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Choix de société

26 octobre 2006, 00:00

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La tension est à son comble. Dans quelques heures, ce sera le redoutable coup d?envoi d?une course impitoyable. Presque 30 000 écoliers prendront le départ de l?épreuve du CPE. À l?arrivée, il y aura 1 260 vainqueurs. Pour la plupart, il s?agira de ceux qui se sont dopés à coups de leçons particulières et qui ont subi mille privations pour connaître une gloire éphémère.

Puis, il y aura les vaincus. Ils ne sont pas partis sur la même ligne que les plus privilégiés. Ils seront quand même frappés d?ostracisme et porteront le stigmate de l?échec durant le reste de leur vie. Honneur et récompenses pour une poignée. Souffrance et blessure pour un grand nombre. Pour le pays, c?est un terrible gâchis. Le bilan de la contre-réforme Gokhool est lourd.

Ce ne sera pas gai dans les cours d?école ce matin. Devant le triste spectacle des tendres visages crispés, chacun aura l?impression de remonter le temps. La mine tourmentée des enfants et l?angoisse de leurs parents rappelleront à notre souvenir le traumatisme vécu par plusieurs générations de Mauriciens jusqu?en 2001. Tous les ministres de l?Éducation, de Kher Jagatsingh à Kadress Pillay ont essayé de transformer le système mais ils ont buté contre les forces conservatrices. Et quand le mal a finalement été surmonté, il ne lui a pas fallu longtemps avant de faire son retour. ?Ranking?, ?Rat race?, ?Star colleges? : tous ces termes honnis que l?on croyait bannis de notre vocabulaire recommencent à hanter l?actualité.

Les concepteurs du grade A+ prétendent qu?il est possible de faire un tri parmi les gosses de 11 ans et de les classer ensuite dans deux catégories distinctes ? les intelligents et les autres. Ces penseurs n?ont pas tenu compte du fait que l?intelligence peut se développer autrement chez certains élèves. Ils ignorent également que le temps que prend un enfant pour s?épanouir n?est pas le même pour tous. Mais, après tout, les défenseurs du A+ étaient-ils seulement intéressés à écouter les pédagogues ? Il est plus probable que ce sont des motivations électoralistes qui expliquent leur entêtement à aller de l?avant.

Si la contre-réforme est devenue une réalité, c?est aussi en raison de la désorganisation qui a sévi dans le camp adverse. Pour des raisons obscures, les partis de l?opposition ont choisi l?option judiciaire plutôt que la confrontation sur le terrain politique. Dans le cas du MMM, cela s?est même transformé en farce avec le retrait d?une des deux plaintes qu?il avait déposées. Les ONG qui sont censés défendre les droits de l?enfant ont été largement absents du débat. Quelques associations de parents-enseignants ont tenté de s?opposer à la contre-réforme mais leur voix était trop faible. Les partisans de l?élitisme n?en demandaient pas mieux.

C?est précisément deux conceptions de l?éducation ? l?élitisme et l?égalité des chances ? qui s?affrontent au cours du débat sur le CPE. La première s?inspire de la loi du plus fort. La seconde vise à démocratiser l?accès à l?enseignement. Ceux qui le défendent savent que l?élévation du niveau d?instruction va toujours de pair avec l?ouverture au plus grand nombre et à toutes les classes sociales.

Bref, c?est un choix de société qui est fait à travers la formule du CPE. Or, quand les valeurs de solidarité ne pèsent pas lourd, les droits des faibles sont lésés. Et, si le tir n?est pas corrigé, cela exacerbera le sentiment d?exclusion.

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