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cendres musicales ou braises ardentes ?

25 juillet 2003, 20:00

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Les années de braise. Signe des temps incertains, les années 70-80 brûlent encore dans la mémoire collective. Ce week-end est placé sous le signe de la chanson engagée. Un collectif d?artistes, mené par les frères Joganah et Zul Ramiah, rendent hommage à Bam Cuttayen. Un an après la mort du «poète chantant,» c?est sa mémoire que l?on ravive.

Trente ans après les faits, certains des acteurs principaux de cette époque, répondent à nos interrogations. Parmi eux, Rama Poonoosamy, ministre des Arts et de la Culture en 1982, chef de file du Grup Kiltirel Morisyen, aujourd?hui directeur de l?agence Immedia. Marcel Poinen, membre fondateur du Grup Kiltirel de l?Institut pour le Développement et le Progrès (IDP), actuellement président du conseil d?administration de la Mauritius Society of Authors (MASA).

Ram Joganah, fer de lance du collectif qui rend hommage à Bam Cuttayen ce weekend. Menwar, membre éphémère du mythique Soley Ruz qui mène aujourd?hui une carrière en solo.

La chanson engagée ou «protest song» comme l?appelle Rama Poonoosamy est d?abord affaire de contexte. Une mouvance qui déborde du cadre de la poussée de fièvre post-indépendantiste. Luttes syndicales, grèves de la faim. 60-0 sans appel en 1982. La rue gronde. Les artistes se sentent interpellés. Les sensibilités sont exacerbées. Les plumes croquent sur le vif les aspirations de tout un peuple. Pour écrire l?histoire d?une nation à coups de slogans. Mots criés sur des podiums pavoisés de couleurs politiques. Mots chantés au rythme de l?engagement.

A époque malaisée, culture renforcée ? «Nou pas ti ena plate-forme pou exprime nou mécontentement, alors nous finn servi bann santé. Sa l?époque-là, bann dictature, bann corruption ki ti apé déroule divan nou lizié, ti pé fatigue nou la tête,» se souvient Fanfan. Vers 1966-1967, il est avec

Sarojini Seeneevassen, Siven Chinien, Odile Chevreau entre autres, membre fondateur du Grup Kiltirel Morisyen. A 73 ans, le conteur de Beau-Vallon est toujours en activité. L?auteur de 400 Kanon n?a rien perdu de la flamme contestataire qui l?anime. Il est la preuve vivante que la chanson engagée bouge encore. L?une de ses chansons les plus populaires n?est-elle pas d?ailleurs, celle où il déclare : «Alala ki zoli zoli, mo lil Moris ki zoli zoli.»

«La chanson engagée a toujours existé à Maurice,» soutient Rama Poonoosamy. «C?est une chanson qui proclame, une chanson qui revendique. C?est surtout dans les années 70 et 80 que l?on voit l?émergence des Grup Kiltirel : Soley Ruz, Raisin Vert avec Gaëtan Abel, l?IDP. Des artistes de tout bord choisissent de porter les espoirs de tout un peuple.»

Pour lui aussi, si les années ont passé, si les modes ont changé, la chanson engagée est toujours vivace. «Le seggae, le ragga sont des formes de contestation de l?ordre établi. N?oublions pas que le terme «chanson engagée» contient aussi une forte charge de nouveauté. C?est prendre l?engagement de faire une musique nouvelle. De la fusion. De trouver un beat neuf.» Une description qui s?applique, selon Rama Poonoosamy à un groupe aussi populaire que Cassiya. «Ils ont touché le public mauricien puis celui de l?océan Indien grâce à leur conscience sociale. En racontant une réalité à laquelle le plus grand nombre peut s?identifier.»

Quête d?authenticité ? Menwar, chantre du sagaï, style qui n?appartient qu?à lui, nous en parle. «J?ai intégré Soley Ruz en 1973. Je n?y suis resté que huit mois. Ce sont ses membres qui m?ont approché. Ils véhiculaient une idéologie. C?est avec eux que j?ai appris ce que voulait dire le concept «prolétaire.» En côtoyant Bam Cuttayen, les frères Joganah, Micheline Virahsawmy, Rosemay Nelson, j?ai appris à décortiquer la société. C?est la chose la plus importante que j?ai apprise avec Soley Ruz : porter un regard critique sur le monde qui m?entoure.»

Une approche que Menwar applique toujours. «Ce qu?il reste des années de braise ? Répression encore éna. Pas tou l?opinion ki capav circulé librement. Je suis engagé 24 heures sur 24 dans la musique. Mais où sont passés ceux qui voulaient faire la révolution ? On a toujours marqué l?opposition entre chanson engagée et chanson commerciale, parce que l?une racontait la misère et dénonçait certaines politiques, et que l?autre faisait bouger. Pour moi cette distinction n?a jamais existé. C?est pour cela que j?ai très vite quitté Soley Ruz, parce que pour le groupe, engagement rimait avec propagande politique. C?est grâce aux chanteurs que l?on se faisait élire.»

Personnage atypique qui refuse d?être catégorisé, Menwar est un déçu de l?espoir né de la déferlante contradictoire portée par la chanson engagée. «Dépi longtemps mone trouvé couma politicien fonctionné. Posez-vous la question. Qui ont créé les défavorisés, les zones défavorisées ? Ce sont les politiciens. Pour moi, le mot ?défavorisé? signifie ceux qui n?ont pas les faveurs des politiciens. La chanson engagée c?est un rêve brisé. Où sont les chanteurs engagés ? Le groupe Latanier, moi-même, nous sommes relégués aux oubliettes. Ce n?est pas à nous que l?on pense en premier pour animer une fête populaire.» Avis partagé par Fanfan, victime de la censure dans les années 70. «Trop boucou la vérité dans nou santé alors zot bloque li.»

C?est justement pour former le plus grand nombre qu?avait été mis sur pied l?IDP en 1970. Placé sous l?égide du Diocèse de Port-Louis, cet institut dirigé par Jean-Noël Adolphe et Mgr Amédée Nagapen avait pour mission d?être une «université populaire dispensant des cours sur le syndicalisme, l?histoire de Maurice, le leadership et l?animation.» Pour fêter les 10 ans de l?IDP, en 1979, certains de ses membres dont Marcel Poinen, Gaëtan Abel, Zul Ramiah et Gina Poonoosamy, forment le Grup Kiltirel IDP. En faisant la tournée de l?île, l?IDP forgera, entre autres, le succès de Galé galé, texte de Marcel Poinen popularisé par la voix de Gaëtan Abel. IDP se dispersa vers 1984.

«Notre forme d?engagement était apolitique.»

Au même titre que Fanfan, il semble presque superflu de demander à Marcel Poinen s?il est toujours engagé en faveur de la chanson. Président du conseil d?administration de la MASA depuis l?an dernier, c?est un regard optimiste qu?il jette sur le secteur. «La musique est en pleine mutation. Les artistes prennent le risque de dire tout haut ce qu?ils pensent. L?engagement a toujours du sens.» Un sentiment résumé par Ram Joganah du Grup Lataniers. «Pou sak flambeau ki teigne ena mille ki alimé.»

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