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Christophe Vallée, du pouvoir à n?en plus pouvoir
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Christophe Vallée, du pouvoir à n?en plus pouvoir
C?est quand tout s?arrête que la vie commence. Voilà, pour faire simple Le crépuscule de l?aube ou De la volupté du pouvoir. Simple ? dirait l?auteur Christophe Vallée. Simple oui, dans le sens de ce qui est composé d?un seul élément.
Son roman de 80 pages, c?est un homme politique français, des années 80 - 90 qui se raconte, à la première personne. De la naissance jusqu?à ses 50 ans. Cet ouvrage, dont le sous-titre : De la volupté du pouvoir, a été donné par Ananda Devi, sera lancé mercredi 12 avril par le ministre des Administrations régionales, James Burty David.
Simple aussi, ce qui se comporte avec naturel. Le personnage ? nous ne saurons jamais comment il s?appelle ? s?adresse au lecteur avec une extrême franchise,jugeant avec dureté les faiblesses des autres.
C?est la position de celui qui a décidé que ?ces mémoires de jeunesse ne seront pas publiées de mon vivant : on n?a pas le droit de son vivant de se poser des questions. ? Attitude qui lui donne entière liberté pour balancer de cinglantes vérités sur le monde politique, celui des prix littéraires ou du journalisme. Tout le monde en prend pour son grade. Même lui, le héros passé maître dans l?art de l?auto-analyse.
C?est simple. Un seul protagoniste trouve grâce à ses yeux. C?est nul autre que le ?Prince? : François Mitterrand. De lui, le héros de Vallée dit : ?Il était bien la seule personne lucide de cette comédie. Etant au sommet, il n?avait plus personne à séduire et pourtant il continuait à séduire tout le monde au sens propre et au sens figuré. ? Et si le ?Prince? méprise sa cour, c?est comme l?on ?s?amuse des parasites lorsqu?on est pachyderme?.
Simple, comme les temps de verbe, ceux qui tiennent sans auxiliaire de conjugaison. La prose de Christophe Vallée s?avale avec avidité. Les phrases, si elles ne sont pas toujours courtes, ne gênent pas la lecture, suivant la logique jusqu?au bout.
<B>La fin, qu?un retour à la simplicité</B>
L?effet suit immédiatement la cause. Exemple : tous ces corrompus punis d?un trait du sort. Jouisseurs de tous poils connaissent des fins atroces, le sida, des hépatites déclarées à point nommé. Leur famille n?en réchappe pas. C?est à qui tire sa révérence par un coup de balle dans la tête ou dans la bouche, un accident de voiture ou une noyade.
Un ordonnancement du monde, où les méchants expient forcément leurs fautes. Des châtiments qui touchent au plus près les vanités, et l?ambition. Le personnage qui gravit à vitesse grand V les échelons, est le témoin privilégié d?une pléthore d?ascensions météoriques d?où l?on dégringole encore plus vite. Revers de la médaille pour favoritisme et abus de pouvoir, surtout sexuel.
Le sexe est souvent réduit, dans Le crépuscule de l?aube à une ?simple? fonction. Celle qui participe à l?avancement des subalternes auprès de leurs maîtres. Que cela soit dans les couloirs de Matignon ou de l?Élysée, les rapports portent souvent le vilain nom de coucheries.
Et la fin ? Il ne pouvait en être autrement. C?est le retour à la simplicité. C?est là que le titre, comme une devinette, devient limpide. Trois fois ministre, député, maire, secrétaire d?état, le héros, gagné par l?invincible usure du pouvoir, finit par démissionner. ?Parfois j?ai honte de ce que je suis devenu ; une brillante carrière politique où j?ai perdu mon âme. Mais peut-on réussir sans perdre son âme ??
La réponse, c?est auprès de la Nature qu?il va la chercher. À sa ? maison de bord de mer, retrouvant les bonheurs simples de la caresse du soleil sur ma peau, du sel de la mer dans mes cheveux? ?
<B>Extrait</B>
■ Je me retrouvai à vingt-cinq ans engagé à la Présidence de la République comme ?petites mains? de la petite main d?un conseiller du Président... J?avais plu au Président lors de la cérémonie d?investiture, puis les relations familiales avaient fait le reste. J?étais chargé d?aider l?aide du conseiller qui, faisant officiellement son stage de l?ENA, n?avait pas beaucoup de temps libre. Je pensai naïvement que j?avais été recruté pour mes qualités intellectuelles : que nenni !
Ma première tâche fut d?organiser la réservation des chambres d?hôtel pour le sommet des Présidents qui allait avoir lieu à Rambouillet quelques mois plus tard.
Je tombais des nues : en quoi un sous conseiller d?un conseiller de son éminence présidentielle avait-il les qualités d?intendant pour gérer ce genre d?activités qui me semblaient bien éloignées de la géopolitique stratosphérique dans laquelle je pensai que l?on m?avait cantonnée ?
J?avoue que l?observation de ma collègue-chef fut un modèle d?apprentissage du pouvoir. Jeune femme plutôt avenante, si ce n?est un nez aquilin un peu trop prononcé, serrée dans un jean moulant à satiété, les coins et recoins de son anatomie fondatrice, des petites lunettes fines pour lire et taper à la machine qu?elle ôtait aussitôt qu?un mâle rentrait dans son appentis de bureau dont les fenêtres donnaient sur le parc de l?Elysée, elle était plutôt du genre ?rive droite? malgré son origine de famille nombreuse et de parents divorcés.
(...) Elle travaillait douze heures par jour à réserver les dites chambres pour le fameux congrès et sommet de Rambouillet afin de loger les centaines de collaborateurs des divers présidents : elle demandait la couleur de la chambre, la qualité du tissu ou du papier mural, la présence de la moquette ou du parquet, la longueur du lit pour les ?king size bed? des Américains, les ressorts pour les Latins voire des lits à lattes pour les Anglo-saxons, le bidet pour les Anglais ( c?était so frenchy !), la porte coulissante permettant au collaborateur mari de quitter discrètement sa femme pour rejoindre sa maîtresse ou son maître (selon les goûts de chacun).
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