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Ces personnes au service de la Nature

19 mai 2007, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pollution, déforestation, surexploitation des terres et de la mer? On ne le répétera jamais assez, l?inconscience des hommes perturbe le fragile équilibre écologique des écosystèmes. La biodiversité ou la diversité biologique est un terme récent qui coïncide avec la prise de conscience de l?extinction d?espèces et du changement climatique planétaire au cours des dernières décennies.

La dégradation de la biodiversité résulte en grande partie d?une évolution humaine non contrôlée. Et la destruction des richesses biologiques a des conséquences souvent désastreuses, non seulement sur la faune et la flore, mais aussi sur l?humanité et ses structures économiques.

Les secteurs publics et privés du pays ont donc décidé de faire évoluer les mentalités en organisant des excursions et des conférences de presse, afin de communiquer au plus grand nombre les efforts faits à Maurice pour défendre la biodiversité.

Ce que nous retenons de ces circuits et des témoignages, c?est que l?espèce vivante la plus destructrice sur terre est l?être humain. Ce parasite vorace et envahissant suce jusqu?à la moelle les ressources de la planète en se disant, pour se donner bonne conscience, que ce dont il use et abuse est un cadeau que la nature lui a donné.

Prétentieux et boulimique, ce mammifère se trouve au sommet de la chaîne alimentaire. Son cerveau « intelligent » lui confère une supériorité sur les diverses espèces vivantes de sa planète. L?équilibre que Mère Nature a pris quelques milliards d?années à atteindre, risque donc de s?écrouler en quelques siècles sous le poids de son enfant gâté et ventripotent.

<B>Une prise de conscience générale est nécessaire</B>

Mais qu?on se rassure : si pour certains il faut qu?une catastrophe naturelle, ou pire, qu?une calamité financière s?abatte sur eux pour ouvrir les yeux, d?autres se sont déjà rendu compte du danger. Ces hommes et ces femmes contribuent autant à la sauvegarde de la biodiversité de leur jardin, de leur ville ou de leur pays.

Un monde propre et sain où les sociétés vivent en harmonie avec une nature belle et luxuriante est aussi un monde prospère. L?île Maurice, ce petit paradis de l?océan Indien, où la diversité des communautés, des végétaux et des animaux est un fonds de commerce, commence à réagir.

Pour que l?image édénique du pays ne soit pas de la publicité mensongère et que le gagne-pain des Mauriciens ne soit pas englouti en quelques années, une prise de conscience générale est nécessaire.

L?écologie n?est pas une secte d?activistes babas cool, comme le prouvent les témoignages suivants. Ceux qui travaillent dans le secteur de la conservation de la biodiversité sont des gens comme vous et moi qui gagnent leur vie en participant à leur façon à la défense de la nature.

<B>Mario Allet, l?ange gardien de la nature</B>

« Je suis payé pour faire mon passe-temps ! », plaisante Mario Allet. Park Ranger au Black River Gorges National Park, Mario a toujours travaillé dans la nature, car avant, il était forestier. Mais ce n?est pas un travail de tout repos, concède-t-il. Qu?il pleuve ou qu?il vente, Mario arpente de long en large la forêt de Pétrin ou les îlots protégés de Maurice. Il n?est pas là que pour retrouver les randonneurs égarés, même si cela arrive plus souvent qu?on ne le croit. Mario a aussi un rôle éducatif, car qui mieux que les Park Rangers connaissent les parcs nationaux et les bois dans tous leurs recoins ? Le nom des plantes, les petites bêtes, les sentiers cachés, Dame Nature n?a plus de secret pour lui.

Mario renseigne bien sûr les visiteurs et fait de son mieux pour leur faire prendre conscience de la valeur inestimable de l?environnement. Il fait aussi respecter la loi, car il est là pour protéger une nature trop souvent fragilisée. Il y a des endroits qui sont, par exemple, interdits au public et les Park Rangers ont le devoir de sanctionner les contrevenants.

Son métier comprend aussi la conservation des plantes et des animaux sur tous les terrains. En effet, avec les nouvelles lois, Mario devra veiller à la protection des espèces vivantes menacées sur les terres publiques et privées.

Par ailleurs, Mario doit aussi rechercher les terrains propices pour que la conservation soit efficace. Lorsqu?il les trouve, il doit lui-même délimiter la zone. L?endroit est clôturé et les plantes exotiques, comme la goyave de Chine, sont enlevées pour ne pas envahir la végétation indigène. Les Park Rangers, comme Mario, sont donc au premier plan de la protection et de la conservation de la biodiversité.

<B>Jacqueline Sauzier, comme un poisson dans l?eau à la MMCS</B>

La conservation de la nature se conjugue également à la vie sous-marine et à toutes ses richesses. Pour Jacqueline Sauzier, cela revêt toute son importance. Présidente de la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS) depuis 2006, elle veut faire de l?espace marin un lieu protégé, où la nature reprend son droit, et où les activités de l?homme ne viennent pas nuire à la biodiversité sous-marine.

