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Cet éloquent silence

6 juin 2005, 00:00

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Ils étaient 58. Pratiquement une soixantaine d?artistes à exposer au Salon de Mai. à s?exposer à la critique. Et quand elle intervient ? de manière violente en plus ? il n?y a personne pour la contenir et la condamner.

Mais où sont-ils ? La vitrine de l?art mauricien est restée désespérément vide. Une semaine après l?incident du tableau, aucune prise de position de ces plasticiens toutes tendances confondues ne s?est signalée à notre attention. Généralement très friands d?expositions médiatiques, quand il s?agit de vendre leur créativité, les artistes-exposants, les artistes tout court, ont raté une vraie occasion de se faire entendre. De faire valoir le point de vue artistique dans le débat citoyen.

Lundi, des voyous se réclamant de la Voice of Hindu (VOH) débarquent dans les salles d?expositions à l?école des Beaux-Arts au MGI. Ils arrachent le tableau de Rikesh Boodun du mur, sous prétexte qu?il est ?indécent?. La quarantaine d?excités fait outrage à l?une des exposantes ? Mala Ramyead Chummun ? qui est aussi la responsable du département des Beaux-Arts. à vendredi, elle en conservait toujours le souvenir sous le bandage entourant son poignet.

Une semaine après les faits, toujours rien. La consigne du côté du MGI est de ?ne pas commenter l?affaire.? Nous ne citerons pas le nombre de chargés de cours du MGI qui ont exposé au Salon de Mai. Du côté de l?administration de l?institut, c?est seulement vendredi qu?elle est sortie de sa réserve. Elle a attendu de célébrer ses 35 ans d?existence pour prendre position.

?Les événements sont révélateurs du chemin qu?il reste à parcourir pour amener une plus grande compréhension de la culture indienne?, a dit Soorya Gayan, directrice du MGI. Point de vue également mis en avant par Harish Boodhoo, qui a rappelé aux frileux de la VOH que ?même en Inde, les temples anciens ou contemporains abondent en reliefs et statues dénudés?. La sacralisation dont fait l?objet le sexe dans la mythologie hindoue est un fait établi. Ceux qui prétendent défendre la culture et la philosophie venue de la Grande Péninsule sont les mêmes qui en donnent l?image la plus extrémiste et intolérante. Pire, Krit Manohur, président de la VOH, dit avoir agi après avoir reçu ?beaucoup d?appels de femmes (...) bouleversées à la vue du tableau.? Il nous est difficile d?admettre que ces seuls appels aient motivé une action violente.

L?éloquent silence des artistes-exposants, des artistes tout court, est synonyme de peur. Peur de s?attirer des ennuis sans doute. Les esprits fertiles voient déjà débarquer chez eux une bande organisée armée de sabres et d?injures. L?absence de prise de position indique-t-elle que les artistes ne se sentent pas suffisamment en sûreté dans la société mauricienne, pour parler ?

S?inquiéter pour sa sécurité est une chose légitime. Mais être terrorisé au point de ne pas défendre l?espace vital qui est le leur, c?est de cela qu?il faut avoir peur.

Est-ce à dire que les artistes se contentent de créer sans prendre la parole ? De jeter des ?uvres en pâture au public sans se préoccuper des suites qu?aura cette production. Non. Il ne s?agit pas de défendre la conception artistique de Rikesh Boodun. Sa restitution de Mâa a reçu une caution substantielle en étant admis au Salon de Mai. Il est plutôt question de solidarité. De celle qui unit les sensibilités brûlant d?un même feu, celui de l?inspiration.

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