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Chagos : Pilger retrace le vol d?Eden

30 mai 2006, 00:00

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Le journaliste d?investigation et réalisateur de Stealing a Nation, John Pilger, démontre une fois de plus son dévouement à la cause chagossienne. Son livre, Freedom Next Time, qui paraît le 5 juin et dont un extrait a été publié dans l?édition du Guardian d?hier, est la condamnation cinglante d?un ?scandale irrésolu?. Celui du vol de la terre natale des Chagossiens par les gouvernements britannique et américain.

?Pendant les années 1960s et 1970s, des gouvernements britanniques successifs, aussi bien travaillistes que conservateurs, ont piégé et expulsé toute la population des Chagos, une dépendance coloniale britannique, afin de donner leur pays natal à une puissance étrangère, les Etats-Unis, comme site pour une base militaire. Cet ?acte de kidnapping collectif?, comme un observateur le décrit, fut exécuté dans le plus grand secret, tout comme la conspiration qui l?a précédé. Pendant presque une décennie, ni le Parlement ni le Congrès américain ne savaient quoi que ce soit sur l?affaire, et aucun journaliste ne l?a révélé.?

Le livre lui permet de s?exprimer plus longuement sur la communauté chagossienne qui, de toute évidence, lui est devenue très chère. ?Avec 180 autres Chagossiens, Lizette [Talate] et sa famille furent mis de force sur le navire Nordvaer, qui faisait la navette entre les Chagos, Maurice et les Seychelles, transportant du copra et ramenant des provisions dans les îles. Les hommes furent menés sur le pont et devaient rester debout ou s?accroupir dans une mer très houleuse; les femmes et les enfants durent dormir dans la cale sur une cargaison de fertilisant ? de la fiente d?oiseaux. Les gens ont vomi et ont eu la diarrhée ; deux femmes ont fait des fausses couches.?

On sent aussi que John Pilger veut s?assurer que les gouvernements britannique et américain, pour qui il ne cache pas son mépris, ne puissent pas s?extirper d?une tombe qu?ils ont eux-mêmes creusée. ?Dans les années 1990s, la lutte des îlois a pris une tournure dramatique quand un coffre à trésor de documents officiels fut découvert aux Archives nationales de Kew à Londres. Ils ont fourni le récit d?une conspiration entre deux gouvernements pour mettre en ?uvre, selon les mots de l?article 7 des lois de la Cour criminelle internationale, la ?déportation ou le transfert forcé d?une population? un crime contre l?humanité?.?

La situation a énormément changé depuis la diffusion de Stealing a Nation sur la chaîne britannique ITV l?an dernier. Il y a eu la visite aux Chagos et le jugement du 11 mai. Mais la base de Diego Garcia pourrait être appelée à jouer un rôle géostratégique encore plus important. Elle pourrait devenir, dans la guerre contre le terrorisme, la clé de voûte du gouvernement américain dans sa quête d?hégémonie mondiale.

Ce qui augure mal pour les Britanniques qui ne sont, semble-t-il, que des pantins dans cette affaire. ?En lisant les dossiers, il devient clair que le gouvernement britannique a fait ce que Washington lui disait de faire. La déportation collective, a écrit d?un officiel du Foreign Office, ?était virtuellement une condition de l?accord [avec les Américains] quand nous l?avons négocié en 1965?.?

S?il manque quelque chose à Freedom Next Time ou, du moins, à l?extrait qui a paru dans le Guardian, c?est le rôle du gouvernement mauricien. La politique du ?père de la Nation? semblait être ?See no evil, hear no evil?.

Evoquant le jugement du 11 mai, John Pilger écrit : ?Le 11 mai, deux juges ont tranché sans réserve en leur faveur [celui des Chagossiens, NdlR] qualifiant les actions du gouvernement d?illégales, répugnantes et irrationnelles. Le gouvernement envisage de faire appel, sachant que les Américains, ayant attaqué l?Irak et l?Afghanistan à partir de Diego Garcia, sont furieux. Leur plan est de bombarder l?Iran à partir de ce territoire britannique. Les deux gouvernements pensent apparemment qu?ils peuvent ?user? la détermination des îlois. Je peux leur assurer qu?ils se trompent.?

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