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Chirac plante les jalons de Raffarin III
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Chirac plante les jalons de Raffarin III
Dans sa première interview télévisée depuis la débâcle de la droite aux régionales, retransmise en direct sur TF1 et France 2 jeudi soir 1er avril, le président de la République, Jacques Chirac, est monté en première ligne pour justifier le maintien de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, le remaniement du gouvernement et la poursuite des réformes.
Il a tout d?abord tenu à affirmer qu?il avait entendu «les inquiétudes, les impatiences, les mécontentements» des Français. Il a ensuite redit sa confiance au premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. Mais sur toutes les questions sensibles qui ont coûté si cher à la majorité, il a demandé au gouvernement Raffarin III de corriger les erreurs de Raffarin II. Tout en affirmant que sa fonction n?est pas de «conduire la politique quotidienne du gouvernement», il est apparu très directif, jusque dans les détails.
Jacques Chirac a ainsi demandé à la nouvelle équipe de «suspendre la mise en ?uvre de la mesure relative» à l?allocation spécifique de solidarité (ASS), qui a alimenté les critiques sur le thème de «la régression sociale».
Il a reconnu que le «malaise» des chercheurs était «justifié» et enjoint au nouveau gouvernement de «réexaminer ce problème de postes». Les chercheurs en colère réclament notamment la réaffectation de 550 postes supprimés du budget 2004.
A propos des intermittents du spectacle, qui ont malmené le gouvernement depuis l?été, le président a souligné qu?il y avait eu «des abus» de la part de grandes entreprises. Mais il a jugé que «les conséquences sur les jeunes artistes» de la réforme du système d?assurance-chômage des artistes avaient été «mal appréciées».
TROUVER «UN ACCORD NATIONAL»
Jacques Chirac a également fermé la porte à une réforme de l?assurance-maladie par la voie des ordonnances. «La transparence conduit à récuser le recours aux ordonnances», a-t-il dit, en appelant les partenaires sociaux, le gouvernement, la majorité mais aussi l?opposition à trouver ensemble «un accord national» sur un sujet essentiel pour la France et les Français, notamment les plus démunis.
Il a d?ailleurs insisté sur la nécessité de rétablir la cohésion sociale, l?une des missions confiées à Jean-Louis Borloo. «Malgré l?augmentation considérable des dépenses, notamment sociales, la pauvreté n?a pas diminué et l?exclusion non plus» en France depuis dix ans, a-t-il fait remarquer, en fixant l?objectif de «déghettoïser» le pays.
Evoquant la baisse des impôts engagée depuis 2002 conformément à ses promesses de campagne présidentielle, il a affirmé que cette mesure, très critiquée par la gauche, serait poursuivie. Ce n?est «pas un cadeau aux uns et aux autres, c?est une nécessité», a-t-il fait valoir, tout en précisant : «Il faudra continuer dans la mesure de nos moyens et des contraintes qui sont les nôtres.»
Niant tout problème personnel avec Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac a affirmé que le nouveau «super-ministre» de l?économie devra relever «le grand défi» de l?endettement de la France pour satisfaire Bruxelles.
Quant à Dominique de Villepin, le président de la République a affirmé que son passage des affaires étrangères à l?intérieur n?était pas «un signe» adressé aux Etats-Unis. «La politique étrangère de la France ne change pas. Elle émane essentiellement du président de la République, et tant que je serai là cette politique ne changera pas», a-t-il assuré.
«FINALEMENT, IL Y A EU ERREUR SUR TOUT»
Jacques Chirac a formé le v?u qu?à l?issue de son deuxième mandat, la France ait «retrouvé tout son dynamisme» et soit en mesure «d?assumer son pacte social sans l?écorner, et en le développant dans un contexte européen de paix et de démocratie».
Réagissant à l?allocution du chef de l?Etat, Alain Juppé (UMP) s?est «félicité du souci du président de la République d?établir une vision juste, sincère et concrète des préoccupations des Français». Pour lui, «ses propos constituent un appel à la mobilisation de tous autour des valeurs fondamentales de notre démocratie, dans un souci d?une plus grande ouverture et d?un dialogue renouvelé».
Jacques Barrot (UMP), lui, a estimé que Jacques Chirac avait montré «à quel point il est un homme à l?écoute des Français».
L?UDF André Santini a, pour sa part, jugé que le «réquisitoire» prononcé par le président Jacques Chirac contre «Raffarin II» était «passionnant» car «finalement, il y a eu erreur sur tout». «L?UDF, pendant le débat budgétaire, s?était élevée contre la réduction de l?ASS (allocation spécifique de solidarité) et avait demandé qu?on ne méprise pas les chercheurs.»
Pour Julien Dray (PS), le président «se rend compte tout d?un coup que finalement il a été injuste pour ceux qui ont été victimes de ces mesures». «Mais, a-t-il ajouté, sur le fond, il ne comprend pas que l?essentiel de ce qui a été fait depuis dix-huit mois a été vécu comme une agression et une remise en cause».
Marie-George Buffet (PCF) a estimé que, «devant la mobilisation, le président Chirac est contraint de reculer par petits pas». Mais «s?il recule un peu», en réalité «il ne cède sur rien». Le président «tente de sauver les meubles pour les élections européennes», a-t-elle ajouté, «sans remettre en cause le fond antisocial de la politique du gouvernement».
La Ligue communiste révolutionnaire (LCR), enfin, a, parlé, elle, de «baratin». «Le credo de Chirac reste la déréglementation, les privatisations et la destruction des acquis sociaux, note un communiqué. C?est une attaque de grande ampleur qu?il nous prépare.»
