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C?est déraisonnable

13 janvier 2007, 00:00

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«L?Eglise catholique a endormi la conscience des créoles. Elle ne leur a pas expliqué leur rôle social et comment ils devaient lutter pour avancer. Comme cela s?est fait dans des baïtkas, par exemple. Gandhi a envoyé Manilall Doctor pour aider les Hindous, mais nous n?avons pas eu ça.» Qu?est-ce qui explique la virulence des propos de cet artiste hors pair qu?est Menwar dans l?interview qu?il accorde en «apartés» à Alain Gordon-Gentil dans notre édition d?hier? Tenter d?y répondre, c?est risquer une légitimité de réflexion que certains pourraient ne pas reconnaître. Pourtant une parole libre ne connaît de limite que dans le respect de l?autre. Et c?est cette liberté et ce respect qui nous autorisent certains constats.

Que l?Eglise catholique ait «endormi la conscience des créoles», il reviendra à cette institution de répondre à ce commentaire de l?artiste. Mais c?est le genre de réflexion qui participe d?une représentation générale. Au sein de toutes les communautés de ce pays, dès que surgit la question de l?altérité, il y a un profond ressentiment contre l?institution religieuse à laquelle on appartient. «L?autre est dans de meilleures dispositions parce qu?il a été mieux encadré par les doctrinaires de sa foi.» C?est un réflexe qu?on connaît. Un tel préjugé existerait-il si la religion n?occupait pas autant de place dans la vie publique? La réponse est évidente. Tellement évidente qu?on l?a occultée du débat public!

Mais ce qui est plus dramatique dans cette problématique, c?est qu?elle révèle la rivalité qui existe parmi les pratiquants de différentes religions. On attend plus de la sienne parce que l?autre occupe une fonction sociale plus poussée ! Or, dans les faits, les choses se passent autrement. Ce n?est que la méconnaissance de l?autre qui nous permet d?être critiques envers les nôtres.

La réflexion de Menwar est, à ce titre, très courante. Ici, les Hindous seraient plus orientés vers l?éducation. Là, les catholiques seraient plus portés vers l?ouverture et la vie communautaire. Ici encore, les musulmans seraient davantage encouragés à se regrouper économiquement. Autant de poncifs et stéréotypes qui rendent compte des préjugés qui minent la société mauricienne.

S?il y a une telle attente sociale de l?institution religieuse, c?est aussi parce que Dieu n?est plus une affaire privée pour le Mauricien. Souvent geignard, il cherche de tous les côtés les soutiens qu?il peut obtenir. Que cela se fasse au nom de la religion, des réseaux de solidarité socio-professionnels, des complicités de nature ethnique voire raciste? peu importe le moyen. Individu clivé, le Mauricien s?est inventé plusieurs personnages. Selon le champ d?action où il interagit, il fait intervenir ce qu?il pense être les bons arguments sectaires.

C?est un mal dont souffrent toutes les communautés à Maurice. On aura beau dire que les choses ont changé. Que l?économie a influé sur les mentalités. Que les hommes se sont débarrassés des stéréotypes? La vérité est tout autre. Chacun pense qu?il est mal parce que l?autre est dans une meilleure position. Qu?il peut y avoir du vrai là-dedans, c?est une hypothèse qu?on n?écartera pas tant la société mauricienne n?a jamais compris ce qu?est la méritocratie.

L?Eglise catholique, la mosquée, le mundir ne sont coupables de leurs excès ou de leurs carences qu?en fonction des attentes et des espoirs qu?on fonde en eux. Chacune des institutions religieuses devrait apporter une réponse à des situations historiques données. Qu?elles aient plus échoué que réussi, c?est aussi à cause des individus qui placent leur foi en elles. Lorsqu?on investit moins de son c?ur que de ses espoirs matériels, on n?est au mieux que des rêveurs. Au pire, on transfère ses limites individuelles sur un symbole religieux, politique et social.

Et si on commençait à réfléchir en individu plutôt qu?en tant que créole, musulman ou hindou? On répondra probablement qu?il y a des réalités qui ne peuvent pas être occultées. Ce sera sans doute avec raison. Mais qui parle de raison ici ?

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