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Cendres de charbon : dossier brûlant

3 juillet 2013, 13:21

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Cendres de charbon : dossier brûlant

Les centrales thermiques génèrent des quantités impressionnantes de «carbocendres». Celles-ci sont en général épandues dans les champs de canne ou enfouies dans le sol. L’heure est venue de trouver une solution plus durable à ce problème.

 

Une colline de cendres de charbon à même le sol. Qui plus est, à ciel ouvert… À quelques encablures, une mer d’azur brille sous le soleil hivernal… Voilà ce qu’on peut constater à Saint-Aubin, à côté de la Centrale thermique du Sud (CTDS). Si cette scène peut paraître inquiétante, notamment en raison des substances nocives que contiennent les «carbocendres», elle est parfaitement légale. En effet, malgré les nombreux commentaires émis par des politiciens à ce sujet, la réglementation environnementale actuelle permet le «backfi lling» de scories de fours et de cendres volantes générées par les Independent Power Producers (IPP). Ce qui prend à contre pied les recommandations émises par le Technical Advisory Committee on Coal Ash Management du ministère de l’Environnement en 2009, qui précisent que l’enfouissement et l’épandage des «carbocendres» sur les terrains agricoles devraient être contrôlés.

 

Les habitants de la région ont d’ailleurs manifesté leur inquiétude concernant le site d’enfouissement, notamment par le biais d’un article de presse paru dans l’express-Région en mai de cette année. Mais comme l’avait alors souligné le Chief Sustainability Offi cer d’Omnicane, Rajiv Ramlogun, dans le même article, cette pratique est conforme à «la réglementation en vigueur» et se fait «sous la supervision du ministère de l’Environnement».

 

Interrogé par Osmose, ce dernier explique que CTDS, contrairement aux d’autres IPP qui favorisent l’épandage de «carbocendres» dans les champs, a opté pour une forme de comblement pour favoriser la mécanisation. Le modus operandi est relativement simple : les cendres sont entreposées dans un bas-fond avant d’être recouvertes d’un mètre de terre. Cette «capping layer» est ensuite complétée par de la matière végétale pour faciliter la plantation de la canne à sucre.

 

Selon Rajiv Ramlogun, cette technique permet d’empêcher que les substances nocives contenues dans les cendres ne suintent dans les nappes phréatiques au contact de la pluie. Mais recouvrir ces déchets d’une couche de terre suffi t-il vraiment pour supprimer tout danger de contamination ?

 

Et quid de l’intervalle séparant le moment où les cendres sont entreposées et celui où elles sont recouvertes ? «Il y a toujours un degré de risque mais il y a aussi la gestion du risque. Nous opérons d’après ce que stipule notre permis d’Environment Impact Assessment (EIA)», dit-il.

 

 

Au chapitre du permis EIA justement, ce document précise que des mesures devront être prises «pour le stockage des cendres de charbon et des cendres volantes dans une structure entourée. La pièce réservée aux cendres de charbon et les cendres volantes devront comporter un sol en béton».

 

 

Plus loin, il est stipulé que «l’enlèvement des cendres volantes et des scories des fours (bottom ash, NdlR) devra satisfaire le ministère des Collectivités locales et le ministère de l’Environnement et ne devra pas engendrer de problèmes environnementaux ».

 

Et c’est là que le bât blesse : pour ces ministères, c’est le «business as usual» qui l’emporte. Mais pour Vela Gounden, conseiller du village de Souillac, CTDS est en infraction à la Local Government Act 2011, notamment aux articles 59 et 60 ayant trait à la gestion de déchets et au stockage, à la collecte, au transfert et à l’enlèvement des déchets. «Le ministère aurait dû prendre les mesures qui s’imposent», estime- t-il. Mais comme l’explique Rajen Valayden de l’organisation non gouvernementale Right 2 Live, il existe «un vide juridique en ce qui concerne les ‘carbocendres’». Même Rajiv Ramlogun estime qu’il y a «un manque de sensibilisation» à la question.

 

Qu’à cela ne tienne, de plus en plus de Mauriciens prennent conscience des risques liés à l’enfouissement et à l’épandage des cendres issues de la combustion du charbon dans les champs de canne. Ironiquement, c’est en grande partie CT Power qui a contribué à cet éveil.

 

En effet, ne voulant pas être accusés de se montrer sélectifs dans leur combat, les opposants à ce projet de centrale électrique ont étendu leurs critiques aux IPP. Pour preuve, s’adressant à la National Energy Commission en juin dernier, la Platform Moris Lanvironnman (PML) a rappelé que ces cendres «contiennent des produits chimiques et des métaux lourds; des polluants connus pour causer des cancers, des anomalies congénitales, des troubles reproductifs», entre autres. De plus, «des centres d’enfouissement mal construits augmentent les risques que les déchets ne suintent dans les nappes phréatiques». L’ancien directeur du Département de l’Environnement, Tiberman Ramyead, met également en garde contre la «percolation des sols».

 

Alors qu’en est-il vraiment ? Une étude effectuée sur quatre sites différents par Aneeza Soobadar et René Ng Kee Wong du Mauritius Sugar Industry Research Institute en 2007 avait conclu que les risques de contamination des nappes phréatiques par les métaux lourds contenus dans ces déchets étaient minimes, avant de préciser qu’il n’était pas désirable d’avoir «doses de cendres élevées» dans les sols du fait de leurs «effets négatifs sur la production de sucre». «Pour une gestion durable des sols et la qualité de l’eau, le sort des cendres de bagasse et de charbon dans le long terme doit être surveillé de près», précisait encore le document.

 

C’est aussi ce qu’avait recommandé le Technical Advisory Committee on Coal Ash Management en 2009. De plus, ce comité avait dressé une liste de directives et un seuil pour l’application des cendres sur les terres. En novembre 2010, le ministre de l’Environnement, Deva Virahsawmy, avait annoncé au Parlement qu’un Steering Committee, ainsi que plusieurs équipes techniques avait été chargé d’étudier les recommandations du Technical Advisory Committee pour assurer une «prompte mise en oeuvre» de celles-ci.

 

Pour Rajiv Ramlogun d’Omnicane la solution se trouve dans «la réutilisation» de ces déchets. «La gestion des cendres deviendra un problème à l’avenir, notamment en raison du manque d’espace», estime-t-il. Omnicane a d’ailleurs lancé un projet pour mélanger les 30 000 tonnes de cendres générées annuellement par la Centrale thermique de Savannah à du ciment.

 

Pour cela, le groupe espère mettre sur pied une Coal Burnout (CBO) Facility en vue de réduire le taux de carbone dans les cendres. Dans le rapport EIA de CBO, Omnicane va dans le même sens que Rajiv Ramlogun : outre des problèmes d’environnement et de santé publique potentiels associés à l’enfouissement de cendres, cette pratique «n’est pas durable dans les moyen et long termes, étant donné que la superficie sous culture de canne tend à diminuer au fi l des années».

 

Rajen Valayden est sceptique quant aux mérites de ce projet : «Comment est-il possible que le fait de mélanger une substance toxique à un produit chimique puisse constituer une solution ?»

 

Il n’en reste pas moins que faute d’un véritable engagement de la part des autorités et des autres IPP pour s’attaquer à ce problème, la démarche d’Omnicane paraît intéressante. Après tout, il semble préférable d’encastrer ces «carbocendres» dans du ciment que de l’enfouir dans les sols utilisés pour cultiver de la canne.

 

 

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