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Chaya Parmessur ou la révélation d?un destin

29 février 2004, 20:00

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<B>THE</B> Fire Giver, la première partie du premier roman de Chaya Parmessur, The Snake Spirit, a été lancée il y a quelques jours au British Council. Ce n?est pas l?évocation d?une légende prométhéenne, l?histoire d?un demi-dieu ? Prométhée volant une étincelle de char du soleil pour l?offrir à l?homme ? comme pourrait le laisser supposer le titre ?Fire Giver?, mais le destin particulier d?une jeune fille, Nandi, héritière d?un pourvoir psychique, de la part de son arrière-grand-mère, Dado. Ce don est capable de la propulser dans le temps à travers les mémoires de ses arrière-grand-mères. Mais elle doit au préalable recevoir le rite initiatique faisant d?elle le ?donneur de feu? lors des crémations selon les traditions hindoues ? mission réservée initialement aux hommes.

Née d?une famille indienne immigrée à Maurice, ingénieur chimiste de formation, mais attirée très tôt par la littérature qu?elle va momentanément délaisser, le temps de finir ses études scientifiques, Chaya Parmessur signe avec The Snake Spirit un retour à ses premières amours. Certes, les ambitions professionnelles ne lui manquaient guère : poursuivre des études de MBA, devenir chef au sein de l?entreprise même pour laquelle elle travaillait en tant qu?ingénieur chimiste. Mais l?appel intérieur laissait résonner en elle une voix, insondable peut-être mais non moins attirante. Chaya avait donc besoin de réfléchir !

Elle prend une année sabbatique. On est en 1994. Elle voyage, elle cogite; elle se laisse mûrir. Et durant cette période, elle écrit beaucoup. ?Quand on voyage, dira-t-elle plus tard, c?est plus facile d?écrire. J?ai écrit des notes de voyage dans lesquelles j?ai relaté mes rencontres avec des gens très intéressants. Plus tard j?en ferai une série d?articles ou un carnet de voyage.?

Pour l?instant, quoi qu?il en soit, ce voyage sera à l?origine d?une profonde métamorphose en elle. La tentation de l?écriture littéraire devient irrésistible. Pour se former à l?art romanesque ? certaines règles académiques obligent ? elle se documente sur la technique de la narration, tantôt à travers des cours par correspondance tantôt en se nourrissant de précieux conseils qu?offrent certains guides, tel le manuel How to become a Novelist. Enfin, elle s?inscrit à un atelier d?écriture, où, sans relâche, elle s?entraîne à fertiliser son pouvoir d?imagination, suivant à la lettre les recommandations de sa tutrice responsable qui, pour provoquer le décollage de l?écriture romanesque chez ses apprentis écrivains, avait pour habitude de lire des extraits de romans que chacun devait continuer à sa manière et selon ses capacités créatrices.

Le vrai déclic responsable du flux verbal à venir, c?est là que Chaya le trouvera, d?un extrait de Running in the familly, un roman de Michael Ondaatje, un auteur d?origine sri lankaise, vivant au Canada. Dans ce roman, il est question d?une grand-mère sri lankaise aux longs cheveux. Du coup, notre apprenti écrivain revoit en images sa grand-mère à elle, disparue alors qu?elle était toute jeune. Lorsqu?elle se met à écrire, elle se rend compte qu?elle ne peut écrire sur personne d?autre que cette dernière.

Toutes les propositions anecdotiques de la part de sa tutrice étaient d?office reliées à la création de la même histoire dans laquelle une arrière-grand-mère, inspirée de sa grand-mère à elle, avait le rôle clé. Elle reconnaîtra plus tard qu??il y avait une influence de ma grand-mère sur mon écriture. Parfois quand j?écrivais, je pensais que ce n?était pas moi qui écrivais, qu?il y a une muse qui venait m?influencer.?

