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Ces petits riens

30 août 2008, 00:00

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Par Nazim ESOOF</B>

Le réformisme est au monde contemporain ce que le concept de développement était à l?ère industrielle. Il s?agit d?un état d?esprit qui se conjugue avec la capacité d?adaptation et d?anticipation. Le tout dans un esprit de transparence. C?est l?un des principaux défis de cette époque post-moderne. La société économique s?est complexifiée. Les frontières s?effacent. Les acteurs se démultiplient. Les grandes figures de la bourgeoisie traditionnelle ne sont pas les seules à tenir les rênes du pouvoir économique. Le marché obéit à d?autres repères et il se trouve toujours des esprits malins pour essayer de contourner les règles. Ce faisant, ils ralentissent le processus continu de modernisation.

Ces ingénieux sont en fait les quelques pattes boiteuses qui font partie de cette multitude qui soutient la grande structure de l?économie. Il faut beaucoup de petits riens pour faire un grand tout. Sauf que pour les plus cupides, l?objectif est de saborder la machinerie pour en tirer profit. C?est ce qui rend le grand corps malade. Les pattes qui le maintiennent provoquent sa putréfaction.

C?est aujourd?hui le sentiment qui se dégage parmi un bon nombre de Mauriciens. Les affaires s?enchaînent. Les scandales s?additionnent. L?édifice n?est pas ébranlé. Mais le fait est que le soupçon s?est installé. C?est ainsi que les remarques faites par Bert Cunningham a suscité des haut-le-c?ur. Comment oser remettre en question l?impartialité des institutions? Comment prétendre que la séparation des pouvoirs ne fonctionne pas à plein régime?

Pourtant il faut être honnête avec soi-même. Ce n?est pas une affaire partisane. C?est une question de toilettage permanent des institutions, du secteur concurrentiel et des services publics. En théorie, nos dirigeants diront que tout va pour le mieux. Ils vont même faire la leçon à ces étrangers qui se permettent d?émettre des critiques. C?est pourtant l?un des grands paradoxes de ce pays. On les invite à venir donner un coup de main. Mais cela ne peut se faire qu?aussi longtemps qu?ils ne remettent pas en question certains réflexes insulaires.

Ils sont aussi sollicités pour produire des rapports. Le dernier appel en date est celui lancé par le Premier ministre auprès des autorités américaines afin d?analyser le système électoral et proposer conséquemment des recommandations. C?est aujourd?hui une farce toute cette volonté affichée en faveur d?une réforme du système électoral. Les gouvernements se succèdent. Les intentions se veulent les unes plus prononcées que les autres. En revanche dans le fond, rien de concret n?aboutit. Or, lorsqu?on parle d?un système gangrené, on sait pertinemment bien qu?à la source se trouve toute la question du financement des partis et de l?organisation des élections.

Lorsque la collusion peut être aussi grande entre des agents économiques et des acteurs politiques, toutes les compromissions sont envisageables. L?économie de marché s?y prête d?ailleurs. Il offre un cadre général où insidieusement une certaine canaillerie ne s?embarrasse pas de faire ses choux gras.

C?est la raison pour laquelle il devient impératif aujourd?hui de développer une autre morale autant en affaires qu?en politique. La succession de scandales se poursuivra autrement. Ceux qui n?ont pas peur d?enfreindre les lois profitent d?un sentiment d?impunité. Les gouvernements auront beau dire que personne n?est au-dessus des lois qu?ils ne dissiperont pas le scepticisme de l?opinion.

Revenir donc à une morale. Parce que le marché est dérégulé et qu?il autorise l?accès aux pirates s?il n?y a pas de contre-feux. Parce que la politique repose sur la seule obsession de victoire électorale et, qu?à ce titre, elle permet des pratiques coupables.

Les gouvernements qui se mettent en place depuis quelques années donnent la garantie d?une réforme tous azimuts. Si ce sont des petits riens qui forment un grand tout, il devient évident qu?on procède par des retouches au lieu d?une intervention globale qui attaque le mal à sa racine.

Il n?a pas fait bon ces derniers temps de voir la petite île Maurice. Elle vogue en eaux troubles. Elle risque surtout de compromettre le capital confiance qu?elle s?était efforcée d?insuffler à ses citoyens. Au jeu de la perception, son crédit s?érode.

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