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Chère roupie

24 avril 2008, 00:00

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Par Raj MEETARBHAN</B>

C?est un dilemme de plus pour le gouvernement : faut-il contenir la hausse de la roupie ou, au contraire, laisser la devise nationale atteindre de nouveaux sommets ? Une roupie forte aide à faire baisser les prix et donc à lutter contre l?inflation. Mais elle n?a pas que des avantages. Elle pénalise les industries qui exportent. Leurs produits deviennent trop chers pour les clients étrangers. Il y a donc des intérêts contradictoires en jeu. Les décideurs sont appelés à trancher le n?ud gordien.

Embarrassé, le ministre des Finances reconnaît la complexité du problème. «Nous sommes dans un dilemme. La roupie forte atténue l?inflation mais elle met le secteur de l?exportation dans des difficultés qui pourraient entraîner des situations de faillite et des pertes d?emplois», devait-il admettre récemment.

Le problème affecte de la même manière tous les pays qui, comme nous, séduisent les investisseurs et attirent les capitaux étrangers. Leurs monnaies s?apprécient et, du coup, leurs industries d?exportation se sentent menacées. Pas plus tard que cette semaine, le quotidien économique français «Les Echos» titrait : «La hausse de la roupie inquiète les exportateurs» en parlant de? l?Inde.

Il ne suffit pas d?un simple arbitrage en faveur des consommateurs ou des exportateurs pour régler le problème. La solution devra faire partie d?une stratégie économique à moyen terme. Et là, les avis sont partagés sur ce qu?il convient de faire pour sortir les pays émergents de cette situation cornélienne.

«Is foreign capital a luxury that poor countries can live without?» s?interroge le magazine britannique «The Economist» dans un article fort à propos daté du 10 avril. L?auteur cite un économiste indien que les Mauriciens connaissent bien, Arvind Subramanian. Celui-ci avait rédigé en 2001, pour le compte du FMI, un document qui tente d?expliquer le miracle mauricien des années 80. Il vient de coécrire avec Dani Rodrik de l?université de Harvard, un rapport, cité par «The Economist», qui établit qu?il n?y a pas de lien automatique entre l?afflux de capitaux étrangers et le développement économique. Le magazine pense que ces deux économistes ont fait un «strong case for export-led growth as a means to development in poor countries, even if it is at the expense of more open capital markets».

Pour freiner l?ascension de la roupie, la Banque centrale a baissé le taux directeur et procédé à l?achat de devises en excès sur le marché. Pour sa part, l?Etat ne dispose pas de beaucoup de moyens d?action pour alléger la pression sur la roupie. Encourager les organismes publics comme le Fonds national de pensions à faire des placements en dollars à l?étranger serait au détriment des salariés mauriciens.

Il reste les efforts que l?industrie textile peut faire pour rester compétitive. Elle doit trouver les moyens pour réduire ses coûts d?opération et réaliser des gains de productivité. Ce sera de l?auto-sauvetage.

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