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Chercher l?équilibre
Il est inutile de prétendre que les accrochages verbaux entre le policier Prem Raddhoa et l?avocat Jean-Claude Bibi ne sont que l?expression d?un antagonisme personnel entre les deux hommes. Leur désaccord masque en fait une réalité profonde qui préoccupe toutes les sociétés démocratiques. Toutes sont à la recherche d?un point d?équilibre entre l?hystérie sécuritaire et l?idéologie libertaire. En termes simples, chacun veut savoir comment s?y prendre pour garantir en même temps la sécurité et les libertés des citoyens.
Ce débat divise les opinions à travers le monde. Si on veut avancer sur ce terrain, il ne faut pas se laisser enflammer par les passions. Le risque est grand que l?on se braque trop, rendant impossible toute discussion rationnelle. Nous ne devrions pas chercher à tout prix à donner raison à l?un ou à l?autre des protagonistes qui sont engagés dans ce bras de fer mais réfléchir plutôt sur les moyens de concilier les libertés individuelles et la sécurité des citoyens.
Le SP Raddhoa est un enquêteur performant et il produit des résultats. Même le Premier ministre tient à le saluer publiquement. Dans l?imaginaire collectif, il incarne l?inspecteur Harry, le policier connu pour ses méthodes expéditives, proches de l'illégalité, mais en général efficaces. Beaucoup en sont arrivés à croire que sa seule présence dans une région suffit à garantir l?ordre et la paix publics. Pour d?autres, plus sourcilleux sur le sujet des droits de l?homme, la fin ne peut justifier les moyens. Ceux-là contestent ses méthodes. Ils allèguent que les membres de la MCIT que dirige Prem Raddhoa procèdent parfois à des arrestations arbitraires et font souvent une utilisation excessive de la force. Ils n?admettent pas que la logique sécuritaire puisse justifier la violation étatique des libertés fondamentales.
Il n?est pas facile de trouver un compromis pour satisfaire les tenants des deux points de vue. Car, ce n?est pas aisé de lutter à la fois contre l?insécurité et pour le respect absolu des droits fondamentaux. Nous devons donc accepter de payer un prix pour la sécurité. Certaines libertés doivent être sacrifiées si nous voulons être mieux protégés. Il est vrai qu?en même temps, les organismes chargés d?enquêter sur les abus policiers doivent être dotés de moyens accrus.
Même si une dose de violence policière devait s?avérer inévitable dès lors qu?il s?agit de combattre la grande criminalité organisée, il vaut mieux que ses limites soient définies dans la loi. Elle doit s?exercer dans la légalité.
De plus, la répression de la criminalité n?est acceptable que si elle est accompagnée d?un effort de prévention. Les pouvoirs publics et les travailleurs sociaux ont un rôle important à jouer en amont auprès des populations les plus démunies. Il serait vain de lutter contre les effets sans s?attaquer aux causes de la violence. L?action sociale et éducative est complémentaire au renforcement de l?appareil répressif de l?Etat.
Ce souci de prévention est d?autant plus nécessaire qu?il y a des situations de violence face auxquelles la police est totalement impuissante. L?acte malveillant commis la semaine dernière à l?encontre d?un instituteur qui a failli se faire empoisonner par ses élèves démontre à quel point la priorité doit être donnée à la prévention. Face à ces gamins, on ne répond pas à la violence par la violence.
Oui, il est dangereux de donner un bâton aux membres de la MCIT mais ce n?est pas très prudent de leur mettre des bâtons dans les roues non plus.
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