© Le Monde News Service
Chirac, «expert dans l?art de l?amnésie», dit Fabius
Laurent Fabius s?est inquiété hier de l?apparente marginalisation de la fonction de Premier ministre par Jacques Chirac, un «expert dans l?art de l?amnésie» et de «l?équilibrisme verbal». «Il y a chez Jacques Chirac une sorte de dédoublement de responsabilité, comme s?il venait d?arriver au pouvoir», déclare le dirigeant socialiste dans Le Parisien». «Or cela fait des années qu?il est là : c?est lui qui porte de la responsabilité essentielle de la situation actuelle».
Sur Europe 1, Laurent Fabius a ensuite estimé que le chef de l?Etat avait «décrédibilisé» Jean-Pierre Raffarin lors de son intervention jeudi soir à la télévision.
«Ce qui m?a frappé dans la nomination du gouvernement et même dans le commentaire de M. Chirac, c?est que M. Raffarin est complètement décrédibilisé. Je trouve assez grave en France que le Premier ministre n?assume plus sa fonction parce que c?est une fonction importante», a-t-il dit. Laurent Fabius a également contesté la baisse des impôts affichée par le précédent gouvernement Raffarin et a douté que le chef de l?Etat puisse tenir ses engagements dans ce domaine. «Ils (les impôts) ont baissé pour une petite catégorie de Français mais pour l?immense majorité des Français, les taxes ont augmenté», a-t-il affirmé. «Donc, ne laissons pas entendre que les impôts auraient baissé avec le précédent gouvernement. D?ailleurs, les prélèvements obligatoires ont augmenté», a-t-il ajouté. Laurent Fabius a jugé qu?une baisse des impôts n?était pas impossible à condition d?opter pour «une autre politique économique qui soutienne la demande, qui soutienne l?offre et qui soutienne l?environnement, ce qui n?est pas du tout le cas». «Contrairement à ce qu?a dit hier M. Chirac, la France ne se situe pas du tout dans la moyenne européenne du point de vue de la croissance»
La presse dissèque le «virage» de Jacques Chirac
Alors que le premier conseil des ministres du gouvernement Raffarin III se réunissait hier, tous les éditorialistes de la presse française analysaient le «virage» annoncé par le chef de l?Etat quatre jours après la débâcle de la droite aux élections régionales.
Sous le titre «Reniement», Jean-Michel Thénard, assure dans les colonnes de Libération que le chef de l?Etat a reconduit Jean-Pierre Raffarin à Matignon, «non pour qu?il poursuive, mais pour qu?il détruise son oeuvre».
«Le Premier ministre prévoyait de réformer la Sécurité sociale par ordonnance, le président ?récuse? la méthode; il a taillé dans l?allocation spécifique de soladarité, le président suspend la mesure; il ne voulait pas créer de postes supplémentaires pour les chercheurs, le président réclame un ?réexamen? du problème», poursuit-il. Et d?ajouter; «Si raffarin II cherche quelqu?un pour venter son bilan, qu?il évite l?Elysée.»
Pour le Parisien-Aujourd?hui en France, le président, qui a affiché la volonté «d?éteindre tous les conflits», s?est livré à une véritable prestation de chef du gouvernement en récusant les choix de Matignon.
«Qu?il s?agisse des chômeurs en fin de droit, des chercheurs ou des intermittents, le chef de l?Etat a revu la copie Raffarin, estimé que les contestataires et manifestants n?avaient pas été assez écoutés, qu?ils n?avaient pas entièrement tort et que, désormais, dans ces domaines comme dans tous les autres, la ?justice sociale? doit être prioritaire», écrivent Dominique de Montavalon et Bernard Mazières.
«PEDAGOGIE»
France Soir salue pour sa part «Le retour du Chirac social» qui a fait le choix de la «pédagogie», l?autre mot clé du discours présidentiel. «Car pour l?ensemble de la majorité, la principale leçon des régionales se résume à un manque d?explications. Le chef de l?Etat tente donc de convaincre les électeurs qu?il faut continuer dans la même voie», ajoute Christelle Bertrand, qui dresse le portrait du président en «bon VRP de la réforme».
«Les maîtres de l?opposition attendaient Chirac comme le chasseur la perdrix», estime pour sa part Georges Suffert pour le Figaro, selon lequel certains croyaient bien l?avoir blessé, tandis qu?une vingtaine de régions de tiennent prêtes «à le tailler en pièce».
«Hier soir fin de la récréation!», tranche l?éditorialiste du quotidien conservateur, estimant que les «Français auront été sensibles à cet appel au courage et au bon sens».
«Résoudre la quadrature du cercle», voilà selon la Tribune la tache que le chef de l?Etat a confié au gouvernement Raffarin III. «Car le président de la République a tout simplement décidé de maintenir le cap des réformes tout en lâchant du lest sur les points qui ont fâché les français (...)», commente François-Xavier Pietri. Et de conclure: «Comme état de grâce, Jean-Pierre Raffarin aurait sans doute rêvé mieux.»
Ayant choisi de boucler avant la fin de l?allocution présidentielle, l?Humanité boude l?événement sans autre forme de procès et consacre sa «une» aux manifestations qui auront lieu aujourd?hui à travers tout le continent à l?appel de la Confédération européenne des syndicats. «L?occasion en France d?un premier test social après la déroute électorale de la droite et avant la campagne pour sauver la sécu», souligne le quotidien communiste.
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