Une année. C?est le temps qu?il a fallu à Chaya Parmessur pour écrire et peaufiner The Fire Giver ? période pendant laquelle, elle consacrera trois mois à plein temps, c?est-à-dire de 8 à 18 heures tous les jours, à l?écriture de ce roman. Voilà comment la première partie de l?histoire a vu le jour. Première partie, ?parce que, explique-t-elle, si j?écris tout en un seul gros volume alors que personne ne me connaît encore, ça risque de mal démarrer. Il faut donc que je fasse une première partie d?abord et voir si ça marche. C?est seulement après que je peux faire la deuxième partie.? Evidemment, il y a beaucoup plus à faire dans la première partie que dans celle qui suivra. Mais c?est travaillant celle-ci qu?elle voit surgir de solides matières pour alimenter cette deuxième partie à venir. La première partie s?arrête lorsque Nandi a seize ans. Dans la deuxième, lorsqu?elle se retrouvera en Angleterre, le langage et le style seront réadaptés en conséquence. Parce que là où elle sera, de nouveaux mots viendront modifier ses pensées ainsi que son langage.

Cette continuité qui prend forme de manière presque automatique, au point où l?appel d?une deuxième partie relève, à bien y voir, d?un enchaînement causal, vient très certainement du fait que les détails qui meublent ce roman s?inspirent du vécu. Ainsi, pendant qu?elle écrivait, l?auteur ne pouvait bannir de sa conscience les souffrances de sa mère gravement malade. Quelques chapitres, notamment là où Nandi perd sa seule cousine et meilleure amie Mini, ainsi que son arrière-grand-mère Dado, subiront les influences. La photo même de sa mère sur la couverture s?explique par le fait que la relation de l?auteur avec elle ressemble à celle de Nandi avec son arrière-grand-mère. D?autres faits ayant eu lieu à Maurice ont également inspiré l?auteur dans sa création.

Il y a, bien évidemment et comme on pouvait s?y attendre, une influence aussi de sa formation professionnelle ? ou plutôt une déformation professionnelle ? sur son écriture romanesque. ?J?ai étudié la vie d?Einstein et de Gandhi, et j?ai suivi des cours de philosophie. J?ai appris à aimer Socrate.? Il n?est pas nécessaire d?en rajouter davantage pour saisir l?influence considérable de son esprit scientifique et philosophique sur ses créations littéraires. Ses personnages, Local Einstein et le Philosopher, sont en eux-mêmes une parfaite illustration.

Cependant, toujours animée du doute cartésien, l?auteur n?affiche pas une nette prise de position, protestant ainsi contre tous ceux qui prennent la science trop à la lettre et qui finissent bien souvent par devenir athées. Il y a nulle doute une influence de la philosophie hindoue sur notre auteur. ?Ma famille est croyante, pratiquante. Mon mari et moi, nous sommes attirés par le bouddhisme?, nous confie Chaya. Ce qui explique la présence des s?urs Saraswati, personnages qui enseignent à Nandi la beauté sublime de la musique et des prières indiennes. Enfin, puisqu?elle adore les auteurs de l?Amérique du Sud, comme Isabel Allende et Gabriel Garcia Marquez, ses lectures ont considérablement marqué la conception de ce roman.

Néanmoins, malgré la forte influence du vécu, l?auteur nous rassure avoir pris soin de donner une grande part de fiction à l?ensemble du roman. C?est dans cette optique qu?elle a inventé le village Gawara, (Bihar, Inde), qui disparaît de la carte mondiale, après l?émigration massive de ses habitants à Maurice. ?Je voulais inventer un village et m?assurer qu?il n?existe nulle part. J?ai donc vérifié?, nous confie l?auteur.

Chaya Parmessur vit actuellement à Maurice. Même si elle reconnaît qu?il est difficile d?écrire ici ? dû certainement à l?éloignement de son milieu habituel ? elle garde l?espoir, toujours avec ce même élan qui l?a conduit à démarrer et terminer la première partie, d?achever la suite. D?ailleurs, elle pense se donner entièrement à l?écriture romanesque, une fois qu?elle aura consacré encore deux à trois années à son métier d?ingénieur. Pendant ce temps, pour meubler ses moments de loisir, elle apprend à jouer au sitar et s?adonne à la lecture. Actuellement elle est plongée dans la livre de Condamné amour de Ponsamy Poongavanom.

<I>- Chaya Parmessur, The Snake Spirit, Part I, ?The Fire Giver?, disponible dans toutes les libraries.</I>

<I>?Il y avait une influence de ma grand-mère sur mon écriture. Parfois, je pensais que ce n?était pas moi qui écrivais, qu?il y a une muse qui venait m?influencer.?</I>

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