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Ces sensations qui montent en altitude

6 août 2004, 20:00

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« Est-ce que c?est la première fois que vous prenez l?hélico ? » Un oui timide. « Vous verrez, c?est comme perdre sa virginité », lance le capitaine Greg Andrew. L?effet est réussi : il a pu nous décrisper pour ce baptême de l?air qui ferait pâlir d?envie tout un chacun.

Car les réactions sont toujours les mêmes : « Tu vas faire ton baptême de l?air en hélico ? Wow, quelle chance. Super, emmène-moi. » Des regards brillants d?envie. Des sourires complices. Et l?expérience commence.

Sans que l?on s?en rendre compte, tout naturellement, l?excitation qui accompagne la nouveauté s?installe. Difficile de tenir en place en attendant le grand jour. Besoin d?en parler, souvent. D?anticiper. De s?envoler déjà un peu dans sa tête.

UNE ÎLE ORDONNÉE

Enfin. Prendre la route jusqu'à Sands Resort, Flic-en-Flac. Rallier la pelouse qui sert de piste aux bolides d?Air Mauritius. Ne plus pouvoir s?empêcher de sourire au grand soleil qui chauffe le cercle blanc tracé sur le carré vert.

D?instinct, se courber en approchant des hélices qui tournent à plein régime. Uue démarche ridicule derrière l?officier de la compagnie nationale qui, lui, se tient bien droit en approchant de l?hélicoptère. Ne plus entendre ses pensées s?affoler. Ne plus penser.

Suivre les instructions. Du geste, l?employé nous indique le marchepied, et fait signe de faire attention à la tête au moment d?entrer dans la cabine. Le service est discret et efficace.

Il pousse l?amabilité jusqu?à nous tenir notre sac, pendant que nous nous hissons à la hauteur du siège? à côté du pilote. Le temps de boucler la double ceinture de sécurité, de nous montrer dans quel sens actionner la manette qui sert de poignée de porte à l?hélicoptère. De décrocher le casque pour le poser sur nos oreilles.

Effet instantané. Le vrombissement du moteur couplé aux mouvements de l?hélice s?atténuent perceptiblement. La voix du capitaine ? dents blanches et lunettes noires ? rassurante dans le casque.

L?habitacle ressemble plus à une bulle pleine de soleil qu?à un cockpit. Panneaux transparents à nos pieds, un nez tout en verre et au-dessus de nos têtes, vue panoramique sur l?immensité.

Décollage. Contrairement aux idées reçues, pas de secousses. Avec douceur, nous quittons le plancher des vaches. De sa voix suave, le capitaine Greg Andrew explique : « Il faut une heure pour survoler l?île entièrement. Pendant vos 15 minutes de vol, vous verrez tout l?ouest et le sud-ouest. »

Pendant que ses paroles défilent dans nos tympans, une partie de la carte de Maurice se déroule sous nos yeux écarquillés. Il y a tellement de choses à voir que les premières minutes font l?effet d?un tourbillon. Gauche, droite, à nos pieds ; de tous côtés, un spectacle différent, une bouffée d?air pour l?imagination. Des images jusque-là vues seulement à la télé ou au cinéma qui prennent vie. Il faut faire un effort. Calmer sa respiration. Se concentrer sur un point pour pouvoir profiter de tous les autres.

Devant nous, le lagon de Flic-en-Flac, puis la baie de Tamarin, avec ses nuances de bleu et de vert. Surfaces sans plis où des catamarans tout blancs glissent paresseusement. « Si vous avez de la chance vous pourrez même apercevoir des dauphins. » Au loin le demi-cercle de montagnes qui nous appelle. Nous lance un défi.

Pas le temps de se mesurer. Nous inspirons une profonde bouffée d?air salé en provenance des Salines. Le dispositif quadrillé, rempli des précieux cristaux, ressemble à un jeu de construction. Là-bas, tout en bas, sur la route côtière, les voitures ont l?air de miniatures abandonnées par un enfant turbulent qui aurait oublié de ranger ses jouets. Paradoxalement, vue d?en haut, l?île a l?air si ordonnée. Chaque chose à sa place, bien rangée. Des champs de cannes qui alternent entre le brun de la récolte et le vert éclatant de la maturité.

La carte continue de défiler. Chamarel : son patchwork aux sept couleurs, sa cascade, son domaine ? qui au fil des paroles du pilote ? sent bon le café, la banane et l?ananas. Clin d??il au Morne Brabant posé sur sa dentelle bleu lagon. Cap sur les larges épaules du Piton-de-la-Rivière-Noire.

LE VERTIGE DE LA VITESSE

Le pilote Greg Andrew profite du vol autant que nous. D?un mouvement souple du poignet, il incline le manche. Nous voilà en biais dans notre siège, le temps d?un virage à la corde. Le vent qui s?est levé imprime de légères secousses à l?hélico.

Le parc national de la Rivière-Noire étend ses 6 500 hectares. Des yeux, nous caressons chaque courbe, chaque creux. L?ombre de l?hélico ? sans parler du bruit ? dérange les paille-en-queue, célestes habitants de ce lieu protégé.

Petit sourire en coin du pilote sympathique. D?une main sûre, il empoigne le manche. Nous piquons du nez dans le précipice. Instinctivement nos mains s?agrippent au siège. Impossible de contenir le cri d?exultation qui s?échappe de nos lèvres au moment où monte le vertige de la vitesse.

Mais c?est sans le faire exprès que le capitaine Greg Andrew nous fera mousser davantage. Avec naturel, il lâche le manche, décolle ses yeux de la vitre, enlève ses lunettes et les met dans sa poche. Assis tout à côté, nous n?en revenons pas.

Deuxième coup d??il. Nous volons plus haut que les pailles-en-queue. Monter plus haut que les gracieux oiseaux blancs n?est plus seulement l?un des fruits trop mûrs de notre imagination. Nous l?avons fait.

Choisir la voie des airs

Le forfait du baptême de l?air en hélico ? 15 minutes ? est en promotion chez Air Mauritius jusqu?à fin août. Prix du trajet Rs 1 900 par personne. Vous avez le choix des paysages : décoller soit de Sands Resort à Flic-en-Flac ou de l?aéroport, à Plaisance.

Le parcours de Flic-en-Flac s?étend de la baie, en passant par Chamarel, le parc national de Rivière-Noire, Grand-Bassin, Mare-aux-Vacoas, Bois-Chéri, Trou- Kanaka?

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