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Cerfs : de la chasseau lieu de partage
«Eta, Philippe bizin toi ici pu koupe. Pas bizin sa gro sab-la. Pran sa kouto ki ek toi-la mem. Vini pas perdi le temps. » Philippe Moo-neesamy est employé dans le département construction de la propriété sucrière de Médine. Mais ce 9 juin, Philippe est aux ordres de Robert de Maroussem qui n?a rien à avoir avec la construction. Ce dernier est responsable de l?organisation de la chasse qui se déroule à Yémen, un domaine appartenant à Médine. Et Philippe Mooneesamy fait partie de ces nombreux employés pour qui la saison de chasse est une véritable aubaine.
Dans leur vie professionnelle, ils sont ouvriers agricoles, maçons, plombiers, mais pendant la saison de la chasse, ils se transforment en chefs des rabatteurs, transporteurs de gibier, rabatteurs, bouchers. Ils le font non seulement pour le plaisir, mais aussi pour le partage qui caractérise la fin de chaque partie de chasse.
Chaque collaborateur reçoit ainsi au moins une part de viande, équivalant à une côte ou à une épaule et pesant entre 3 et 5 kilos. Le gardien en reçoit deux. Le chef d?équipe des rabatteurs, une part ainsi que d?autres parties du cerf, la tête ou les pattes. Les chasseurs reçoivent eux aussi leur part. « Si on organise deux jours de chasse par semaine, je suis gâté », explique Richard Desvaux, qui quitte le lieu avec une côte à la main.
Pour Robert de Maroussem, une journée de chasse est un travail d?équipe. « La participation de ces hommes, du gardien au rabatteur, est indispensable. Quand nous organisons une partie avec une vingtaine de chasseurs, nous faisons appel à nos em-ployés. Lorsqu?il s?agit d?une chasse plus importante, les chefs d?équipe font appel à des gens de l?extérieur. »
<B>À pied d??uvre à six heures du matin</B>
Tout en s?occupant de ses tâches ? réception du gibier, attribution des carcasses vers l?unité d?abattage pour les bouchers de différents points de vente de l?île et celle destinée à Médine ? Robert de Maroussem ne cache pas sa satisfaction. Pour la première fois, l?abattage du gibier se fait dans un lieu de partage moderne construit selon les normes recommandées par le ministère de la Santé et les services vétérinaires du ministère de l?Agriculture.
Il a coûté Rs 1,7 million. « Nous travaillons dans un environnement nettement meilleur que celui qui existait auparavant. C?est un mini-abattoir. Les volets sont protégés par des grilles. Les mouches ne passent pas. Le parquet est nettoyé après chaque opération. »
Une journée de chasse commence très tôt. Ce jeudi-là, les rabatteurs étaient à pied d??uvre dès 6 heures du matin. À 7 heures, ils étaient déjà dans les chasses. À 11 heures, les premiers cerfs ont commencé à arriver. C?est au tour de Robert de Maroussem d?entrer en scène.
Il est 13 h 30. Un tracteur arrive avec un chargement de cerfs tués. C?est le branle-bas de combat. Le service de contrôle détermine l?identité de chaque pièce, son numéro répertorié pour les besoins de la comptabilité. À 13 h 35, à peine déposés sur le sol encore trempé du dernier nettoyage à grande eau, les cerfs sont immédiatement accrochés par quatre hommes à un rail suspendu au plafond. Ils sont ensuite dirigés vers les unités d?abattage.
À l?intérieur, ça s?agite comme dans une fourmilière. Dès qu?un cerf arrive, il est pris en charge. Une structure en forme de triangle est fixée entre ses pattes arrière, pour faciliter la tâche des hommes chargés de l?éviscérer.
Elvy Calou observe cette scène avec une attention particulière. « C?est la première fois que je participe à une journée de chasse. J?apprends les rudiments du métier. C?est intéressant. En plus, je partirai avec de quoi me faire un bon curry. »
Cinq minutes après, d?un geste presque mécanique, le ventre de l?animal est tranché. Ses organes internes pendent dans le vide, puis tombent sur le sol dans un bruit sourd. Trois paires de bras se mettent à séparer les viscères. Ce qui ne servira pas va directement dans un dépotoir. Puis le sol est lavé à grande eau.
En quelques minutes, il ne reste des cerfs que leurs carcasses. Les bouchers des différents points de vente de l?île disparaissent avec leurs chargements.
À 13 h 50, les carcasses de l?unité d?abattage destinée à Médine sont transportées dans un conteneur frigorifié situé à quelques mètres à l?extérieur du lieu de partage. « Les carcasses sont conservées pendant deux jours dans une chambre froide à ? 18°. C?est la meilleure façon de garantir la fraîcheur de la carcasse avant de la découper pour la vente. Je ne fais pas de vente ici. Cela aurait été incontrôlable. Médine a un point de vente sur la propriété dont le responsable est Serge Lamarque », explique Robert de Maroussem.
<B>Pas de temps à perdre</B>
Il est 14 h 15. Serge Lamarque charge un 4x4 de jolis morceaux de côtes, de cuisses et d?épaules. « C?est destiné au point de vente de la propriété. Il est ouvert tous les jours entre de 9 h 30 et 17 heures et le dimanche à partir de 17 heures. »
Serge Lamarque n?a pas de temps à perdre. Il s?engage sur la route cahoteuse qui relie Yémen à la route de la Rivière-Noire. À 14 h 30, il est au point de vente de Médine que tient son collègue, Rudy Loyan.
Vers 15 h 15, ce n?est pas encore la grande foule, mais les clients qui sont déjà là achètent les meilleurs morceaux. « Je veux sept kilos de cuissot », annonce l?un d?entre eux. Le cuissot est l?une des meilleures parties du gibier. Il est vendu à Rs 156 le kilo. Rudy ne quittera son poste qu?à 17 heures. Et sera certainement là, fidèle au poste, dimanche, à partir de 15 heures.
<B>Profession : taxidermiste</B>
La saison de la chasse aux cerfs fait vivre une catégorie particulière d?hommes. Mohammad Ali Dina Bhugeloo en fait partie. Lui, ce n?est pas la viande de cerf qui l?intéresse, ce sont ses bois. Et pour cause, il est taxidermiste ! Il tient fièrement un bois doté de six andouillers qu?un chasseur vient de lui confier. L?un d?eux, en pleine croissance, est encore recouvert de la fine peau duveteuse qui vaut aux bois des cerfs leur qualificatif de velours. « Je vais l?empailler. C?est mon métier. Je le tiens de mon père. Regarde, une des pointes a été abîmée. Je vais réparer tout ça.
Je fais le tour des terrains de chasse. Le chasseur qui souhaite graver son trophée dans le temps, me le confie. »
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