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Chik : condamnés à la rechute

12 octobre 2006, 00:00

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C?est la loi implacable des ?rechutes?. Un phénomène intéressant désormais les scientifiques qui ont lancé des tests cliniques sur des patients réunionnais atteints de ces formes prolongées.

Si la reprise épidémique accapare l?attention des autorités sanitaires à l?aube de l?été austral, il ne faudrait pas qu?elle occulte pour autant la réalité factuelle. Car la transmission virale a beau être au plus bas niveau actuellement, les personnes contaminées par le chikungunya en ce début d?année sont encore nombreuses à souffrir. Selon SOS médecins Nord, seuls 30 % des patients qui consultent pour un chik viennent pour la première fois, contre 70 % qui présentent des séquelles ou des ?rechutes?.

Le nombre d?arrêts de travail enregistrés par la CGSS de confirmer la tendance. Sur la semaine allant du 11 au 17 septembre par exemple, 37 arrêts de travail pour une ?rechute? du chikungunya ont été reçus par la sécurité sociale sur 84. Le Dr Bernard-Alex Gaüzère, chef du service de réanimation au CHD de Bellepierre et spécialiste en médecine tropicale, observe de manière empirique que la proportion de malades ayant des épisodes récurrents de manifestations cliniques serait de ?moins d?une personne sur deux?.

La cellule inter-régionale d?épidémiologie de Réunion (Cire) a de son côté lancé une étude pour connaître précisément cette proportion. Il n?y a pas encore de résultat puisqu?il reste 25 % des patients à inclure, mais Daoudo Sissoko, médecin épidémiologiste à la Cire considère cette donnée ?exagérée au regard des données intermédiaires obtenues à la Réunion et à Mayotte?.

S?il semble donc difficile d?estimer le pourcentage de la population concernée par ce phénomène, on connaît mieux, en revanche, le profil de ces malades. Comme l?explique Éric Bouquillard, rhumatologue au Groupe hospitalier Sud de la Réunion (GHSR) : ?On s?est rendu compte qu?il y avait une grande proportion de femmes qui faisaient des formes chroniques.? Sachant qu?elles représentent déjà plus de 60 % du total des cas de chikungunya.

Le Dr Gaüzère remarque également que, semblant proposer une meilleure réponse immunitaire au virus, les moins de 20-25 ans sont très faiblement affectés par les rechutes. ?L?âge est un facteur déterminant pour les problèmes d?articulation.? Fièvre, maux de tête, éruption cutanée... les signes cliniques du chikungunya peuvent être multiples à la phase aiguë, même si l?on sait que c?est une maladie à expression principalement articulaire dans près de 95 % des cas.

Les dangers de la cortisone

Ce sont en l?occurrence ces principaux symptômes qui sont observés dans les cas de récidive ou de persistance. ?L?atteinte est principalement articulaire, jamais osseuse, mais les tendons peuvent être parfois atteints, indique le rhumatologue du GHSR. On observe dans la plupart des cas une grande raideur le matin au levé, un dérouillage qui peut prendre plusieurs heures.? Sachant que les douleurs articulaires intéressent préférentiellement les poignets. Bien des chikungunyés se plaignent de développer de nouveaux épisodes hyperalgiques, pourtant comme le précise le rhumatologue, il ne faut pas oublier ?qu?il n?y a pas que le chik qui donne des douleurs et de la fièvre?. Leptospirose, goutte, lupus, rubéole, dengue... un tas d?autres maladies développent des douleurs articulaires. Plusieurs personnes pensant présenter les symptômes du chikungunya sont en réalité atteintes d?une autre affection. Mais ceux-ci représentent une minorité.

Pour les praticiens, tout l?enjeu est maintenant d?essayer de comprendre pourquoi certains patients développent des formes prolongées et d?autres non. Le mystère reste insoluble à ce jour même s?il existe des hypothèses. Les médecins ont notamment du mal à évaluer si les arthralgies persistantes sont liées à un portage chronique du virus ou à une réaction immunologique (production d?auto-anticorps). ?Pour savoir, il faudrait rechercher le virus dans le sang au moment de la poussée, explique le Dr Bouquillard. Si on retrouve le virus, cela veut dire que la personne s?est réinfestée suite à une nouvelle piqûre de moustique (NdlR : ce que peu de médecins pensent étant donné que des chikungunyés vivant en métropole présentent les mêmes rechutes de douleurs articulaires, sans qu?il soit possible d?incriminer le moustique), soit il est resté quelque part dans l?organisme avant de repasser dans le sang. Et si l?on ne trouve pas le virus dans le sang, cela peut être lié à une poussée inflammatoire ou bien à l?arrêt d?un médicament.? Car il est fréquemment observé une rechute après l?arrêt de cortisone, médicament de dernier recours dans le chikungunya.

