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Charles Bronson mythique justicier du cinéma hollywoodien

5 septembre 2003, 20:00

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L?acteur américain Charles Bronson est mort le samedi 30 août d?une pneumonie, à l?âge de 81 ans. Il avait joué dans Les Sept mercenaires, La Grande évasion, Les Douze salopards. Et il a été la star de la série des Justicier dans la ville et d?Il était une fois dans l?Ouest, qui l?avait consacré.

Pour ce film, Sergio Leone avait choisi Bronson contre l?avis des producteurs, qui lui préféraient Rock Hudson ou Warren Beatty. Leone trouvait que la stature de l?acteur collait mieux à la mélodie composée par Ennio Morricone. Ce personnage rongé par un traumatisme d?enfance qui répand le sang pour réparer ses blessures, rayonne sur l?ensemble de la filmographie de Bronson.

La plupart des personnages qu?il a incarnés sont marqués par une scène originelle qui détermine leurs actes : l?homme frappé par la mort violente de sa femme dans Un justicier dans la ville de Michael Winner, ou le tueur à gages aux tendances homosexuelles dans le formidable Le Flingueur(1972) du même Winner.

Cette étrange sensation procurée par un acteur qui outrepasse les limites de ses rôles, faisait de Bronson un comédien exceptionnel, capable de rendre estimable le moindre film médiocre, par sa capacité à y insérer son vécu ou une vérité.

Dans la plupart de ses rôles, Bronson ne commet pas le bien par idéal mais pour assouvir ses pulsions. Il incarne un héros nihiliste, mû par la violence et le désir de vengeance, un héros dans lequel le spectateur des années 1970 a vu un miroir de l?époque.

le onzième de quinze enfants

Né Charles Buchinky, le 3 novembre 1921 à Ehrenfeld (Pennsylvanie), Bronson était le onzième de quinze enfants. Son père, d?origine lituanienne, était mineur. La famille vivait dans une seule pièce. A six ans, Bronson se demande comment il pourrait aller à l?école en portant les habits de sa s?ur.

A 10 ans, il se pose la question de savoir comment survivre après la mort de son père. La réponse se trouve dans la mine où il travaille dès l?âge de 16 ans, à extraire du charbon pour un salaire de misère. Le futur acteur a sans doute puisé ici les ressources pour composer le personnage de prisonnier claustrophobe de La Grande évasion (1963), de John Sturges. Puis il tombe dans la délinquance, et se retrouve en prison pour vol à main armée.

La prise de conscience vient avec la Seconde Guerre mondiale. «Je n?avais plus rien à perdre car j?avais déjà tout perdu», expliquera plus tard Bronson, qui s?engage en 1943 à bord d?un bombardier. A l?issue des combats, il se dirige vers la comédie : il veut devenir une star. Inscrit à la Pasadena Playhouse School en Californie, il est repéré par des «scouts» des studios hollywoodiens.

Il joue ses premiers rôles en gardant son nom : You?re in the Navy Now (1951) et Pat and Mike (1952), avec Katharine Hepburn. Sa collaboration avec André De Toth marque le premier tournant de sa carrière, d?abord dans L?Homme au masque de cire (1953), puis dans la formidable Chasse au gang (1954), qui expose lucidement les obstacles rencontrés par un truand pour se ranger du côté de la loi.

Incursion européenne

Dans ces années de maccarthysme, Charles Buchinsky décide de changer de nom : il devient Charles Bronson sur la suggestion d?André de Toth, qui visite avec lui le Bronson Canyon.

L?acteur trouve alors son premier rôle vedette, en 1958, dans Machine Gun Kelly, un film de gangster tourné en huit jours par Roger Corman.

Il s?affirme dans Les Sept mercenaires (1960) et La Grande évasion de John Sturges. Puis viennent Le Chevalier des sables (1964) de Vincente Minnelli, Propriété interdite (1965) de Sydney Pollack, Les Douze salopards (1967) de Robert Aldrich.

En 1966, Charles Bronson tombe amoureux d?une actrice britannique, Jill Ireland mariée au comédien David McCallum. Direct, il annonce à ce dernier qu?il épouse sa femme. Bronson tournera une dizaine de films avec son épouse, dans les années 1970 et 1980. Faute de trouver aux Etats-Unis des emplois à sa mesure, il accepte l?invitation d?Alain Delon de partager avec lui l?affiche d?Adieu l?ami (1968) de Jean Herman.

Il s?ensuit une carrière européenne fracassante, puis un retour aux Etats-Unis, où il consolide son statut. Un justicier dans la ville (1974), Le Bagarreur de Walter Hill (1975), Un espion de trop (1977) de Don Siegel sont d?énormes succès. Dans les années 1980, Bronson tourne deux nouveaux volets d?Un justicier dans la ville, ou des polars violents comme Kinjite (1989) où il incarne le sempiternel rôle de justicier à un âge où beaucoup ont déjà pris leur retraite.

On retrouve l?acteur une dernière fois, muré dans le silence et la solitude qui ont habité toute sa carrière, dans le magnifique Indian Runner (1991) de Sean Penn qui lui vouait une admiration sans bornes. Bronson incarne dans ce film une inoubliable figure paternelle, qui choisit le suicide pour fuir son mal de vivre.

Le Monde 2003 distribué par The N. Y. Times Syndicate

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