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Ces centres sociaux à la dérive

24 juillet 2005, 00:00

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C?est un jardin d?enfants fantôme, où les jeux proposés rebutent plus qu?ils n?amusent. Plantés dans un décor lunaire, les balançoires et le toboggan tombent en ruine. Les couleurs s?estompent au fil des intempéries, très vite remplacées par une vilaine couche de rouille.

« Il faut être fou pour laisser les enfants s?amuser ici », se désole un habitant de Laventure. Ici, on en a gros sur le c?ur parce que le centre social ne joue plus son rôle. « Nous avons eu le terrain et quelques équipements. Mais voilà, le travail a été fait à moitié. Pa pran okenn kont isi », fulmine Navin Jankee, 28 ans.

Les quelques âmes de ce petit village perdu du Nord-Est, sont avides de loisirs. Comme Ramesh Beejadhur, 26 ans. Il gagne sa vie en transportant des marchandises et, comme tous les jeunes de son âge, il aime les rencontres entre amis. Mais c?est le sport qui le fait surtout vibrer. « Je ne me souviens plus de la dernière fois où le centre social a organisé un tournoi sportif. À chaque fois c?est la même rengaine : il n?y a pas d?argent ! »

Lorsque la nuit tombe, pas moyen de disputer un match de volley-ball sur le terrain qui jouxte le centre. Il est privé de lumière depuis le passage d?un cyclone. Pas moyen non plus de s?éclater à la pétanque, un jeu qui, curieusement, n?est plus réservé aux papys. « Un boulodrome, cela ne prend pourtant pas beaucoup de place, et cela ne coûte pas grand-chose, mis à part le jeu de boules qui peut coûter environ Rs 1 000. »

Bref, ils n?ont pas d?autre choix que de se contenter de ce qu?ils ont, c?est-à-dire de quelques jeux de sociétés et d?une table de ping-pong, dont les raquettes n?ont même plus de manche.

Les livres se languissent

Les soirées télé ? Pas la peine d?y penser ! L?abonnement aux chaînes satellitaires a été suspendu depuis des lustres. Pour quelle raison, nul ne le sait. Le gardien s?efforce de fournir une explication : « On voulait changer d?abonnement. » En attendant, les habitués doivent se contenter de la télévision nationale? Quant aux ordinateurs, ils n?en ont jamais touché le clavier et les livres de la bibliothèque se languissent et jaunissent, à force de ne pas être feuilletés.

Même récriminations au centre social de Lallmatie. Outre le manque d?espace, Kevin critique l?absence de dynamisme de ceux qui gèrent le centre. « Ils sont léthargiques et ne se soucient guère de nos aspirations. Enn douzenn dimounn zer sa sant la. Politisien ki vini mett zot dimounn et nou ki penalize finalman », martèle-t-il. Pour lui, les activités devraient répondre aux attentes des habitants du village. « Les jeunes veulent pouvoir faire de la musculation, et pourquoi pas, apprendre à jouer de la musique. Il y a bien des dholoks et des jhaals, mais on ne nous a jamais donné l?occasion d?en jouer. »

Les seuls loisirs proposés, confie-t-il, se limitent aux jeux de société, notamment les incontournables dominos et carrom. « Les boards de carrom datent d?avant ma naissance? », lance-t-il avec un sourire mi-figue mi-raisin, tout en jetant un regard sur la cour transformée en chantier à cause des travaux d?agrandissement.

Le jeune homme rappelle que le centre est fermé le dimanche. « Alors que c?est le jour où presque personne ne travaille et où on manque vraiment d?activités. » Quant au jardin d?enfants, dit-il avec lassitude, on devrait y placarder la mention « Zone dangereuse » !

Le taux de cholestérol chez les aînés de Brisée-Verdière devrait être en chute libre si l?on en croit la responsable du Day Care centre for Elderly persons. En effet, dans la salle, on trouve plusieurs appareils pour garder la forme, sauf qu?on a l?étrange impression qu?ils n?ont presque jamais servi. Si ce n?est pas du gaspillage des deniers publics, cela y ressemble curieusement.

Mais il faut souligner les efforts consentis pour offrir des activités qui répondent plus aux besoins des adhérents. Ainsi, le centre a innové en offrant des cours en décoration intérieure. « Il y a aussi des programmes d?échanges entre les générations. Récemment, les membres du club de troisième âge ont donné un cours de cuisine traditionnel. Les jeunes femmes ont apprécié », s?enthousiasme le Social Welfare Officer, Aazmi Bahadoor.

C?est bien la seule bonne note?

SHEILA BAPPOO, MINISTRE DE LA SÉCURITÉ SOCIALE

« J?ai demandé une enquête? »

Vous proposez de revoir le fonctionnement les centres sociaux. Quel est votre constat de la situation ?

Je suis plus ou moins satisfaite, mais je trouve que le mode de gestion est déplorable. C?est un comité composé d?agents politiques de l?ancien régime qui s?en charge. De nouveaux comités seront bientôt mis en place.

Quelle sera votre priorité ?

Ma priorité sera de redynamiser ce comité en faisant appel aux représentants des forces vives et des ONG de la localité. J?ai aussi demandé une enquête sur les centres communautaires, car j?ai appris qu?une série de recrutements illégaux a été effectuée et des critères d?embauche n?ont pas été respectés. J?en ai déjà informé le Conseil des ministres, et il a été décidé de mettre fin à 139 emplois temporaires.

Ces centres sociaux ont toujours un rôle à jouer ?

Je suis certaine qu?ils ont un rôle à jouer dans le développement communautaire. Je suis d?accord pour travailler en partenariat avec la société civile qui, j?en suis sûre, s?engagera dans des projets ayant trait à l?intérêt de tous.

À quoi peuvent s?attendre ceux qui fréquentent ces centres ?

Je pense réintroduire le computer scheme initié par feu Gian Nath. J?aurai aussi une attention spéciale pour les aînés. Quant aux jeunes, je pense à des loisirs littéraires et sportifs en collaboration avec le ministère de la Jeunesse.

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