimes sur cette question. Tous avancent que le jeune avocat avait « énormément souffert » d?être traité comme « dikal » par le cardiologue. Envoyé comme « espion » aux réunions nocturnes rouges, Siven, un agent mauve, se souvient de « l?arrogance de Bunwaree, qui cachait souvent difficilement son mépris de l?inexpérience politique et des quelques gaffes de son colistier ».

Plusieurs parlent également du fait que « sentant la défaite approcher », Bunwaree aurait fait, la semaine précédent le scrutin du 11 septembre, du porte-à-porte en solitaire auprès de ceux de sa caste, les exhortant à voter au moins pour lui. Instruction que Varma n?a jamais pu digérer.

Agents rivaux et travailleurs sociaux soulignent la présence « constante, mais discrète » du jeune avocat sur le terrain. « Cela fait des années que Richard Duval et Yatin Varma travaillent le terrain », constate Raj, un agent mauve de Beau-Vallon.

Une unité de façade entre les deux candidats

Et durant la dernière campagne électorale, ceux qui étaient présents sur le terrain ont maintes fois constaté que l?unité entre les jeunes Varma et Duval et le vieux renard Bunwaree n?était que de façade. En fin de soirée, on notait l?énervement de l?ancien Senior Minister en entendant les propos « naïfs » de ses jeunes colistiers.

Plusieurs personnes se souviennent d?une réponse donnée par Varma lors d?une réunion privée à Mahébourg, à la suite d?une question sur l?affaire MCB-NPF. Il avait affirmé que, dès son retour au pouvoir, Navin Ramgoolam avait pris l?engagement que l?équipe de nTan allait revenir terminer son enquête et que « tous les coupables, même s?il s?agit de travaillistes », allaient être poursuivis. Si nos sources s?accordent sur le fait que Bunwaree a ensuite pris à partie Varma, la teneur de ses propos n?est pas confirmée. Certains parlent de « to pe rod b? mwa », d?autres de « to finn akiz mwa : taler to pu kone », d?autres enfin de « ki to gagne ? To pe travay pu MMM ? ». Une chose est sûre : Varma aurait très mal pris d?être rabroué en public.

« Yatin Nath Varma est un homme blessé. Et le fait qu?il n?appartienne pas à la même caste que Vasant Bunwaree ajoute à son sentiment de dépit », affirme un proche de? Richard Duval. Et voilà que cette question de caste revient sur le tapis. Varma n?a toujours pas digéré, selon certains, le fait qu?en 2000, Bunwaree l?a « vendu » auprès des « siens ».

Autre objet de litige entre les deux Rouges lors des élections : les moyens financiers et humains mis à la disposition de Bunwaree, ce qui faisait que Varma « estimait que son colistier ramenait tout à lui, traitant ses colistiers de manière cavalière ».

Selon nos sources, des proches de Yatin Varma s?étaient plaints, durant la campagne électorale, auprès de Navin Ramgoolam, de l?attitude de son ancien ministre des Finances, laissant même entendre que celui dont le nom avait été cité dans l?affaire MCB-NPF n?aurait pas dû être candidat. À ses émissaires, le leader rouge aurait tenu un langage ferme : pas question de remettre en cause le choix des candidats, mais faire appel au jeune avocat pour que les différends soient traités après la bataille électorale.

Comme tout jeune politicien, Yatin Varma caressait, selon les partisans de Bunwaree, « des ambitions de devenir ministre ». Or, selon Daniel, un proche de Bunwaree, Varma n?a pas accepté d?avoir été laissé sur la touche par le PM. « Ses deux colistiers ont été appelés à des responsabilités nationales. Lui doit se contenter d?être le député du coin, ce qui, selon lui, n?est pas à la hauteur de ses ambitions », explique ce bunwariste convaincu, en ajoutant : « Li zalu ! »

Depuis juillet, Varma ronge son frein et l?épisode de l?autoroute de la vallée de Ferney va accentuer le gouffre qui sépare désormais les deux colistiers. Selon des responsables de diverses associations qui ont milité pour la sauvegarde de la vallée, Yatin Varma n?a jamais caché son opposition à la construction de cette route, soutenant « bien avant Navin Ramgoolam », l?importance d?un tracé alternatif.

Or, selon nos interlocuteurs, Vasant Bunwaree a toujours eu une position « attentiste » sur cette question, affirmant faire « confiance à la sagesse de son leader ».

Les partisans de Varma rient en entendant Vasant Bunwaree affirmer qu?il n?a rien à faire avec les récents groupes « qui sourcent » pour appeler à le soutenir. « Bunwaree a fait machine arrière quand il s?est rendu compte que ces partisans zélés avaient menacé la justice de représailles. Nous savons tous que ce sont ses sous-marins. »

Connu pour son sens de l?éthique, Yatin Varma a milité au sein du Parti travailliste dès l?adolescence, au début des années 90, quand « il ne faisait pas bon être rouge ». Ancien élève du collège Royal de Curepipe, il s?envole pour Londres après son HSC, où il réussit brillamment son LLB à l?université de Londres. Il passe ensuite le Bar Vocational Course à l?université galloise de Cardiff.

Faire de Varma un exemple

En faisant sa déclaration à la radio sur le plan des principes défendus lors de la campagne électorale, Varma s?est attiré un capital de sympathie qui dépasse largement le sérail rouge. Ce qui rend encore plus difficile à « vendre » toute décision d?expulser le jeune député des instances travaillistes. Surtout que la fidélité de Varma au Parti est irréfutable, vu que le jeune homme vient d?une famille qui a toujours soutenu SSR.

Cela alors les apparatchiks rouges veulent faire de Varma un exemple : les francs-tireurs sont interdits de parti. Plusieurs dirigeants rouges qui ne tiennent pas Bunwaree dans leur c?ur estiment néanmoins que Ramgoolam ne peut se permettre que l?on remette en cause son autorité publiquement. Ils poussent pour un blâme à l?encontre de Varma et pour un « repentir » public du jeune député.

Cependant, certains « faucons » sont pour la méthode dure : l?expulsion de Varma. « Il est toujours plus facile de le faire en début de législature. Et comme Varma a peu d?affinités avec le MMM ou le MSM, il est cuit politiquement », constate un ministre.

Certains, à l?instar de Dharam Gokhool et de Rama Valayden, tentent de dédramatiser la situation : « Ce sont des choses qui arrivent dans un parti politique », affirme Dharam Gokhool, dans son entrevue à l?express dimanche (voir en page 11).

Navin Ramgoolam, fidèle à son habitude, va donner du temps au temps et consulter tous azimuts afin de prendre toute décision sur l?avenir de Yatin Varma. Un sursis pour le jeune député rouge ? L?avenir nous le dira.

Publicité