Le combat de Jacqueline dans ce domaine ne date pas d?hier.

En fait, l?amour pour la vie sous-marine l?a poussée à poursuivre des études en biologie marine, en France. Son diplôme en poche, elle revient ensuite au pays. Et la MMCS lui donne la chance de faire ses preuves en mettant ses connaissances et ses compétences à la disposition de l?association. Une histoire qui ne devait durer que neuf mois? Mais qui, finalement, se transforme en véritable histoire d?amour. Aujourd?hui, Jacqueline Sauzier jongle entre ses activités bénévoles au sein de la MMCS et son poste de manager au Mauritius Deer Farming.

Et cet amour qui la lie à la MMCS, et de ce fait à la flore sous-marine et à ses chers dauphins, n?est pas prêt de prendre fin.

« Quand je suis revenue de mes études, la MMCS m?a permis de faire mes preuves et je leur serai toujours redevable. Et puis, il y a cette passion, cet amour qui me lie à cette association et à ses causes. » Elle y travaille même de chez elle.

C?est sans relâche que Jacqueline ?uvre pour cet espace qu?elle aime et qu?elle veut protéger.

Et pour l?aider dans ce combat, toute une campagne d?éducation et de sensibilisation à la protection de la faune et la flore sous-marine a été mise en place. La vulgarisation d?informations et des lois entourant l?espace marin étant une étape primordiale dans ce combat. La MMCS est également allée de l?avant pour régulariser la pêche, le dolphin watching, la création de récifs artificiels, entre autres. Bref, toute une palette d?activités dans le souci de maintenir une stabilité et de prévenir un abus des ressources marines.

Un travail de longue haleine pour Jacqueline Sauzier et toute son équipe, mais gratifiant également vu les résultats positifs de leurs actions. Même s?il reste encore beaucoup à faire?

<B>Manikshand Puttoo, l?engagement incarné</B>

Manikshand Puttoo est un scientifique qui a mis ses connaissances au service du ministère de l?Agro-industrie et de la Pêche. Il occupe actuellement le poste de directeur par intérim au National Parks and Conservation Services et sa mission est de réduire effectivement la perte de notre biodiversité. Ce département doit tenir les engagements nationaux et internationaux et pour ce faire, les marécages côtiers, les rivières et réservoirs ainsi que les forets qui se trouvent dans les domaines privés, sont sous haute surveillance.

Manikshand Puttoo et ses collègues, en collaboration avec la Mauritius Wildlife Foundation, ont réussi à préserver trois espèces d?oiseaux uniques au monde : le pigeon des mares, la cateau verte et la kestrel. L?aide du MSIRI leur a permis de bâtir le Mauritius Herborium pour étudier davantage la biologie végétale. La conservation de la biodiversité est un travail qui doit réunir autant d?acteurs que possible et le secteur public s?associe donc au secteur privé.

La restauration des îlots dans le Nord est aussi nécessaire pour réparer les ravages de l?homme et des animaux exotiques. Ces petits bouts de terre comme l?île-Ronde, ont une valeur universelle, car la biodiversité y est unique. Les plantes, les reptiles et les oiseaux présents sont menacés et comme ils n?existent qu?à Maurice, les travaux de conservation n?en sont que plus importants.

Grâce au National Parks and Conservation Services et à Manikshand Puttoo, une banque de graines a enfin pu s?ouvrir pour conserver les plantes menacées d?extinction. L?étroite collaboration avec le Kew Garden, en Angleterre, sous la bannière du programme Darwin Initiative Project, est un premier pas pour transférer des plantes rares en laboratoires à la nature. L?action a déjà commencé puisqu?une centaine de reptiles ont déjà été déplacés des îles du Nord à l?île-aux-Aigrettes, gérée par la Mauritian Wildlife Foundation.

<B>Ashvin Mooneeram, entre création et restauration</B>

Ashvin Mooneeram est un architecte paysagiste. Comme un architecte du bâtiment, il crée des espaces, mais ceux-là sont extérieurs.

C?est pour cette raison que le ministère de l?Agro-industrie et de la Pêche a fait appel à lui pour siéger sur le Trust Board du Sir Seewoosagur Ramgoolam Botanical Garden. Son but est non seulement de restaurer et de préserver ce qui existe, mais aussi de revoir et améliorer l?ensemble de notre fameux Jardin national.

À noter qu?en 1999, le ministère de l?Agriculture a créé le Trust Board pour mener à bien un grand projet. L?objectif est de mettre en avant la biodiversité de la nature mauricienne. Mais la conservation n?est pas l?unique but. Le jardin doit rester ce lieu de divertissement pour tous les Mauriciens, ainsi qu?un témoignage de notre histoire et de notre culture. L?éducation est donc mise en avant et les étudiants en horticulture, les étrangers et les Mauriciens viennent s?instruire dans ce site historique de 37 hectares abritant plus de 500 espèces de plantes endémiques et exotiques.

