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?C?est faux de dire que l?Afrique du Sud joue le rôle de ?big brother?

13 juin 2005, 00:00

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● L?Afrique du Sud a de grandes ambitions sur le continent. Quel est le rôle qu?elle se donne dans cette partie du monde ?

Lorsqu?en 1994 l?Afrique du sud devenait un pays démocratique, nous avions déjà une vision pour le continent. Les différents régimes qui ont opéré durant la période de l?apartheid n?ont jamais vu le pays comme faisant partie de l?Afrique. Nous avons réalisé que notre avenir était lié à celui du continent. Nous avons décidé de nous consacrer aux sujets qui concernent l?Afrique tels la sécurité, la coopération, le développement social et l?économie.Cela constitue la base même de notre politique étrangère. Nous disons aussi que notre politique intérieure doit être une extension de notre projet diplomatique. Nous sommes guidés par le principe selon lequel les citoyens de tous les pays doivent bénéficier des droits tels l?éducation, les services de santé, un logement décent et l?emploi. De larges franges de la population sud-africaine ont subi diverses formes de discrimination durant l?apartheid. Nous nous sommes demandé quelles sont les causes de ces problèmes. Est-ce parce que les gens accordent trop d?attention aux différences de race ou de tribu ? L?expérience acquise dans la gestion de la transition politique peut nous aider à aider les autres pays africains. Notre politique étrangère est donc basée sur des principes sains et sur notre engagement pour une meilleure Afrique. De ce fait, nous occupons une certaine autorité morale au sein de la communauté des pays africains. Le président Thabo Mbeki est un ardent promoteur du concept ?Renaissance africaine?. Il est à la base de cette démarche de faire de l?Afrique un continent de l?espoir. C?est l?engagement de l?Afrique du Sud qui a déclenché la dynamique qui a finalement débouché sur le New Economic Partnership for Africa?s Development (NEPAD). Nous avons aussi beaucoup ?uvré en faveur du Millennium Development Goal.

● Dans quelle mesure l?Afrique du Sud contribue-t-elle à la recherche de solutions africaines aux problèmes africains ?

Pendant trop longtemps, l?Afrique s?est laissé berner par d?autres pays, en particulier par les anciennes puissances coloniales. Ces dernières ont souvent agi par intérêt, et ont imposé leurs prescriptions aux problèmes des pays concernés. Nous n?avons jamais adopté une telle attitude. Notre approche est de mettre notre expérience et nos ressources à la disposition des pays qui en ont besoin. Mais c?est aux nations concernées de trouver les solutions à leurs problèmes. C?est cet esprit qui a guidé notre intervention au Burundi, au Congo, aux Comores, au Soudan, en Angola et en Côte d?Ivoire. Nous avons toujours répondu à l?appel de l?Union africaine ou des Etats membres directement. Le NEPAD est fondé sur le principe que la paix et la stabilité vont de pair avec le développement. Là où il y a des conflits et des guerres, on ne peut avoir des investissements et de bonne gouvernance. Les peuples affectés ne pourront jamais avoir une vie meilleure. Le continent a un gros problème de pauvreté à résoudre. Il y a aussi d?autres problèmes aigus, tels le HIV-sida et d?autres maladies, la malnutrition et un taux très élevé d?analphabétisme. Nous avons encouragé un effort concerté au niveau du continent pour s?attaquer à ces défis.

● Il y a la perception que l?Afrique du Sud est en train de jouer le ?big brother? au sein de la région et du continent?

Il n?y a aucune vérité à cela. Nous demandons aux gens de regarder les principes pour lesquels nous nous battons. Nous n?avons jamais menacé aucun pays. Nous n?avons jamais joué un rôle d?agresseur. Notre dispositif de défense est axé sur les opérations de maintien de l?ordre là où il y a des conflits. Nous investissons l?argent de nos contribuables dans des efforts de paix. Ce n?est pas correct de nous imputer des mobiles douteux. Les pays du Sud ont tous les mêmes problèmes. Nous constatons toutefois qu?il y a très peu de coopération et de dialogue entre l?Asie, l?Afrique et l?Amérique du Sud. Nous sommes toujours en train de nous tourner vers le Nord. Pourquoi n?investissons-nous pas dans les pays du Sud ? Si le gouvernement de l?Afrique du Sud fait des suggestions pour améliorer les rapports en ce sens, cela ne peut qu?être au bénéfice de tout le monde. C?est faux de dire que l?Afrique du Sud joue le rôle de ?big brother?.

● Dans le sillage de la libéralisation commerciale, Maurice craint un déferlement de produits sud-africains sur son marché domestique. Cette appréhension est-elle justifiée ?

Si Maurice n?a pas la capacité industrielle pour fabriquer des produits manufacturiers, elle va devoir en importer. Si elle n?achète pas de l?Afrique du sud, elle devra en importer d?un autre pays. L?Afrique du Sud dispose d?une base industrielle très diversifiée. Nous sommes en mesure de desservir les marchés régionaux. Cela aide au processus d?intégration régionale. Il faut savoir saisir les opportunités là où elles se présentent. Si un pays vous propose de bonnes mesures incitatives pour faire du commerce et pour investir, vous devez vous y intéresser. Nous ne sommes pas uniquement à la recherche de nouveaux marchés. Nous sommes également très enthousiastes pour investir dans d?autres pays et à y partager notre technologie. Nous sommes la plus grande économie sur le continent. Mais il y a aussi de gros potentiels de développement dans les autres pays. Il faut créer les conditions nécessaires à la croissance. Le NEPAD aide beaucoup dans ce sens à travers la bonne gouvernance et la stabilité sociale et politique.

● Vous évoquiez récemment la nécessité d?un système multilatéral basé sur les règles. Il y a aussi la notion de traitement spécial et différencié?

Les deux idées ne sont pas nécessairement en contradiction. Le système reconnaît qu?il y a des Etats qui ont des caractéristiques uniques et qui ont besoin d?un traitement différent. Les petites îles sans ressources naturelles comme Maurice font partie de cette catégorie de nations. Prenez le cas du Japon qui ne dispose d?aucune ressource naturelle mais qui est néanmoins la deuxième plus grande économie au monde, après les Etats-Unis. Comment aurait-il pu se hisser à un tel statut s?il n?avait pas bénéficié d?un traitement spécial de la part des Américains et des Européens ? Il faut donner la chance aux Etats insulaires de se développer. Un système fondé sur les règles a toute son importance. Les règles doivent aussi s?appliquer aux pays développés. Prenons l?exemple de la Cour criminelle internationale. Certaines grandes nations refusent de soumettre leurs citoyens à la juridiction de cette instance internationale. De plus, elles vont même jusqu?à menacer de sanctions économiques les pays qui y adhèrent. Elles pratiquent ainsi le ?check book diplomacy?.

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