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Cheminement

26 septembre 2003, 20:00

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Sans doute la transition vers un nouveau gouvernement se fait-elle dans des conditions plus consensuelles que les observateurs pessimistes ne l?avaient craint. La formule du partage à l?israélienne est mise en application sans aucune fausse note, si on exclut la coloration partisane que veut donner l?opposition aux cérémonies du 30 septembre.

Cependant, derrière cette apparente sérénité, il y a des appréhensions, somme toute légitimes parce que le pays va confier son avenir à un nouveau leader, qui dispose, de surcroît d?un pouvoir quasiment incontesté parmi les siens. Il est normal que l?accession de Paul Bérenger au poste de Premier ministre suscite des inquiétudes car l?événement est exceptionnel, c?est un « defining moment of our history ». A l?exception de l?Inde, pays qui est composé d?une majorité d?hindous mais où une catholique pratiquante, Sonia Gandhi, sera vraisemblablement le prochain Premier ministre, on peut difficilement trouver une situation équivalente dans un autre pays démocratique.

Ceux qui accueillent avec scepticisme l?accession de Paul Bérenger au poste suprême devraient se replonger dans l?histoire récente du pays pour obtenir les clés permettant de comprendre le personnage. Sa vie publique a beau être tumultueuse, l?évolution de sa pensée politique n?en est pas moins claire.

Ce retour sur l?histoire est important, pour apaiser les tensions qui peuvent naître devant la nouveauté de la situation. On dit que l?histoire est le phare qui éclaire l?avenir. Or, rien ne peut être plus instructif, pour anticiper son action future, qu?un rappel de l?engagement politique de Paul Bérenger qui s?étend sur 34 ans.

En septembre 1969, quand Paul Bérenger et ses compagnons fondèrent le MMM, ils inscrivirent leur action dans la ligne tracée par Emmanuel Anquetil, Guy Rozemont , Pandit Sahadeo et Maurice Curé. Le MMM était un mouvement politique structuré avec un idéal de gauche. De plus, il disposait d?un ancrage syndical profond. C?était un parti nationaliste qui éveilla la conscience politique de toute une génération dégoûtée par les divisions raciales engendrées par les partis politiques classiques au moment de l?indépendance. Le MMM donna une nouvelle vigueur aux mouvements ouvriers, tant dans les champs que dans les docks et les transports publics. Il ébranla les fondements du système capitaliste.

En 1969, Paul Bérenger avait 24 ans et des rêves révolutionnaires. La violence de son affrontement avec la coalition dirigée par Sir Seewoosagur Ramgoolam ne calma pas ses ardeurs. Gazé , matraqué, incarcéré , bâillonné, il n?abandonna pas sa lutte. Mais, en 1972, après douze mois passés dans une affreuse cellule conçue par un Britannique pour ?casser? le prisonnier, il se remit en question. Cette période provoqua un ?rethinking? chez Paul Bérenger. A sa sortie de prison , il décida de ne plus s?accrocher à l?analyse marxiste et renonça au souhait de transformer radicalement la société. Il avait également compris que sa contestation de l?ordre établi ne réussirait que si elle était plus raisonnée et moins viscérale.

Il accepta les avantages à court terme de l?électoralisme et composa avec les réalités sociologiques du pays. Quand arrivèrent les législatives de 1976, il n?était plus question d?envoyer un Dev Virahsawmy à Triolet, comme cela avait été le cas en 1970. Le MMM était passé dans le moule des partis traditionnels et les combattait avec leurs armes. Paul Bérenger avait désormais les mêmes dispositions à s?accommoder de la sociologie existante et ne voulait guère la bousculer. Son engagement nationaliste s?est affaibli quand il a commencé à préconiser « l?unité dans la diversité » plutôt que « éne séle lepep, éne sèle nation ». Son sens de l?intégrité et son respect de principes moraux sont néanmoins demeurés immuables.

Paul Bérenger a parfois emprunté certains détours pour arriver plus rapidement et plus sûrement à certains objectifs, mais la route qu?il s?est tracée depuis le début de son engagement est globalement linéaire et son action totalement prévisible.

Par Raj MEETARBHAN

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