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Ce qui freine Rama Sithanen

3 septembre 2005, 20:00

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Le ministre des Finances avait pris soin de dire que son plan de relance économique baptisé « Setting the state for Robust growth » n?allait pas créer « un big-bang » économique. Rama Sithanen a néanmoins expliqué hier que les réactions qu?il a eues depuis sont « largement positives ». L?exercice a quand même été difficile à réaliser. La conjoncture économique locale et internationale l?a appelé à la plus grande prudence dans la formulation de sa politique économique. Et des divergences d?opinion à l?intérieur même du gouvernement l?ont amené à édulcorer l?orientation libérale qu?il aurait souhaité adopter.

Les indicateurs économiques rappellent Sithanen à la réalité. Il n?est pas question de faire du keynésianisme. L?État mauricien ne peut se permettre d?injecter des milliards dans l?économie à travers de grands projets pour doper l?investissement ou créer des emplois favorisant ainsi la croissance. Les taux alarmants du déficit budgétaire et de la dette publique, respectivement à 5,9 % et 58 % du produit intérieur brut, ont forcé Sithanen à abandonner une politique économique volontariste et à prôner une certaine austérité dans les dépenses. Mais les mesures qu?annonce le ministre des Finances et du Développement économique, y compris le transport gratuit, coûteront quand même Rs 850 millions à l?État.

Les contraintes internationales pèsent aussi lourdement que les freins locaux. Conséquences du démantèlement de l?accord multifibre, augmentation certaine du prix des carburants et du fret, baisse du prix garanti du sucre mauricien? Autant de facteurs qui ont diminué la capacité du ministre des Finances à prévoir efficacement la conjoncture économique qui prévaudra dans un an. Une invitation supplémentaire à être prudent.

Mais Sithanen peut également trouver plus près de lui ceux qui ont freiné une approche qu?il aurait voulue libérale avant tout. Il y a bien un manque de cohésion à l?intérieur du gouvernement. Bien qu?il ait la main haute et demeure relativement libre dans la formulation de sa politique économique, des orientations ou idéologies défendues par certains de ses collègues, ministres ou députés, l?ont amené à fléchir sa position ou, carrément, à ne pas aller assez loin sur certains dossiers.

Jeetah, une erreur de casting

L?investissement privé est la clé du dispositif de relance prôné par Sithanen. Et, à ce chapitre, l?état d?esprit du secteur privé est très important. Bien que celui-ci ait apprécié la « cohérence » de son plan, l?humeur demeure un peu plombée. La politique de réintroduction du contrôle des prix sur certains produits agace et inquiète le secteur privé. Mais Sithanen ne serait pas tout à fait d?accord avec cette approche.

La politique agressive de Rajesh Jeetah, le ministre du Commerce, en matière de prix ne favorise pas la confiance que le ministre des Finances souhaite instaurer dans les rangs du privé. Un cadre du ministère de Jeetah situe bien les enjeux. « Il s?agit de favoriser la compétition en aidant, s?il le faut, de nouveaux opérateurs à entrer dans un marché très peu concurrentiel. Sauf que le ministre a choisi de s?attaquer aux effets plutôt qu?aux causes. » Sans ambages, certains qualifient Jeetah d?erreur de casting. La fougue du ministre et le peu de dialogue qu?il entretient avec le privé déplaisent. « Enn sel coze Jeetah ruine 100 zefor Sithanen », ironise Paul Bérenger, le leader de l?opposition.

Le Premier ministre aurait été passablement agacé par l?attitude belliqueuse de Jeetah envers le privé. Mais il est un fait que le contrôle de prix sur un produit aussi emblématique que le lait peut rapporter politiquement ! Navin Ramgoolam ne s?est donc pas empressé de rappeler son ministre à l?ordre. Et Sithanen, bien que voulant envoyer un signal contraire au secteur privé, a dû se résigner à ne pas mentionner une seule fois durant son discours que le contrôle des prix pourrait ne pas être introduit. Manquant ainsi l?occasion de rassurer ceux-là mêmes qui aideront au redémarrage de l?investissement. Interrogé sur la décision d?importer du lait d?Inde et sur les effets sur les prix, Sithanen ne se prononce pas. « Ou bizin poz sa kestion la mo coleg Jeetah. »

La fougue de certains ministres s?ajoute à l?orientation idéologique des autres. Ainsi, au sujet de l?Integrated Resort Scheme (IRS), deux approches se sont affrontées au gouvernement. Celle de Sithanen consistant à dire qu?il faut continuer avec les IRS. Tandis qu?Asraf Dullul, le ministre des Terres et du Logement, et d?autres les considèrent comme étant « rien d?autre que des spéculations foncières ». Non sans peine, c?est Sithanen qui a remporté la bataille. Au Parlement, c?est lui qui a répondu à une question de l?opposition sur la politique du gouvernement par rapport à l?IRS et non Dullul.

Encore une fois, le gouvernement a dû trancher. Durant la campagne, les projets IRS ont été fustigés. Comment justifier une volte-face ? Sithanen le fera en réorientant légèrement l?IRS : permettre à de petits propriétaires de démarrer des projets et faire en sorte que leur implantation profite aux entrepreneurs et artisans des zones avoisinantes. Quatorze projets IRS sont déjà entamés. Et au sein des promoteurs, on affirme même qu?il y a eu un coup d?accélérateur depuis quelque temps.

Étienne Sinatambou est qualifié de « bougre bien intelizen ki anvi apran » par les professionnels de son secteur.

Autre sujet de contentieux : l?ouverture de l?accès aérien. Deux points de vue se sont entrechoqués pendant un temps. Celui de Xavier Duval, le ministre du Tourisme, et celui de Sithanen. Le premier préférant une ouverture accélérée et quasi totale, le second prônant une approche plus prudente et calculée en concertation avec Air Mauritius et les hôteliers. Ce n?est que récemment que les deux sont arrivés à accorder leurs violons à ce sujet.

Durant la campagne électorale, l?ouverture de l?accès aérien avait été « vendue » comme une mesure phare pouvant doper le tourisme. Sithanen se devait donc de l?aborder lors de son discours. Mais ce dernier, après des concertations avec Xavier Duval, a obtenu de ne pas préciser la date de nomination du deuxième transporteur français sur l?axe France-Maurice.

Dans un autre secteur, c?est plutôt le manque d?interaction entre Sithanen et un de ses collègues qui a ralenti son élan. Étienne Sinatambou, le ministre de la Technologie informatique et des Télécommunications (Tic), est qualifié de « bougre bien intelizen ki anvi apran », par les professionnels de son secteur. Mais maîtriser le dossier Tic prend du temps. Et il n?en a pas eu assez pour pouvoir soumettre ses idées à Sithanen.

Pire, Sinatambou n?a pas non plus pu compter sur deux acteurs majeurs dans le paysage des Tic de Maurice : le président de l?Information and Communication Technologies Authority (Icta) et le patron de Mauritius Telecom. Deux personnes qui auraient pu lui prodiguer des conseils et lui suggérer des orientations qu?il aurait pu partager avec Sithanen. Résultat : le ministre des Finances a proposé le strict minimum dans ce secteur. La baisse de 15 % des coûts de communication à haut débit vers l?international sauvant la mise de peu.

On ne lui a pas mis des bâtons dans les roues. Mais, débarrassé de ces obstacles, Sithanen aurait pu présenter un plan plus complet. Le ministre n?a pas d?emprise sur la conjoncture internationale. Mais une meilleure entente au sein du gouvernement pourrait apporter de meilleurs résultats. Sithanen aura l?occasion de se rattraper lors de la présentation de son premier budget en juin 2006.

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