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Ces lauréates qui critiquent la réforme Gokhool
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Ces lauréates qui critiquent la réforme Gokhool
Première critique contre la réforme Gokhool : comment peut-on choisir une élite à 10-11 ans ? « J?ai deux enfants, âgés de cinq et de trois ans. Je crains pour leur avenir avec le retour à un bourrage de crâne et à une compétition exacerbée » : propos lapidaires de Naseem Lallmahomed-Aumeerally, 37 ans, lauréate côté Arts du QEC à la fin des années 80.
Ces commentaires font écho à ceux de Mooznah Auleear-Owodally, lauréate côté Arts du LCQB en 1991, et d?Angélique Coquet-Desvaux de Marigny, lauréate côté Arts du LCQB en 1993. Toutes trois, mères d?enfants âgés de huit mois à huit ans, disent craindre un retour à l?avant-Obeegadoo. Et quelle élite ? se demandent-elles. « Fait-on partie d?une élite si l?on n?est habile que pour régurgiter des rédactions apprises par c?ur ? », s?interroge l?universitaire Lallmahomed-Aumeerally.
« Un système qui va bousiller l?enfant »
Et toutes trois de citer des amies de classe « très moyennes » durant leurs premières années de collège et aujourd?hui « professionnelles reconnues » dans leur domaine. Y a-t-il une place pour ces late developers se demandent-elles. Avant de citer une lauréate ayant eu un Grade II en Form V.
Deuxième critique : la « non-démocratisation de notre système éducatif ». « On devrait plutôt parler de contre-réforme », affirment-elles, fustigeant le retour à deux catégories d?élèves : l?élite et les laissés-pour-compte. L?éducation, avancent-elles, doit être un moteur d?ingénierie sociale et permettre la mobilité sociale. D?où l?importance d?un accès démocratique à une éducation de qualité.
Toutes avancent que la réforme Obeegadoo « était loin d?être parfaite », mais qu?elle avait un grand mérite : l?élimination du stress lié au ranking.
« Les mesures Obeegadoo ne sont en cours que depuis trois ans. Aucun audit sérieux de ses lacunes n?a été entrepris. » Et toutes de citer des mesures concrètes à prendre pour permettre au système légué par Steven Obeegadoo de faire le saut qualitatif : réforme du programme d?études, formation continue des enseignants, amélioration des infrastructures offertes dans les établissements, réduction du nombre d?élèves par classe, enseignement dans la langue maternelle?
« C?est une mesure discriminatoire qui vient instaurer un système à deux vitesses. Quelle est la pertinence pédagogique de cette décision ? » Un « État qui se dit démocratique » ne peut cautionner une « ségrégation » qui choie une élite et rejette à la poubelle les élèves de deuxième grade. Et de fustiger un « système qui va bousiller l?enfant », où ne vont compter que les 630 premiers garçons et 630 premières filles.
Le peu de culture générale de leurs étudiants
Troisième critique : la qualité de l?enseignement dispensé. Les trois mères de famille montrent du doigt un système où ne sont mises en valeur que les capacités de mémorisation.
« Comment se fait-il que la majorité des étudiants du campus du Réduit n?arrivent pas à proposer une réflexion articulée ? », se demande Mooznah Auleear-Owodally.
Les deux chargées de cours déplorent le peu de culture générale de leurs étudiants, qui ont souvent obtenu d?excellents résultats en HSC. « Ils sont le fruit d?un système où l?élève n?apprend que ce qui est dans son programme d?études », affirment-elles.
L?avocate Nathalie Coquet se souvient de ses condisciples en Grande-Bretagne et en France : les titulaires de A Levels et du baccalauréat français possèdent tous un « bagage culturel important » et plus étoffé que celui du Mauricien. « De plus, ils apprennent à réfléchir alors que nous nous sommes experts, mais que dans nos trois matières principales. »
N?est-ce pas facile aujourd?hui qu?elles ont « réussi » de venir vilipender le système compétitif qui leur a permis de « briller » ? « À l?étranger, le fait d?être sortie première à Maurice ne veut rien dire ! », lance Angélique Coquet. Tous les étudiants sont traités de la même manière et ont à faire leurs preuves. « Les résultats des A Levels ne veulent rien dire : c?est ce que vous prouverez à l?université qui compte. »
L?université, c?est également le lieu où l?on apprend à travailler en groupe et à faire des travaux et/ou de la recherche au bénéfice d?un groupe. Ce qui contraste avec la HSC, où la compétition peut parfois être malsaine.
« Je l?ai parfois connue au QEC : certaines refusaient de passer leurs notes de peur que l?autre puisse en bénéficier », se souvient Naseem Lallmahomed-Aumeerally. « La compétition était très mild au LCQB et le but était de faire de son mieux. La bourse était la cerise sur le gâteau », avance Angélique Coquet-Desvaux.
L?accès à des études supérieures
Ne peut-on pas les accuser d?avoir été des bénéficiaires du système et, par égoïsme, de ne pas vouloir que d?au-tres puissent accéder à une certaine élite ? Franc éclat de rire de nos invitées. « C?est parce que nous avons bénéficié de ce système que nous pensons qu?il broie trop de nos enfants », s?exclame Mooznah Auleear. « Nous avons un gouvernement qui veut démocratiser notre société et la rendre plus juste. En quoi cette mesure donne-t-elle la chance à tous de faire leur bout de chemin dans le système éducatif ? »
« Être lauréate, cela confère une aura et, à Maurice, à notre retour, cela fait bien sûr un CV », déclare Angélique Coquet, dans un grand éclat de rire. Et cela permet l?accès à des études supérieures que l?on n?aurait probablement pas accomplies sans cette bourse.
« Mais pas question que mes enfants ne puissent vivre pleinement leur enfance à cause d?une rat race pour être parmi les 1 260 élus », conclut Angélique Coquet.
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