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C?est l?histoire

2 septembre 2006, 00:00

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C?est l?histoire d?un homme qui a eu de la peine à grandir tant il a été bichonné toute sa vie. Héritier d?un patronyme prestigieux, il n?a jamais eu besoin de travailler. Il pouvait facilement inventer une prédestination à la politique. Ce qu?il fit sans gêne aucune. Il faut dire que le peuple n?en demande pas plus. Un bon pedigree et cela suffit pour être projeté en héros des temps passés et à venir. Il ne s?embarrassa pas de se poser en gardien des valeurs de la majorité des «nous» contre la minorité des «autres» qui détiennent le pouvoir. Une première fois, le peuple se jeta dans ses bras. Mais bien vite, ce bon petit peuple se rendit compte que le personnage manquait d?épaisseur. Il fut donc renvoyé à ses études. Il revint cinq ans plus tard, dans un contexte difficile et emporta à nouveau l?adhésion d?un peuple miné par un lourd sentiment de précarité.

Le voilà donc installé au pouvoir. Il prend la pose et écoute. Il sait surtout écouter. Et le peuple avait besoin d?être écouté ! Alors, on parle et il écoute. Il décréta finalement qu?il était temps d?agir. Ses lieutenants sont conjurés de prendre des initiatives et de changer la société. Mais avant d?enrichir le peuple, ces porte-fanions savent qu?il faut passer par une période de rigueur. Ce n?est pas ce qui était promis, réagissent les acteurs intermédiaires. Les contre-pouvoirs veillent, voire rappellent les promesses. Mais soutiennent activement le processus de réforme. Ce qu?ils savent, c?est que la modernisation du pays ne se fera qu?à la condition d?un changement en profondeur.

Après avoir délégué les leviers de l?action à quelques seconds, le bon prince commence à s?ennuyer et encaisse de plus en plus mal les critiques. C?est qu?il faut dire qu?il n?a pas non plus grand-chose à faire lorsqu?il n?appelle pas tous ceux qui lui sont proches pour savoir ce qu?on pense de lui ici et là. L?autre pendant de la mégalomanie, c?est bien, selon l?humeur de la personne, ou de la méfiance ou de la paranoïa. Bref, le chef estime qu?il n?est pas suffisamment aimé.

Dès lors, il entame, d?une part, une opération de charme et, d?autre part, une vaste offensive contre des relais d?information qui sont souvent les boucs émissaires des grands chefs en mal de victimes expiatoires. Chacun à son poste, le leader enclenche sa croisade. Il menace, annonce une nouvelle loi et, face à la levée de boucliers, se montre stoïque. C?est une bataille que les politiques perdent généralement. Sauf que cette fois, notre bon chef compte sur un soutien populaire qui lui est acquis. Rarement, un gouvernant aura été aussi puissant. Alors il peut prendre le risque. Mais il n?y a pas que cela.

Il faut comprendre que le leader aime bien faire joujou. Comme tout enfant gâté d?ailleurs. Il faut bien occuper son temps. Avec la sérénité que lui communique la cohésion de son groupe et la faiblesse de ses opposants, il doit bien s?investir dans une lutte quelconque. Il a statué que ce sera sa parole d?autorité contre la parole libre. Ce sera sa manière à lui de fédérer ses sympathisants dans cette croisade de la grande bourgeoisie d?Etat contre des pouvoirs historiquement marqués sur l?axe de l?ethnie, comme d?autres ont jugé nécessaire d?identifier l?axe du mal et l?axe du bien !

Sa construction du monde reste fondée sur l?accessoire. A coup de slogans, il veut bâtir son pays. Aux autres de faire le travail et à lui de faire joujou avec ceux qui, a-t-il l?impression, nourrissent sa méfiance. Aujourd?hui, comme les autres jours, il va se demander pourquoi on s?acharne sur lui alors qu?il est un homme si bon et prévoyant !

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