Ashvin Mooneeram a participé à cette entreprise de grande envergure. Mais outre son métier de créateur et de designer d?extérieur, c?est le travail d?équipe, l?échange de connaissances avec les ingénieurs, les architectes, les paysagistes ou les biologistes qui le fascinent.

Par ailleurs, même les particuliers et autres membres du Trust contribuent à la biodiversité du jardin en faisant des donations de plantes rares et endémiques, par exemple, Vivah Ganoo. Le Kew Garden, en Angleterre, participe aussi à l?enrichissement de notre jardin botanique grâce aux informations ou aux plantes échangées.

En outre, en tant qu?architecte paysagiste, Ashvin Mooneeram doit aussi protéger les espèces endémiques et indigènes en prenant garde à ne pas les exposer au pollen des autres plantes, car il pourrait affecter l?individualité des végétaux.

Un de ses prochains ouvrages, c?est la création d?un Native Wood Land, en collaboration avec Owen Griffiths, membre du Trust et directeur du Vanilla Crocodile Park, et d?autres experts.

<B>Émilie Wiéhé, la sauvegarde par l?éducation</B>

Émilie Wiéhé, n?a que 24 ans, et déjà son engagement pour la conservation de la biodiversité sous-marine est admirable. Membre active du Reef Conservation Mauritius (RCM) depuis 2005, c?est pendant ses années universitaires au Wheaton College du Massachusetts, aux États-Unis, qu?elle prend conscience de la dégradation que subit son île natale.

Les problèmes globaux et le développement durable sont les principaux sujets de ses études et c?est ainsi que lors d?un stage à l?United Nation Development Program (UNDP) elle rencontre des membres du RCM.

Son diplôme en poche en 2004, Emilie s?engage auprès de l?ONG et sa collègue, Jenifer Ah-King, lance un projet éducationnel dans notre pays. L?UNDP et le Global Environmental Facility Small Grant Program financent un projet pilote et un centre à Péreybère. Le programme a aussi pour vocation d?intégrer une culture marine dansle cursus scolaire, et d?informer les gens.

Émilie et deux autres collègues du RCM, Jenifer Ah-King et Corine Gopaul, ont encouragé le ministère de l?Éducation à intégrer les sciences marines dans l?éducation des jeunes, et le RCM travaille actuellement avec les Curriculum Developpers du National Council for Curriculum Research and Development et le MIE. Dix écoles du Nord bénéficient de workshops et de sorties en mer pour comprendre comment sauvegarder la biodiversité sous-marine. De plus, des cours sont dispensés dans six écoles de Port-Louis et de la région du Nord, avec le soutien du Rotary Club de Port-Louis, et des « coins environnement » incitent les jeunes à prendre soin de la nature et des plantes dans leurs collèges.

Dans les prochains mois, le centre de Péreybère sera ouvert sept jours sur sept grâce au soutien de la Beach Authority pour que tous puissent prendre conscience des enjeux environnementaux. Pour contacter le RCM, faites le 263.18.10 ou faites un tour sur le site Internet www.reef-mauritius.mu.

<B>Harène Françoise, suivez le guide</B>

À 26 ans à peine, Harène Françoise est animée par une passion. Tous les jours, depuis maintenant cinq ans, elle se rend sur l?île-aux-Aigrettes et fait découvrir ce petit coide paradis aux visiteurs. En tant que responsable-guide, elle a le devoir et le désir de faire découvrir au monde, la beauté et la richesse de cette île. Animaux et plantes endémiques menacés de disparition y ont trouvé un sanctuaire grâce au travail sans relâche de la Mauritian Wildlife Foundation. Et en y faisant un tour, on se rend compte pourquoi Harène est tombée sous le charme de ce bout de terre gorgée de trésors inestimables. Le lézard de Telfair, le pigeon des mares, la tortue géante d?Aldabra y habitent, sans oublier les arbres uniques de Maurice. Ces 26 hectares de terre inspirent le respect et l?admiration. En 2004, l?île-aux-Aigrettes a même reçu le premier prix aux États-Unis de la meilleure éco-destination.

Mais ce métier n?était pas le premier choix d?Harène. Elle était agent de sécurité dans une usine située en face de l?île. Et sans savoir pourquoi, la jeune femme se sentait attirée par cette île. Dès qu?elle avait un moment de libre, Harène ne pouvait s?empêcher de la contempler. Elle a finalement suivi une formation pour devenir guide. Aujourd?hui, elle maîtrise parfaitement les ficelles du métier.

De plus, elle connaît chaque coin et recoin de cet endroit. De mémoire, Harène vous fait visiter l?île en passant par le musée, le point de mire, les différentes variétés de plantes à des endroits spécifiques, sans oublier les vues magnifiques visibles à divers points de l?île et sa petite boutique de souvenirs.

L?île-aux-Aigrettes est un endroit unique qui mérite que l?on y fasse un détour. Pas seulement pour sa faune et sa flore inestimables, mais également pour aider à la conservation des espèces endémiques en voie de disparition.

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