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Cette italienne qui vient?
Les bonnes nouvelles économiques, les occasions de se réjouir se raréfient. Saisissons donc celle-ci : la reprise des activités de filature de Novel par une compagnie italo-mauricienne. Cinglant démenti à tous ceux qui n?en finissent pas d?enterrer la zone franche du textile-habillement, elle indique la voie d?un possible renouveau. Les entreprises chinoises de la première génération de contourneurs de quotas s?en vont. Soit. Mais derrière elles, s?ouvrent des perspectives nouvelles avec des entrepreneurs européens menacés. Les autistes de l?hôtel du gouvernement vont peut-être enfin se décarcasser.
Le contexte qui favorise cet investissement européen de $ 25 millions dans une usine textile à Maurice est pourtant parfaitement lisible. Il a souvent été décrit dans ces colonnes. Maintenant qu?il est possible d?appuyer cette démonstration avec un cas concret (même s?il est accidentel), on peut imaginer tout ce qu?aurait pu faire un ministère de l?Industrie plus volontariste. Oublions le Board of Investment.
Ce qui pousse des entrepreneurs européens du textile et de la confection à délocaliser, à investir à l?étranger, c?est aussi la menace chinoise. Le démantèlement de l?accord multifibre, attendu dans quelques mois, les terrorise autant sinon plus que nous. Les entreprises européennes du textile-habillement, y compris celles qui font du haut de gamme, se posent d?angoissantes questions sur la pérennité de leur marché face à la déferlante asiatique. Il y a la Chine mais aussi l?Inde qui ambitionne d?exporter pour $ 25 milliards de produits divers d?ici cinq ans ; il y a les Philippines, le Vietnam, le Sri Lanka. À titre de comparaison, les plus folles ambitions de Maurice limitent notre horizon à $ 1,4 milliard d?exportation en 2005.
Face à la compétition asiatique, un certain nombre d?entrepreneurs européens se sont fait une raison. S?ils veulent conserver leur part de marché, il faudra produire ailleurs, de la même qualité, mais à moindre coût. L?industrie européenne du textile-habillement, c?est un secteur encore dynamique et créatif, employant plus de 2 millions d?ouvriers dans près de 100 000 entreprises. Elle ne va pas se laisser faire. Elle s?organise. C?est ce que fait l?italienne Italdenim, un géant européen, en s?alliant à des Mauriciens pour produire à Maurice.
Voilà pourquoi il eut fallu, au ministère mauricien de l?Industrie, une plus claire compréhension des enjeux et une plus grande capacité de réaction. Dans cette crise qui affecte le textile européen, il y a bien évidemment des opportunités pour Maurice. Mais des pays désormais plus entreprenants que nous en sont déjà à engranger les bénéfices de leurs initiatives auprès des entrepreneurs européens. Le Maroc, la Tunisie et depuis peu les anciens États de l?Europe de l?Est se sont mis sur les rangs. On importe de plus en plus de Roumanie, de Hongrie, de la République tchèque. On importe mais on délocalise aussi.
Maurice n?a plus la cote. Elle a disparu de l?écran radar du futur. Mais elle peut remonter la pente. Il faudra pour cela réunir deux conditions préalables.
La première est la plus difficile à satisfaire. Il s?agit de guérir un handicap psychologique. Depuis plusieurs années, les dirigeants politiques autant que le citoyen lambda se sont convaincus que la zone franche du textile-habillement a fait son temps. Parce que des usines non performantes ferment ou parce que des Chinois retournent en Chine, on laisse dire que le textile-habillement n?a plus d?avenir. Archifaux ! C?est une des industries les plus florissantes au monde. C?est un des secteurs à forte croissance, avec une moyenne de 7 % ces dernières années. Et c?est aussi une industrie mondiale de grande compétition, où les meilleurs gagnent. Maurice n?a pas perdu. Et elle a des atouts.
Il s?agit donc en premier lieu de relever l?image de marque de cette industrie nationale. Auprès des étrangers, acheteurs et investisseurs potentiels, et aussi auprès des Mauriciens, en particulier les ouvriers et les chômeurs. Il faudrait une opération de grande envergure, menée par une agence mondiale de communication de compétence reconnue, pour assurer une présence retrouvée et soutenue dans les médias, grand public comme spécialiste. Il faut trouver une stratégie, un « truc ». L?Inde l?a fait : elle mène une campagne intense de «branding» pour imposer sur les marchés américain et européen son «designer wear with an Indian touch». Et Maurice ? Elle se repose sur ses lauriers, et attend la fin. Résultat : il y a des jobs dans les usines, les Mauriciens n?en veulent pas. Personne ne veut passer sa journée à la morgue?
Deuxième condition : la relance des campagnes de promotion de l?investissement en Europe ? plus particulièrement en France, en Allemagne et en Italie ? en parallèle avec la campagne de communication de l?image de marque.
Il y avait un ministre de l?Industrie mais il était surtout celui du Commerce international ; la preuve, on le connaît à l?OMC, et très peu à Plaine-Lauzun. Il y a maintenant un philosophe. Sushil Khushiram réfléchit, opine, se pose des questions. Le ministre n?a pas encore compris que ce sont des réponses qu?on attend. Et qu?il faut aller les chercher là où les décisions se prennent. En termes d?investissements nouveaux, c?est en Europe que Maurice a sa chance. Cet exercice nécessite une implication personnelle du ministre. Les cadres ? même quand ils habitent dans la circonscription d?un ministre, n?est-ce pas ? ? ne suffisent pas à l?affaire.
Repositionner la zone franche du textile-habillement, lui assurer les moyens de son épanouissement, trouver de nouvelles sources d?investissements étrangers apparaissent comme une obligation d?État. Aucun secteur industriel ne peut rivaliser avec le textile-habillement en termes de potentiel d?emplois en adéquation intensive avec le niveau moyen des demandeurs. La cybertour ne logera pas les recalés du CPE. Ceux pour qui elle existe sont si peu nombreux d?ailleurs qu?on aura vite fait le tour. Il faut donc sauver la zone franche. Elle mérite de l?être. Edley Chimon, le nouveau président de la Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA), donne dans une interview (lire en page 13) une belle image de ce secteur méconnu, trop souvent à la une pour ses crises que pour ses indéniables réussites.
C?est pourtant l?histoire d?un parcours fabuleux, d?une réussite nationale. Et même s?ils sont moins nombreux qu?hier, plus de 75 000 ouvriers mauriciens relèvent encore chaque jour le défi de la compétition mondiale. Ils seraient capables de prouesses si seulement ils se savaient mieux soutenus et plus reconnus. On en revient à la communication, le pain sur la planche du ministre.
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