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Chetty revient sur les lieux des crimes
Le regard figé, Antoine Chetty s?est retrouvé hier pour la première fois, depuis quatre ans face à Philippe Calou. Cet homme, il l?avait sauvagement agressé à coups de sabre à Le Bouchon, le 17 janvier 2000. C?est un vrai miracle qu?il ait eu la vie sauve.
Philippe Calou, qui a réussi à croiser le regard de son présumé agresseur dans le véhicule de la police qui l?amenait sur le lieu de son forfait, n?a pu se contenir. ?Move?. tonn rod tir mo lavi?, devait-il lancer à Antoine Chetty. L?ex-bras droit et garde du corps du notaire Vinay Deelchand, regarde sans réaction sa présumée victime à travers la vitre. ?Cotte Mooraghen, li oussi ti ladan.?
Cet ex-employé de la sucrerie Mon Désert-MonTrésor avait eu le malheur de résister aux hommes de main du notaire Deelchand qui avaient tenté de s?approprier un terrain à Le Bouchon.
La journée d?Antoine Chetty a commencé devant le tribunal de Curepipe hier matin. C?est vêtu d?une chemise à rayures bleues et blanches sous son gilet pare-balles et d?un jeans que l?accusé s?est présenté une nouvelle fois devant le magistrat. A l?issue de cette comparution, les enquêteurs de l?Anti-Drug & Smuggling Unit (Adsu), l?emmènent à Le Bouchon, à Candos et à la rue Shakespeare à Port-Louis pour trois reconstitutions des faits.
Caché dans les cannes
Il est 13 heures lorsque le cortège de voitures policières arrive à Le Bouchon, une localité du Sud. Elle prend ensuite la route qui mène à Carreau Acacia. Les journalistes sont aux aguets sur les bords de la route bordée de cannes. Les policiers ne s?arrêtent pas. Les voitures de presse démarrent alors en trombe pour tenter de les suivre. Trois cents mètres plus loin, les véhicules de la police s?arrêtent net avant de rebrousser chemin. Ils retournent au point de départ : les journalistes étaient dans le vrai, ils attendaient au bon endroit !
Six policiers de la Special Supporting Unit, arborant des gilets pare-balles établissent un cordon de sécurité. Ils interdisent le passage à la trentaine de membres du public curieux venus assister à la reconstitution ainsi qu?aux membres de la presse. Puis les véhicules de l?Adsu empruntent un sentier à travers les champs de cannes.
Sans aucune hésitation, Antoine Chetty indique l?endroit précis où, le 17 janvier 2000, la voiture qui le transportait s?était garée, à une cinquantaine de mètres de la route. L?homme indique à l?inspecteur Hector Tuyau où il s?était caché derrière les feuilles de canne pour attendre Philippe Calou. La présumée victime avait en effet pour habitude d?emprunter cette route à bicyclette.
C?est en présence de son avocat, Me Samad Goolamaully, que Chetty montre l?endroit exact où il se trouvait lorsqu?il a agressé Philippe Calou à coups de sabre. Cet exercice de reconstitution des faits était placé sous la supervision du surintendant de police Vinod Appadoo.
Divers clichés ont été pris et des plans du lieu ont été dressés par les constables Salabeea et Payeeandee, respectivement photographe et dessinateur. Le chef inspecteur Rajen Ayacanou, responsable de la section photographie, assistait à la scène.
L?exercice accompli, tout ce petit monde s?apprête à partir. Alors que les véhicules de police sont sur le point de quitter Carreau Acacia, Philippe Calou, l?air perdu arrive à pied. ?Kot li ete Chetty là ?? interroge-t-il. Le vieillard, excité, tente de se frayer un passage entre les policiers pour voir son présumé agresseur.
Il ne peut contenir ses larmes. Les personnes présentes ne sont pas restées insensibles à la détresse du vieillard qui éclate soudain en sanglots. Me Goolamaully, s?approche de lui et tente de le réconforter en ces termes : ?Les la polis fer so travay.?
Après le grand Sud, le cortège se dirige à Candos pour une deuxième reconstitution. Sur la route Royale, Chetty indique aux enquêteurs l?endroit exact où Cyril César, Mario Vithylingum et lui-même se sont retrouvés pour mettre au point leur plan d?agression contre Lalldev Gajadhur, le 16 juin 1998.
Policiers et accusé se dirigent ensuite à l?avenue Malartic, à Quatre-Bornes où Cyril César et Mario Vythilingum ont agressé Gajadhur. Ils avaient suivi leur victime à la sortie de son lieu de travail, avenue Jacinthe, toujours à Quatre-Bornes.
Gajadhur avait accusé Vinay Deelchand d?avoir, en avril 1996, falsifié la signature de son père mourant pour s?approprier trois lots de terre à Candos.
La dernière étape des reconstitutions des faits hier s?est déroulée à la rue Shakespeare à Port-Louis. C?est là que, en représailles, l?homme de main avait mis le feu au garage d?Anwar Toorabally. L?incident remonte à 1994. L?homme a eu le malheur de réclamer son dû au notaire après la vente de trois hectares d?un terrain situé à Bois-Pignolet, Terre-Rouge.
Il est presque 15 h 05 lorsque s?achève l?exercice. Le suspect Chetty est conduit au quartier général de l?Adsu aux Casernes centrales pour consigner une déposition sur ces trois reconstitutions.
OVERDOSE
Les révélations sur Damree continuent
- Antoine Chetty a poursuivi sa déposition hier après-midi sur le meurtre de Parvez Damree. Ces éléments permettront aux enquêteurs de loger une nouvelle accusation contre le notaire Vinay Deelchand. Le corps de Damree a été retrouvé en juillet 1995 à la Route Nicolay, Port-Louis. Selon les allégations de Chetty, il serait mort d?une overdose due à une injection d?héroïne. Vinay Deelchand était aussi au siège de l?Adsu. Il a été une fois de plus confronté aux allégations de son ex-bras. L?avocat-parlementaire Dev Hurman a produit un certificat médical. Il devait comparaître devant la ?Bail and Remand Court? pour les débats autour de sa motion de remise en liberté. Débats renvoyés au 12 mai. Dev Hurnan d?abord admis à la clinique Med-Point est maintenant à la City-Clinic.
SÉCURITÉ
Protection rapprochée pour Anju Lallah
- Un strict cordon de sécurité entoure Anju Lallah, la compagne d?Antoine Chetty, et sa fille depuis hier. Des effectifs de l?Adsu ont été postés autour de sa maison à Vacoas. Toutes les charges qui pesaient contre elle, dans le sillage de l?arrestation de l?ex-bras droit du notaire Deelchand pour possession d?héroïne, ont été rayées mardi. Alors qu?Anju Lallah était détenue, sa bonne avait prévenu la police qu?elle avait reçu des menaces et qu?elle craignait pour l?enfant dont elle avait la garde. Les rumeurs selon lesquelles la jeune femme allait quitter le pays sitôt sa liberté recouvrée ont été démenties par son avocat, Me Yatin Varma. Ces deux derniers jours, accompagnée de sa fille et de quelques proches, elle était présente à chaque comparution de Chetty aux Casernes centrales. A noter la transformation du compagnon d?Anju Lallah depuis qu?elle a été remise en liberté. Chetty arbore en effet un sourire éclatant tandis que ses révélations donnent des rictus aux Mauriciens.
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