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Ces vérités bonnes à dire
<B>Par Aline Groëme</B>
Il nous a remis les idées en place. L?exercice était nécessaire. En cours de semaine, Rex Omar, artiste ghanéen, a animé une table ronde sur le piratage. De quoi élever le débat, là où les sensibilités locales ont plutôt tendance à réagir de manière épidermique.
Certes, le piratage a fait descendre dans la rue les artistes, dans un pays où les manifestations populaires de mécontentement sont somme toute rares. Non, ne vous méprenez pas. Cela n?est pas un appel à battre le pavé.
Mais, sous d?autres cieux, les augmentations de prix, les projets de lois, mobilisent de fortes foules jusqu?à faire changer d?avis les dirigeants. Une forme de mécontentement qui n?est pas dans notre culture. Les insatisfaits préférant la formule nettement plus dramatique de la grève de la faim.
Mais revenons à Rex Omar et aux réactions qu?il a suscitées, au début de la semaine écoulée, au Centre culturel Charles Baudelaire. Lui, l?avocat chanteur, avec un discours mesuré, des propositions concrètes, genre National Music Council et Tribunal anti-piratage, s?est vu confronté à la relative méconnaissance (au diable les euphémismes), à l?ignorance de certains artistes. C?est grave.
La Mauritius Society of Authors (MASA) est une société de collecte, de gestion et de distribution des droits d?auteur. Elle ramasse l?argent provenant de l?utilisation des ?uvres, pour le payer, trois fois l?an aux auteurs. Son rôle n?est ni d?effectuer des saisies. Ni de réglementer l?importation de CD vierges et encore moins d?écouler les produits des auteurs. Voilà qui semble clair.
En apparence seulement. Car, autour de la table, des opinions visiblement mal informées se sont exprimées en faveur de ?la création de boutiques par la MASA pour vendre nos produits?. Pourquoi ne pas demander à la MASA de payer aussi les services d?un directeur artistique qui viendrait donner une direction à certains sketches qui tournent en rond. Qui, lane vini lane ale, n?arrivent pas à évoluer et quitter le registre pipi caca.
Une ébauche de coopérative des artistes avait été lancée, il y a de cela quelque temps. Du temps où Marcel Poinen était président du conseil d?administration de la MASA. Elle est tombée dans l?oubli. Sans doute que ceux qui voulaient la voir exister, avaient-ils volontairement oublié que la corporation des artistes est l?une de ces familles où la solidarité est souvent en carême.
Sakenn pli kone ki lezot. Exemple récent : la ?conférence de presse? de la MASA ? et de ses artistes ? pour dire sa position dans le bras de fer avec les propriétaires de vidéo club. Rendez-vous de la cacophonie, il a prouvé une fois de plus que l?artiste mauricien est atteint du syndrome de l?égoïsme. Qu?il est rarement capable de se concerter pour parler d?une seule voix. Que les leaders d?opinion manquent.
Se faisant fort d?élever le débat, d?autres prennent en otage la parole pour défendre des positions extrêmes.
Au point de voir un artiste poser le phénomène du piratage non pas en termes institutionnel ou économique mais en termes ethniques. Comme si que c?était l?appartenance à une communauté qui dicte qu?un individu devient un pirate et qu?un autre, un artiste piraté. Come on. Cela est insensé pour ne pas dire dangereux. Où sont passés les auteurs-compositeurs qui se font fort de chanter l?amour, la paix, la tolérance ? Ils gagneraient à expliquer en boucle aux apprentis-sorciers du communalisme, que le fin mot du piratage c?est ?vendre?.
Vendre des ?uvres qui ont mis des années à voir le jour. Qu?elles soient en créole, en anglais ou en français. Vendre, non pas pour se faire un à-côté, un petit supplément à un salaire de misère, mais vendre au point d?être un métier, une institution. Une pratique qui nourrit des familles.
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