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Chez L?antiquaire le mobilier témoigne du passé

29 avril 2005, 20:00

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L?arôme suave des matières nobles éveille les sens. Le regard flâne dans la pièce aux lumières tamisées, sur les innombrables trésors disposés de part et d?autre. Dans cette petite bâtisse située à Curepipe, l?Histoire reprend vie et entraîne le visiteur loin du quotidien harassant.

Chaque objet est lourd de sens, empreint d?un passé glorieux. Chez l?Antiquaire, boutique créée en 1950 par Paul Ducray, qui a été reprise par sa fille, Géraldine Ducray-Bouic, les pièces de mobilier ancien ? qui laisse entrevoir le travail d?hommes et de femmes passionnés ? rendent ainsi accessible un héritage légué par les nombreuses nations qui ont colonisé Maurice.

Ici, le bois s?offre dans toute sa splendeur. Tantôt sombre et violacé, tantôt franc et pastel, il ne laisse pas de? bois. Il incite même à tendre l?oreille pour qui sait écouter son histoire.

Bien calé derrière un bureau sombre, Paul Ducray évoque la noblesse de ces objets venus de contrées lointaines nous conter leur passé. Sur le mur rose du petit bureau aménagé au milieu des pièces plus que centenaires, sont accrochées de grandes assiettes creuses en porcelaine. Les motifs, azur et fluides, laissent deviner les influences orientales qui ont guidé la main de leurs créateurs, il y a plus d?un siècle.

Sur une petite console adossée au mur trône une lampe de chevet en cristal, recouverte d?une fine couche d?opaline. Deux autres vases similaires, fabriqués par Jacob Petit, étincellent à la lumière d?un magnifique lustre à suspension en cuivre. Le regard épouse les formes agréables et se perd presque dans les couleurs pastel.

Le fondateur affiche le sourire. Et pour cause : les droits de douane sur les antiquités ont été abolis. Géraldine, qui dirige maintenant l?affaire familiale, vient de s?envoler pour l?Afrique du Sud à la recherche d?objets rares. «Il est actuellement très difficile de faire sortir des objets anciens de l?Inde car les Indiens ont pris conscience qu?une grande partie de leur patrimoine part à l?étranger», explique Paul Ducray.

Une fragrance subtile, presque sucrée, trouble quelque peu les sens. Elle provient d?un meuble d?officier de marine fabriqué dans du palissandre violet, soigneusement disposé dans un angle. Ce meuble, comportant une série de tiroirs, et une vitrine d?exposition, dite de la Compagnie des Indes, témoigne encore de ce temps où le négoce de précieuses épices et de bois rares régissait le commerce.

Tout dans le mobilier d?époque, construit dans un bois exceptionnel qui se trouvait dans les multiples comptoirs de la Compagnie à Madagascar, à l?île Bourbon et aux Indes, rappelle la riche histoire de la Compagnie des Indes. Les coins arrondis, l?usure des tiroirs et la couleur mate du bois attestent de son intense utilisation pendant le siècle dernier.

Somptueuse, une imposante armoire de style Louis XV datant de 1750 domine la pièce attenante, également encombrée d?objets porteurs d?un passionnant passé. Réalisé dans du bois de cannelle, ce chef-d??uvre de la Renaissance n?existe à Maurice qu?en deux exemplaires. L?autre est exposé au musée de Mahébourg dans la chambre de Mahé de Labourdonnais !

Les siècles ne semblent pas avoir atténué les effluves du bois. Comme pour se convaincre de la réalité de cette pièce aux finitions délicates, les doigts se baladent sur les motifs en relief, habilement sculptés. Les fleurs de lys et les soleils bretons, sculptés sur le battant des portes, dénotent les influences françaises.

Dans une pièce annexe, protégée des rayons du soleil, une autre armoire, marquetée celle-là, démontre le savoir-faire des artisans. L?ébène, le citronnier, le palissandre et le tecoma ont rivalisé de finesse pour cette pièce de grande qualité aux senteurs subtiles et envoûtantes du bois travaillé à la main. Les motifs géométriques témoignent du talent et de l?imagination des sculpteurs. Les influences de plusieurs pays se déclinent également sur plusieurs objets datant de l?époque de la Compagnie des Indes.

Surprenantes, ces natures mortes, dans des cadres en demi-sphère, qui abritent des perdrix. Ces trophées, qui datent du début du siècle dernier, très bien conservés, étaient exposés dans les maisons de campagne et dans les pavillons de chasse. «C?était la grande mode à l?époque», précise Paul Ducray. A moitié dissimulé par un rideau, un téléphone Ericsson à manivelle, datant de 1895, pend au mur couleur de pêche. On serait presque tenté de l?activer.

«Tantôt sombre et violacé, tantôt franc et pastel, il ne laisse pas de... bois. Il incite même à tendre l?oreille pour qui sait écouter son histoire.»

La plupart des objets de Chez L?Antiquaire sont exposés à la vente. A l?exception d?un fauteuil de la Compagnie des Indes auquel les propriétaires des lieux se disent très attachés. «C?est une pièce très rare fabriquée dans du palissandre violet.» Au-dessus du meuble, une gravure d?époque représentant une jeune femme assise sur le fauteuil fait la fierté de Paul Ducray.

Outre la simple curiosité, l?immersion dans cette boutique d?antiquaire éveille, chez le visiteur, la passion pour les objets du passé. C?est difficile de les quitter des yeux. Mais il faut bien s?y résigner. En se consolant de pouvoir les emporter, ne serait-ce qu?en pensée, après avoir fait le plein de souvenirs?

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