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Ces métiers à hauts risques

2 octobre 2005, 00:00

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Question à dix points. Quel est le métier où vous risquez de récolter des gifles et des insultes ? Mieux encore, quel est l?emploi où les rixes et les agressions à l?arme blanche sont monnaie courante ? Si vous pensez qu?il s?agit d?une blague, sachez que cela n?amuse ni les infirmiers, ni les contrôleurs d?autobus et encore moins les gardiens de prison.

Ces travailleurs doivent composer de plus en plus avec l?agressivité de ceux qu?ils côtoient au quotidien. Les infirmiers disent en voir de toutes les couleurs. Il y a à peine trois semaines, deux blouses blanches se sont fait copieusement insulter à la salle des urgences de l?hôpital Jeetoo. « C?est la norme maintenant », commente un infirmier désabusé. Mais au fond, il s?inquiète du manque d?intérêt pour le métier en raison des risques qu?il comporte. « Qui voudrait travailler dans de telles conditions ? »

À la Nursing Association (NA), on a longuement réfléchi sur les raisons de toute cette violence mal contenue. Les conclusions sont intéressantes. Les patients deviennent hargneux lorsqu?ils ne sont pas bien informés, s?en prennent alors à la première blouse blanche venue? « Ils ignorent que le département des urgences existe pour les urgences? Ils s?attendent à ce que l?on s?occupe d?eux immédiatement, alors que les médecins peuvent être occupés par un cas plus grave. »

Mais la moutarde monte au nez des patients lorsqu?ils n?ont pas accès à l?information sur leur état de santé. Ici, la NA dénonce le peu de considération de certains médecins pour leur patient. « Il revient toujours consulter pour le même problème, on ne lui dit pas de quoi il souffre. Il est laissé dans le noir. » D?autres patients s?attendent au même type de traitement qu?en clinique privée. Mais avec 700 à 1 000 patients par jour aux urgences, il est difficile de les satisfaire tous. Certains exigent même une radiographie quand ce n?est pas indiqué?

Ce que les infirmiers redoutent le plus, ce sont les proches qui accompagnent les patients. « À les voir arriver en chancelant, grommelant de gros mots et puant d?alcool, on sait tout de suite qu?on va passer un mauvais quart d?heure », commente un infirmier de l?hôpital Victoria, rompu à l?identification des fauteurs de trouble.

Un projet pilote qui porte ses fruits

Mais la situation n?est pas désespérée. Le nombre d?agressions peut diminuer si l?accueil est amélioré. C?est ce que l?on constate à l?hôpital Nehru et à celui de Victoria à Candos, où un Customer Care Officer est employé pour mieux guider les patients. « Il s?agit d?un projet pilote qui est en train de porter ses fruits », estime Govindass Nathoo, le secrétaire de la NA. « Les patients obtiennent les informations qu?ils cherchent et on constate qu?ils sont satisfaits. » Ils seraient encore plus heureux si les infrastructures sont améliorées et si la file d?attente était réduite.

Les contrôleurs d?autobus aussi sont amers. Le risque d?agression a sensiblement augmenté depuis que les étudiants voyagent gratis. « Cette semaine, nous avons porté plainte contre quatre étudiants à Beau-Bassin et quatre autres à Baie-du-Tombeau », révèle Wahkil Lalloo, conseiller technique et négociateur de l?Union of Bus Industry Workers. Dans bien des cas, des élèves refusent de présenter leurs cartes d?étudiants. Parfois, ils voyagent bien après 10 heures, sans uniformes, et prétendent aller au collège alors que tel n?est pas le cas. Lorsque les contrôleurs exigent d?être payés, ils sont insultés et battus.

Avec ses 23 ans de métier, Wahkil Lalloo connaît toutes les man?uvres employées pour détrousser les contrôleurs. Il y a le passager qui, de son portable, appelle ses complices. Ces derniers montent dans le bus et attendent le bon moment pour attaquer.

Wahkil Lalloo se souvient d?une agression particulièrement sanglante qui s?est produite récemment. Pendant que le contrôleur de 23 ans rend la monnaie à un passager au fond du bus, celui-ci le larde d?un coup de couteau à l?abdomen et le dépouille de sa recette. Une enquête interne a démontré que l?agresseur n?en était pas à son premier méfait. Le contrôleur a dû être opéré et, après son rétablissement, il a changé de métier?

Un autre se fait taillader le cou en plein jour par un voyageur qui n?a pas apprécié le trajet. Mais les week-ends et les jours précédents les congés publics sont les plus redoutés. « Vous n?imaginez pas la faune qui voyage par bus aux petites heures du matin ou tard dans la soirée. » Pour les contrôleurs, cette situation n?a que trop duré. Les syndicalistes réclament la nationalisation du transport et une police spécialisée au transport. En attendant, la consigne dans certaines compagnies d?autobus est de sauver sa peau d?abord.

Les gardes de prison ne sont pas en reste. Ils font, pour beaucoup, l?un des métiers les plus ingrats qui soient. Bagarres et des affrontements avec les prisonniers sont leur quotidien. « Ceux-ci se fichent de la discipline. Chaque jour apporte son lot de rixes et de tentatives d?évasion », raconte un garde-chiourme. Les gardiens sont bien démunis face à des individus qui n?ont rien à perdre. Le risque de contracter le sida existe aussi. Les détenus séropositifs l?utilisent comme arme pour obtenir ce qu?ils veulent. La dernière agression date d?une semaine, à Beau-Bassin. Un des détenus a blessé un gardien avec une tige pointue en cuivre appelé « pic démon ».

Pour ceux qui ont à c?ur la défense des travailleurs, ces métiers méritent d?être réévalues et sécurisés. Et le salaire être à la hauteur des risques encourus?

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