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Ceux qui ont fait le premier pas
«Si to krwar to kapav azir. Si to krwar dan sanzman. Si to pa krwar dan la mizer. Alor dibout. Empowerment Programme pou akompagn toi lor simin devlopman. » Des phrases qui en disent long sur la situation de nombreuses personnes à Maurice. Mais qui expliquent aussi que l?espoir subsiste. Ainsi, la volonté de se tenir debout face à la misère n?est que le premier pas pour un meilleur lendemain.
C?est dans ce contexte que ce groupe de planteurs d?oignons « toupies » de Petit-Sable, dans le sud-est de Maurice, ont vu leur situation changer radicalement. Jusqu?à tout récemment, leur métier était méconnu, mais surtout voué à disparaître, par manque d?encadrement. Mais ils ont franchi le pas.
Aujourd?hui, ces oignons « toupies » sont vendus à des hôtels sous forme de légumes confits. Regroupés au sein de l?Association des planteurs du Sud-Est, ils bénéficient d?un financement, de formation, mais surtout d?un apport structurel capital pour leur survie. À l?origine de cette renaissance, une ONG nommée Mouvement pour l?autosuffisance alimentaire, qui a référé les planteurs à l?Empower-ment Programme.
Cette cellule d?aide du gouvernement dispose de Rs 5 milliards sur cinq ans pour aider les oubliés du développement. Et il faut pour cela identifier ceux qui n?ont pas eu d?opportunités et les aider à sortir de leur situation. Dans une logique de transition économique, telle est la mission de l?EP, qui vise à donner à ceux au bas de l?échelle ? licenciés, chômeurs, artisans sans formation ni structure ? des opportunités pour s?émanciper professionnellement.
« L?Empowerment est une idée qui marche », a déclaré Jean Claude de l?Estrac, président du Steering Committee de cet organisme, lors de la célébration du premier anniversaire de la cellule jeudi dernier. « Les avan-cées que nous avons faites en un an sont nombreuses et significatives. Et de multiples chantiers sont déjà en cours », a-t-il poursuivi.
Et l?exemple emblématique donné par Jean Claude de l?Estrac est saisissant : « Une femme qui, en entrant dans une prison était droguée, en est ressortie comme coiffeuse. C?était la première fois qu?une telle opportunité se présentait à elle. »
Six projets mis en place
Et cette femme n?est pas la seule. Ce premier anniversaire était aussi l?occasion de faire un bilan. Grâce au programme spécial pour les femmes au chômage ou licenciées, six projets ont été mis en place, dont celui de l?IVTB pour former 500 d?entre elles. Mais au-delà de la formation, ils sont 874 chômeurs non qualifiés à avoir bénéficié de stages dans 43 entreprises, 216 chômeurs qualifiés se sont vu offrir des stages dans 38 entreprises du secteur public. En bref, pour reprendre les chiffres du ministre de Finances, Rama Sithanen, 17 800 emplois ont été créés en deux ans.
Mais ces exemples, bien qu?encourageants, ne sont toujours pas à la hauteur des objectifs que l?Empowerment Programme s?était fixés. Car il existe une masse critique de gens dans le besoin, et qui reste inaccessible au programme. Une seule chose sépare ceux qui ont bénéficié des aides et ceux qui sont toujours dans des situations précaires : faire le premier pas. « Le programme est en marche, et il faut que les gens ne ratent pas le train maintenant », a rappelé Jean Claude de l?Estrac.
Et de telles opportunités, l?Empowerment Programme en crée. L?affluence au dernier Job Fair organisé par la cellule d?aide en témoigne. C?est justement ce Job Fair qui a permis à Fabiola Rose, 18 ans, de trouver un stage au Suffren. « C?est une chance à ne pas rater, surtout avec la possibilité d?embauche qui suit le stage », dit-elle.
Prendre leur destin en main
Toutefois, il ne s?agit pas seulement de placer des personnes dans les entreprises temporairement ou de se contenter de créer de l?emploi. Selon Jean Claude de l?Estrac, « ceux qui réussissent aujourd?hui sont ceux qui travaillent à leur propre compte ». L?entrepreneur est ciblé, et les bases sont jetées pour faciliter l?émancipation de ceux qui veulent prendre leur destin en main.
Saminaden Armoogum, artisan se spécialisant dans la confection de meubles en bois massif, en témoigne : « Je suis artisan depuis 40 ans. Je me suis enregistré auprès de plusieurs institutions qui ont constamment changé de nom depuis la fin des années 70. Mais j?ai persévéré. » Et Saminaden Armoogum a reçu la visite d?un consultant européen en meubles en bois massif.
« Je pratiquais ce que nous, artisans, apprenons de père en fils. Nous ne connaissions que certaines techniques. L?apport de ce consultant nous mène à considérer de nouvelles technologies », poursuit l?artisan. Aujourd?hui, Saminaden Armoogum compte investir dans de nouveaux équipements qui seront opérationnels dans un an. Ceci, grâce aux conseils du consultant dépêché par l?Empowerment Programme. « Il nous a laissé beaucoup de recommandations qui ne pourront qu?être bénéfiques pour l?avenir de notre gagne-pain », confie l?artisan.
Ainsi, un an et Rs 775 millions après, les bases sont jetées et les premiers fruits commencent à apparaître. Mais les manquements aussi. Car l?objectif que s?est fixé l?Empowerment Programme est de faire ce que « d?autres pays ont essayé, mais n?ont pas réussi : toucher ceux qui ont perdu l?espoir », selon Rama Sithanen.
« Il y a la volonté politique, mais surtout les moyens pour y parvenir. Mais il faut s?assurer que l?argent prévu pour les pauvres arrive jusqu?à eux », a poursuivi le ministre.
Et pour ce faire, un seul moyen : que les gens dans le besoin aillent de l?avant. Ce qui était d?ailleurs le thème du premier anniversaire de l?EP : « Enn koud min pou diboute lor ou lipied. »
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