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Chercheur de soi
Enfant, il rêvait d?être un lion indomptable. Raymond Mbassi Atéba n?évitera pas les questions. Prince du Cameroun, il ?n?aime pas les salamalecs?. Venu finir sa thèse de doctorat à Maurice, il nous reçoit dans l?un des petits bureaux de la Faculté des sciences sociales et humaines. Depuis octobre 2005, il planche sur le thème : ?Identité et fluidité dans l??uvre de Jean Marie Le Clézio?. Un travail co-dirigé par Kumari Issur.
Avant de l?entendre dire son admiration pour ?le grand homme? ? comprenez Le Clézio ? Raymond Mbassi Atéba était cette silhouette assidue aux conférences et débats organisés par le centre culturel Charles Baudelaire. Cet homme à la cravate pastel qui, au moment du pot de l?amitié, vous disait franchement qu?il cherche l?âme s?ur, même si vous ne lui parliez que depuis deux minutes. Quand vous lui demandez ce qui lui manque le plus du Cameroun, il dira d?ailleurs : ?ma jumelle cosmique?. Âme s?ur qu?il pensait trouver sous les tropiques. ?Mais les femmes n?aiment pas les voyageurs??
Avant de prendre le temps de l?écouter parler de son grand-père, ce roi du Cameroun pré-indépendance, de son père fonctionnaire qui l?a dérouté de la planète foot vers les études, Raymond Mbassi Atéba était le monsieur en costume rayé bleu marine qui pose des questions à tiroirs. Universitaire trahi par la complexité de certaines tournures de phrases. Et surtout cette extrême politesse, qui n?a plus tellement cours aujourd?hui.
?Un Camerounais à l?université de Maurice, c?est atypique. Un Camerounais venu faire des recherches sur Jean Marie Le Clézio à Réduit, c?est comme une invitation au voyage.?
Un Camerounais à l?université de Maurice, c?est atypique. Un Camerounais venu faire des recherches sur Jean Marie Le Clézio à Réduit, c?est comme une invitation au voyage. Pour respirer les senteurs de ?la colline de la citronnelle?, traduction de Nkolossang, sa province natale.
D?autant plus qu?il ne lui reste plus beaucoup de temps à passer chez nous. Mardi, c?était à son tour d?animer une conférence, pour disserter sur l?auteur découvert il y a presque dix ans.
À l?époque, Raymond a 20 ans et des poussières. Il dévore Onitsha, où Le Clézio aborde la problématique de ?faire ce qui vous plaît?. Cela l?a marqué. Voilà pourquoi son mémoire de maîtrise est sur Le Clézio. Sa thèse de doctorat aussi. Idem pour la conférence de mardi, sur ?Le chercheur d?or de JMG Le Clézio : du chercheur d?or au chercheur de soi.?
Quand on lui demande si cela s?est bien passé, Raymond Mbassi Atéba sourit. Parle des chaises qu?il a fallu rajouter dans la salle. Lui, a eu l?occasion d?user ses compétences dans les amphis de Réduit. Enseignant bénévole, il a assuré des cours durant un semestre. Il a pu lire la ?grande surprise? des étudiants mauriciens qui, ?face à la nouveauté ont montré d?abord une sorte de crispation?. Tout en leur parlant de littérature africaine Raymond s?est employé à les rassurer. C?était une étape incontournable pour lui. Car après la thèse, il envisage d?enseigner à l?université de Yaoundé.
Mais comment est-il arrivé-là ? Tout se passe en France. ?Par hasard?, il rencontre Kumari Issur à l?Institut catholique de Toulouse en décembre 2004. On y parle justement de Le Clézio. Raymond propose à la Mauricienne de co-diriger sa thèse de doctorat avec le professeur André-Marie Ntsobe de l?université de Yaoundé. Elle accepte. ?J?avais besoin de m?éloigner des soucis quotidiens pour faire avancer mes recherches.? C?est vrai aussi qu?au début, il ne situe pas bien Maurice, ?parce qu?elle ne figure pas sur certaines cartes?.
Octobre 2005, voilà l?étudiant qui débarque avec une bourse de l?Agence universitaire de la francophonie en poche. En tout 650 euros (environ Rs 27 000 par mois) pour passer sept mois à Maurice, trois mois au Cameroun et deux mois de vacances.
Prochain déplacement au calendrier : l?université de Yaoundé pour la soutenance de sa thèse, en juin. Fruit de la documentation importée du Centre national de recherche scientifique de Paris à ses frais. Résultat aussi de ses rencontres avec l?auteur. La première fois qu?il serre la main à Le Clézio, Raymond Mbassi Atéba en a ?les larmes aux yeux?. Mais à cause de la foule qui se presse autour du Français, l?universitaire se contente de le filmer.
Cela se passera nettement mieux en avril de l?année dernière, quand Le Clézio, président du jury du Prix Jean Fanchette, est à Maurice pour la proclamation des résultats. Le Camerounais aura la chance de le croiser en train de flâner du côté de Quatre-Bornes. ?On s?était donné rendez-vous à Paris, mais je ne l?ai pas honoré.? Ce type de rencontre, c?est ?budgetivore?.
Le contact, Raymond le maintient grâce aux deux adresses mail de Le Clézio. ?La pensée leclézienne bouleverse les imaginaires, la façon de concevoir les autres mondes. C?est une pensée qui équilibre les mondes.?
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