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Chimères humaines

10 septembre 2007, 00:00

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Le feu vert de principe qui vient d?être donné à des chercheurs britanniques réclamant de pouvoir créer des embryons à partir de noyaux de cellules humaines et d?ovocytes de bovins ou de lapins marque une étape cruciale dans l?histoire de la biologie moderne. Un nouveau verrou a sauté qui annonce probablement d?autres feux verts accordés à ceux qui maîtrisent toujours mieux la compréhension et le maniement du vivant. Présentée par les scientifiques comme une simple méthode permettant de pallier la pénurie de cellules sexuelles féminines, cette décision conduit à poser, en des termes inédits, la question centrale des bases biologiques de l?identité humaine.

Les biologistes britanniques n?auront certes pas la possibilité de faire se développer au-delà de 14 jours les chimères embryonnaires ainsi créées : ils devront impérativement les détruire avant ce délai pour obtenir des lignées de cellules souches destinées, espèrent-ils, à soigner des affections aujourd?hui incurables. Rien ne permet, par ailleurs, de savoir ce que deviendrait une telle chimère implantée dans un utérus humain.

Il n?en reste pas moins vrai qu?en créant une forme de vie mêlant du matériel biologique animal et humain, ces biologistes se rapprochent un peu plus encore du rôle du démiurge qui, parfois, n?est pas sans les fasciner. Cela explique notamment la virulence de la condamnation du Vatican, qui, qualifiant de ?monstruosité? l?autorisation britannique, prend curieusement le risque de sacraliser l?ADN humain.

Quelles que puissent être dans l?avenir les conséquences de la décision britannique, force est de reconnaître qu?elle fait suite à une large consultation organisée sous l?égide de l?autorité pour la fertilisation et l?embryologie humaine, sorte d?équivalent de l?Agence française de biomédecine. C?est au terme de cette consultation, et en faisant une évaluation des risques et des possibles bénéfices thérapeutiques, que l?instance britannique a rendu sa décision. De fait, l?ampleur et la portée des questions éthiques soulevées par les avancées dans le champ de la biologie réclament de nouvelles initiatives visant à mieux associer l?opinion publique aux choix faits dans ce domaine en perpétuelle évolution.

De ce point de vue, la confirmation de la réunion, en France, d?Etats généraux de la bioéthique - avant la révision, prévue en 2009, de la loi de bioéthique - est une bonne nouvelle, alors que la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, avait paru hésiter. Même si, aujourd?hui, aucun chercheur français n?a encore déposé de demandes équivalentes à celles de ses collègues britanniques, il est indispensable que la question donne lieu rapidement à un débat public approfondi afin de nourrir, ensuite, la réflexion du législateur.

© Le Monde 2007

Distribué par The New York Times Syndicate

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