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C?est la Justice qu?on assassine

7 mai 2004, 20:00

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On ne tire pas sur quelqu?un qui est à terre. Moins encore quand il chute de très haut, et que la douleur suffit comme peine. A quoi bon alors fusiller Dev Hurnam ? A l?évidence, ses pathétiques péripéties pour éviter la geôle ne semblent être que tentative de sauver ce qui lui reste de dignité. Un manière pour Dev le Terrible de dire qu?il est encore maître de quelque chose, fut-ce de ses artères. Comme un vieux paon qui s?obstine à faire la roue alors que son panache s?est étiolé. Ces caprices, ils ont quelque chose de désespéré?

C?est cette espèce de regard de pitié qu?aura porté l?opinion ces derniers jours sur le détenu, une disposition qui l?aura amenée à ne pas s?insurger contre ces manières. Pauvre malade imaginaire qui semble ignorer que sa véritable pathologie est sans doute plus grave. Pitié mais aussi un certain mal-à-y-croire, dans notre inconscient, qu?un homme ayant des années durant incarné la droiture ait pu être un imposteur. Hurnam bouleverse nos repères. Et nous laisse bouleversés.

Dans nos sentiments mêlés, Cehl Meeah est venu contribuer à mettre de l?ordre. S?il y a quelque chose de sensé à retenir de sa démagogique conférence, c?est bien son cri de colère face à la différence de traitement envers lui et Hurnam, toutes deux personnalités politiques objets de charges très similaires. Il sort de l?ombre pour rappeler à notre mémoire les circonstances de son procès. Tout contesté que le personnage puisse être, dans sa bouche, l?injustice est soudain tangible, évidente. Il nous ouvre les yeux sur le danger de sourire aux extravagances de Hurnam.

Le danger, c?est que cette affaire entretient la perception que la Justice n?est pas l?autorité suprême dans cet Etat de droit. Dev Hurnam à qui rien de moins que le DPP refuse la remise en liberté, est pourtant un homme? libre aujourd?hui. C?est lui qui décide de ses mouvements, de la disposition de ses biens. Son médecin a recommandé un contrôle régulier non une hospitalisation, et pourtant. Que ce soit ou pas par vengeance contre la hiérarchie du judiciaire avec qui il a des comptes à régler, Hurnam est bien en train de la tourner en ridicule.

Mais plus grave, il est libre en vertu de quoi? Quand on lie ce traitement aux allusions du secrétaire général du parti au pouvoir selon lesquelles il y a complot des juges contre Hurnam, une logique semble se dégager. Cette liberté-là n?existerait donc que parce qu?elle est tolérée, justifiée même par les dirigeants. Au bout du compte, si on a des ?relations? bien placées dans ce pays, on mène la police par le bout du nez, quel que soit le crime dont on est accusé.

Il est possible qu?une intervention politique à proprement parler n?ait pas au lieu en réalité. Hurnam est sur son terrain, il connaît ses droits et cette police qui sait à qui elle a affaire doit sans doute calculer à deux fois avant de durcir la ligne. Qui voudrait risquer de se mettre à dos un tel monstre juridique ? Et quand s?ajoute à cette hésitation, la pression psychologique que représentent les déclarations publiques que s?autorise M. Collendavelloo, la crainte de déplaire aux grands du moment, on peut comprendre le laxisme face aux gesticulations de Hurnam.

Entre des phrases lapidaires du genre ?pa fer dominer ar piti la? et un ?cover-up? en bonne et due forme, il n?y a qu?un pas. Nous connaissons le prix à payer si la perception qu?il n?y a pas une même loi pour tous se met à gangréner les esprits, si nous exacerbons les doutes du citoyen sur la justice du pays : nous mettons en péril notre stabilité sociale.

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