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Cette forêt qui cache les arbres
Basta ! Il va falloir se calmer. Et remettre les choses dans leur juste perspective. On nous bassine beaucoup avec le subit engouement des Mauriciens pour la création d?entreprises.
Évidemment, il y a des faits incontestables. Depuis l?entrée en vigueur du « Business Facilitation Act », dimanche, près de 2 000 entreprises se sont inscrites auprès du « Registrar of Companies » pour débuter une activité. De quoi porter la « Small Enterprises and Handicraft Authority » (Sehda) et son ministère de tutelle vers une indicible euphorie. On doit se féliciter de ces enregistrements records. Oui, mais?
Faisons une analogie. Si 10 000 étudiants s?inscrivent à la faculté au début de l?année universitaire, cela voudrait-il dire que le système produira autant de détenteurs de licences au bout de trois ans ? Bien sûr que non ! De même, sile « Registrar » reçoit 2 000 demandes d?enregistrement, cela ne veut nullement dire qu?autant de petites et moyennes entreprises (PME) pousseront comme des champignons dans le pays d?ici peu. Et qu?un nouveau tissu économique s?en trouvera créé.
Que constatons-nous pour l?heure ? Une bonne partie de ceux qui sont venus squatter les bureaux du « Registrar » ont l?idée de créer une énième tabagie ou snack. Il faut bien se rendre à l?évidence. Ces initiatives cadrent davantage avec le micro « empowerment » d?une personne ou de sa famille. Une nouvelle source de revenus pour une femme au foyer. Un peu de beurre dans les épinards d?un salarié qui a un emploi à plein temps par ailleurs? On est bien loin d?un « réveil » du secteur des PME à Maurice.
Les ingrédients pour créer le nouveau tissu économique existent pourtant. C?est la recette qui paraît incomplète. Ce n?est pas que nous snobons ces tout petits entrepreneurs, car eux encore cherchent à être productifs. Mais d?autres se sont rendus au « Registrar » pour des raisons plus floues. Un peu comme celles qui animent une personne quand elle va s?acheter un ticket de loterie verte.
« Qui sait, je deviendrai peut-être riche en touchant le gros lot? »
Sauf que là, on parle de création d?entreprise. D?un monde où rien n?est acquis si on ne s?évertue pas à fournir des efforts, tout en faisant preuve d?inventivité, de ténacité et de flair dans ses activités. Des talents qu?une majorité de Mauriciens volontiers « triangueurs » et « traceurs » possède. Mais on a beau avoir ces talents, on n?en a pas moins besoin d?aide.
Le « Business Facilitation Act » n?est pas un sésame. C?est seulement une loi qui enlève des obstacles qui ont trop longtemps barré la route des entrepreneurs pleins de bonne volonté. Et dans ce nouveau cadre, l?importance du rôle de conseil et de soutien de la Sehda et d?Enterprise Mauritius (EM) s?en trouve décuplée.
Il faut trouver les arbres qui se cachent derrière la forêt. Identifier les bons projets parmi le maelström des 2 000 enregistrements. Prodiguer les conseils aux entrepreneurs et les aiguiller efficacement vers les sources de financement et d?expertises techniques seront autant de rôles dont la Sehda et EM devront s?acquitter avec la plus grande efficacité. S?ils réussissent, leurs efforts combinés à ceux de nos entrepreneurs changeront la face de l?économie du pays.
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