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Ces vérités qui dérangent
La diffusion de Camera Kids, un documentaire vif et incisif sur les enfants prostitués de Calcutta, ainsi que la sortie de We feed the world, une enquête implacable sur les coulisses de la malbouffe mondiale, sortie quelques mois après l?excellent Le cauchemar de Darwin, de l?Autrichien Hubert Sauper, les cinéastes-documentaristes sont de plus en plus visibles. Leurs documentaires suscitent très souvent des ondes de choc. Documentaires engagés par excellence, ces ?uvres cinématographiques confirment le boom du documentaire engagé. Et si les cinéastes pouvaient aider à transformer les citoyens du monde en citoyens responsables ?
Les documentaires sont aujourd?hui récompensés dans toutes les grandes cérémonies de remises de récompenses du cinéma : les Oscars, les Césars, les Golden Globes et dans tous les festivals internationaux qui accordent une place de choix à ce genre cinématographique à part entière. Incontournable à Cannes surtout depuis qu?un certain Michael Moore y a décroché la Palme d?or en 2004 pour son brûlot Fahreinheit 9/11, le documentaire engagé met de plus en plus le doigt sur nos sociétés et leurs nombreux dysfonctionnements.
Pas question dans ce cas là d?y aller avec le dos de la cuillère. De par sa définition, le documentaire permet au cinéaste d?appréhender certaines réalités, de livrer son point de vue, de réfléchir et de donner à réfléchir, même si le documentaire passe inévitablement par un certain degré de subjectivité à travers le filtre du montage et du cadrage.
« Depuis une dizaine d?années, une société civile planétaire émerge. Cette société demande à être informée pour savoir comment changer les choses, » explique Jean Ziegler, rapporteur aux Nations unies. La volonté de montrer pour tenter de changer les choses, est devenue la priorité des cinéastes-documentaristes engagés.
Dans Camera Kids, « Born into brothels », dans sa version originale, Zana Briski et Ross Kauffmann, s?intéressent au sort des enfants prostitués de Calcutta. En filmant l?âpreté de leur existence ainsi que leur formidable envie de vivre, Zana Briski, photographe, et Ross Kauffmann, réalisateur, n?ont pas seulement fait une ?uvre humanitaire, mais ils ont redonné espoir à ces enfants privés de leur enfance. Après s?être mise en tête de leur apprendre l?art de la photographie, Zana Briski a créé pour eux, et avec eux, l?association Kids with cameras.
L?exposition de leurs photos, ainsi que l?argent récolté pour la vente du documentaire, financent aujourd?hui l?éducation d?une centaine de ces enfants. Avec l'aide du documentariste Ross Kauffmann, Zana Briski a filmé le travail de ces enfants, de leurs premiers pas dans la photographie, jusqu'à la publication de leurs ?uvres, dans une exposition qui rassemble tous leurs clichés.
Images chocs
L?apprentissage de ces enfants qui avaient perdu tout espoir d?une vie meilleure, a fait le tour des festivals. Résultats : une pluie de récompenses dans vingt-deux festivals à travers le monde, et la plus prestigieuse d?entre elle : l?Oscar du Meilleur documentaire en 2005.
Dans We feed the world, de l?Autrichien Erwin Wagenhofer, sortie en France la semaine dernière, les images chocs défilent sans arrêt : des tonnes de pains entiers déversés par une benne à ordure. Un hélicoptère qui filme le plus grand verger d?Europe : 25 000 hectares où l?on fait pousser depuis cinquante ans des tomates irriguées artificiellement et vendues à des prix cassés. En une heure et demie, ce documentaire dénonce les ravages de l?exploitation intensive des terres. De l?Amazonie à l?océan Atlantique, en passant par la Roumanie, ce documentaire tourné dans six pays, est une succession de témoignages marquants. « Chaque jour, cent mille personnes meurent de faim. L?agriculture mondiale peut nourrir sans problème douze milliards d?individus. Autrement dit, chaque enfant qui meurt de faim, est un enfant assassiné,» ajoute Jean Ziegler. Son propos sert de fil rouge à ce documentaire édifiant sur les aberrations du système agroalimentaire planétaire.
Le point de départ du documentaire engagé a été donné par Michael Moore. The big one, sortie en 1999, une analyse lapidaire de la mondialisation avant même que ce mot ne soit sur toutes les lèvres, avait eu l?effet d?une bombe. Sans rien perdre de sa vocation initiale qui est d?informer, Michael Moore cherchait à secouer le spectateur.
Regard, investigation, point de vue
Depuis, le cinéaste a récidivé à maintes reprises, créant, à l?occasion, le boom du documentaire dit « engagé » : Bowling for Columbine stigmatise en 2002 la culture de la violence et de ses conséquences désastreuses sur les Américains. La récente tuerie de Virginia Tech, confirme les thèses avancées par Michael Moore. Fahreinheit 9/11, Palme d?Or à Cannes, brûlot anti-Bush et son dernier-né, Sicko, en compétition au prochain festival de Cannes, dans lequel le bouillonnant cinéaste part en croisade contre les dysfonctionnements du système de soin aux Etats-Unis, sans oublier le pamphlet anti-fast food du documentaire choc Supersize me de Morgan Spurlock, ou encore la démonstration économique de Jopnathan Nossiter dans Mondovino, sortie en 2004, ont tous les mêmes objectifs.
Ils proposent un regard, une investigation, un point de vue. Le genre est à mettre à mi-chemin entre le travail de journalisme d?investigation audiovisuel très anglo-saxon et du pur cinéma. De ce choix naît une traque perpétuelle et constante de l?information et une volonté affichée de saisir le réel sur toute la longueur. Le cinéaste devient ainsi le témoin des vérités qui dérangent.
Chaque sujet traité connaît aujourd?hui une exploitation en salles s?ils ne sont pas des sujets traités de manière « confidentielle ». Tous, cependant ont un objectif commun : l?éducation citoyenne. Au détour d?une séance souvent suivie d?un débat, ces cinéastes d?un autre genre, veulent changer les mentalités pour tenter de changer le monde. Quand la prise de conscience est en marche, le bouleversement est inévitable.
A suivre, Camera Kids, demain, lundi 7 mai, à 22h10 sur Canal+Cinéma.
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