Si les médecins suivent en effet le protocole, ils préconisent en premier lieu du paracétamol et évitent catégoriquement l?aspirine. S?il n?y a pas d?effet, ils passent aux anti-inflammatoires non stéroïdiens et si cela ne fonctionne toujours pas, au bout de trois semaines, la cortisone est éventuellement recommandée. ?La cortisone est prescrite en cure courte car elle a beaucoup d?effets secondaires. On est alors obligé de décroître les doses. C?est souvent à ce moment que les gens rechutes?, constate le Dr Gaüzère.

Alors que faire quand un patient n?est pas réactif au traitement symptomatique le plus adéquat en l?absence d?un traitement étiologique existant ? Sachant que l?étude ?Nivachik? ne teste la chloroquine que sur des patients en phase aiguë de la maladie, excluant d?office les victimes de formes prolongées. La recherche est donc actuellement en train d?essayer d?apporter une réponse à ces malades à travers des tests cliniques nommés ?Arthrochik?.

D?ici le 1er décembre ce programme hospitalier de recherche clinique sera lancé à la Réunion sur 140 patients atteints du chikungunya depuis au mois 6 semaines avec des douleurs articulaires . Un médicament ? tenu à ce jour secret pour ne pas fausser l?étude ? leur sera administré afin de déterminer l?efficacité et l?innocuité de la molécule.

Si les résultats s?avèrent probants, la prescription de ce médicament pourra être généralisée d?ici quelques mois et les victimes de rechutes connaîtront enfin un répit. Mais en attendant cette échéance ou un éventuel vaccin, les sujets à la double peine s?interrogent sur le temps qu?ils leur restent à tirer. La seule étude dont nous disposons à ce jour pour répondre à cette question a été réalisée en 1983 en Afrique du Sud (1).

L?étude montre que 87,9 % des personnes ne souffrent plus de leurs articulations trois ans après la maladie, 3,7 % ont une raideur articulaire occasionnelle, 2,8 % des malades ont une raideur sans douleur et 5,6 % ont des douleurs articulaires persistantes et, fréquemment, des épanchements articulaires.

Mais il faut garder des réserves sur cette vieille étude réalisée seulement sur 107 cas, comme le souligne le Dr Bouquillard : ?On a l?impression que ces données sont un peu exagérées par rapport à ce qu?on observe.? Reste qu?on ne connaît pas encore les conséquences à long terme de cette infection puisqu?elle a été très peu étudiée dans le passé.

La Réunion se sacrifie actuellement pour devenir un laboratoire expérimental qui servira sans nul doute aux prochaines épidémies de chikungunya qui séviront dans le monde.

Philippe MADUBOST Marie PAYRARD Clicanoo.com

Les rechutes ne sont pas forcément des rechutes

Ce que l?on nomme communément ?rechute? dans le virus du chikungunya est un terme mal approprié pour la plupart des médecins car il ne correspond pas toujours à la réalité. Quand certains praticiens parlent de ?récurrence?, d?autres spécialistes préfèrent évoquer des ?nouvelles poussées inflammatoires?, des ?formes chroniques?, des ?évolutions subaiguës? ou encore des ?douleurs persistantes?. Dans cet imbroglio linguistique, le Dr Sissoko donne quelques éclaircissements : ?Il faut plutôt parler de forme prolongée au sein desquelles il existe deux cas : les formes continues et les récurrentes. Les premières, qu?on considère aussi comme chroniques, sont rares. Ce sont les formes récurrentes qu?on appelle des rechutes. En réalité, ce sont des personnes qui développent de nouveaux symptômes après, et uniquement après une rémission.?

Peut-on avoir deux fois le chik ?

?Pourquoi développer des douleurs articulaires après une rémission du chikungunya ? Peut-on avoir deux fois le chikungunya ? L?hypothèse d?une nouvelle infection peut-être envisagée mais à ce jour, les médecins, même si le débat n?est pas tranché, penchent plus pour la théorie selon laquelle le virus du chikungunya serait immunisant, c?est-à-dire que la maladie ne pourrait se contracter qu?une seule fois. Le Dr Christine Jaffar-Bandjee, médecin micro-biologiste au CHD de Bellepierre et co-investigatrice principale du PHRC sur la physiopathologie du chik chez l?adulte, explique néanmoins qu?il faut rester prudent dans ce domaine : "Nous n?avons pas assez de recul sur le sujet pour être catégorique. On pense que la maladie est immunisante parce qu?on n?a pas encore prouvé que des patients l?avaient contracté une deuxième fois. Il n?y a pas de raison qu?il en soit autrement des autres virus. L?observation des cas sur une deuxième épidémie permettra de répondre à cette question. Car on pourra comparer les sérologies de patients disant rechuter avec celles dont on dispose aujourd?hui.?

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