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Christophe Gérard, grégario de luxe
Du triathlon au cyclisme, il n?y a qu?un pas. Mais rares sont ceux qui le font. Il y avait eu dans le passé Thomas Desvaux, l?Iron Man devenu champion de Maurice sur route. Il y a aujourd?hui Christophe Gérard, le grand c?ur du peloton toutes catégories, un franc pédaleur qui a su gagner sa place en sélection nationale.
Si le cyclisme lui a fait gagner en popularité, le ?Réunionnais? a pourtant du mal à couper le cordon avec sa discipline d?origine. ?Honnêtement, je me considère davantage triathlète que cycliste?, admet le pensionnaire de la HSBC-CCT. ?J?ai consacré quinze années de ma vie au triathlon et ce n?est pas évident de changer du jour au lendemain. Je vais d?ailleurs vous faire une confidence : ma sélection en équipe nationale de cyclisme, je la dédie en premier lieu à la grande famille du triathlon.?
Les Jeux des îles, Christophe Gérard est content d?y participer. Porter le maillot de Maurice, devant des Mauriciens, c?est à ses yeux un privilège : ?Ça fait dix ans que je vis dans ce pays. Je parle aujourd?hui couramment le créole. Je suis imprégné. Les gens ont d?ailleurs du mal à croire que je suis originaire de la Réunion. S?il y a une chose dont je suis fier, c?est d?avoir en poche ma carte d?identité. J?y tiens vraiment.?
Bien qu?il entre pour l?instant dans les plans de Bertrand Carabin, Christophe Gérard considère qu?il n?a pas pour autant course gagnée. Pourquoi ? ?Parce qu?on est parti en France à onze et que seulement dix participeront aux Jeux. Il y a un coureur de trop et j?espère que je ne serai pas celui-là?, répond-il. Et si, justement, c?était lui qu?on sacrifiait ? ?Oulala ! Je préfère ne pas y penser. Franchement, j?aurais les boules. J?aurais sacrifié ma famille et mon boulot pendant un mois pour rien. Ça va être dur à accepter.? Le coureur de la HSBC peut cependant dormir tranquille : sauf catastrophe, personne ne lui prendra sa place.
?J?aime travailler pour les autres?
Être dans les dix, c?est un premier objectif. Être dans les premiers quatre, c?en est un autre. ?Moi, ce que je veux, c?est être aligné dans la sélection A du contre-la-montre par équipes?, dit-il. ?Pour le moment, deux coureurs se détachent, notamment Colin Mayer et Yannick Lincoln. Il reste deux places à prendre et, pour l?instant, on est trois à se tenir de près : Pascal Ladaub, Mike Chong Chin et moi. J?espère que je vais accrocher le bon wagon??
Si on l?a inclus dans la liste, c?est parce qu?il a du tempérament, qu?il n?a pas peur de rouler, de se sacrifier pour les autres. On dit d?ailleurs de lui que c?est un grégario de luxe. Un peu comme l?était Gérard Rué au service de sa majesté Miguel Indurain. Il est tellement au service de ses leaders ? Hacques à la HSBC ? qu?il oublie de gagner des courses. ?Je ne suis pas un leader, j?aime travailler pour les autres. Certains disent d?ailleurs que je manque d?ambition. Peut-être ont-ils raison. Dès fois, il m?a manqué un rien pour vaincre le signe indien?, explique-t-il.
Christophe Gérard croit dur comme fer que les Mauriciens seront en mesure de jouer leurs cartes pendant les Jeux : ?Dans le contre-la-montre individuel, Colin Mayer sera sur ses terres et Yannick Lincoln est plus fort qu?on ne le pense. Dans l?exercice par équipes, on va courir pour la plus belle des médailles, j?en suis convaincu. Reste la course en ligne, une loterie. On dispose quand même de belles cartouches.? S?il le dit.
En France depuis deux semaines avec ses coéquipiers de la sélection, Christophe Gérard aborde les Jeux dans d?excellentes dispositions. ?Je suis en forme?, lâche-t-il. ?M?entraîner dur, ça ne me fait pas peur. Au contraire, plus je roule, mieux je marche. En plus, là-bas, en France, on n?aura la tête que dans le vélo??
Que dans le vélo ? Pas si sûr. Car Christophe Gérard est un homme de famille. Son épouse Valérie ? devenue véliplanchiste en cours de route ? et ses bouts de chou Arthur, 8 ans, et Rémy, 2 ans, monopolisent la pensée du cycliste. ?Les quitter derrière, ce n?est pas évident. Je n?aime pas les séparations, reconnaît-il. En plus, un mois c?est long. Quand j?y pense, j?ai un peu le blues. L?année dernière, quand j?étais allé à la Réunion pour l?Étoile de l?océan Indien, j?ai très mal vécu ça. Je m?étais promis de ne plus jamais les quitter. Mais là, il faut faire avec. Les Jeux sont trop importants.?
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