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Chandan Bodha, voleur de rêves
Chandan Bodha exposera, du 17 au 20 septembre 2003, de 10 à 18 heures, son premier solo : 15 huiles de grands et très grands formats, réalisées de 1997 à 2001, et titrées Fading Past, à la galerie Le Coin de Mire, Le Mauricia Shopping Centre, Grand-Baie. Le vernissage aura lieu demain.
Détenteur d?une licence en Arts plastiques de l?université de Maurice et du MGI, professeur de dessin dans deux Form VI colleges, ce jeune plasticien, déjà primé, habite Tranquebar. Et c?est là, dans un environnement bucolique, qu?il compose ses pastorales. Un ensemble qui, au premier coup d??il, révèle l?aptitude de Chandan à s?exprimer de maintes manières, tant du modernisme que de la Renaissance. Les tons sombres, rappellent un autre temps. D?autres climats. Admirateur de Leonardo da Vinci, il se donne du plaisir à décliner, dans Dream I, des nus selon le maître, pour en définitive, frontaliser sa toile par des coulures modernes, qui parcourent de part et d?autres l?espace pictural. Sans oblitérer le sujet. Les outils utilisés ici, du coton et ses propres doigts, indiquent l?esprit de recherche du plasticien.
Ailleurs, des collages de paille de cocotier, étendent leur tissu, pour figurer une chauve-souris stylisée, plus réelle que le réel, sur fond de peinture au couteau. Saisissant ! Des feuilles polychromes de badamier poursuivent, à s?y méprendre, sans altérité, leur dialogue avec la peinture; de la pâte directement du tube trace la forme évoquée; un grand-père charbonnier, que Chandan n?a pas connu, prend relief à la résine polyester. Ce vocabulaire varié, pourrait insinuer une certaine disparité, mais la thématique se charge d?inscrire l?essentielle homogénéité de l?ensemble. Devant tant de talent, l?on s?incline.
Alors qu?une autre scène campagnarde décline son expressionnisme : des femmes, accompagnées du chien, d?un rouge inattendu, énergique. Elles vont chercher de l?eau à la fontaine, chargées de gargoulettes de terre cuite; leurs jeunes enfants accrochés à leurs reins. D?autres transportent sur la tête le fourrage fraîchement coupé pour les vaches ; tâches quotidiennes, présent et passé, que Chandan exalte.
Si ce vécu l?inspire, l?ivresse est dans les effluves de la terre; dans la sensation de l?air qui frôle la peau; dans l?eau ensommeillée, dormante, du lac. Propice à la rêverie. La poésie prend le dessus. Et l?on pense au poète de la Mélusyne : ?L?eau du lac se lève. Elle marche.? L?imagination se libère. Liée qu?elle est à cette mémoire pérenne, inscrite dans les glyphes intérieures de nos errances; de nos archives secrètes. ?Anciennement, on avait de grands lacs dans les bois. On vivait près de la nature?, dit Chandan avec nostalgie. Conscient que cette nature veut lui révéler quelque chose. ?Sa présence?, conclut-il.
La rêverie devient contemplation quand une femme est au repos, abritée par une saison australe de feuilles mortes. Dream II. Du moins, le croit-elle. Mais, le voleur de rêves est là. Chandan Bodha ne s?en cache pas. ?Je peux rester plus de quarante minutes à regarder une fille dormir.? Il lui vole des moments intimes. Que sa peinture dénude. L?atmosphère est sensuelle, ambiguë, complexe.
Elle est, par moments, à rebours du verbe de l?artiste : ?Une fille qui dort est pour moi la sérénité, l?innocence, l?âme. ça me donne du plaisir. C?est toute une science. J?ai lu Dream and Destiny. Il y a plusieurs postures pendant le rêve. De la conscience au subconscient. On ressent les gestes?? Serait-ce le renouvellement d?une seule et même femme, d?une image qui serait le rêve fondamental de cette pastorale ?
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