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Ce qui fait courir Ramjuttun
«Je rencontre le Premier ministre demain. Je n?ai fait que mon devoir de conseiller. Et contrairement à ce qui a été dit, rien n?avait été planifié quand je suis allé à Chitrakoot », nous a expliqué hier, Dinesh Ramjuttun. Il dit s?y être rendu à la demande du président des forces vives pour faire un constat. Et d?ajouter : « Je n?ai pas d?agenda caché. »
Il ne fait aucun doute, l?agitateur politique qu?est Dinesh Ramjuttun, reprend du service. Et il ne fait pas dans la demi-mesure. Insatisfait, dit-il, de la manière dont le gouvernement gère actuellement certains dossiers, il s?est lancé dans des mises en garde à l?égard de certains ministres. « Le gouvernement doit revoir certaines de ses décisions. Faute de quoi, il en assumera l?entière responsabilité. Mo dan enn fighting mood », lance le conseiller du Premier ministre. Cet ancien député et ministre, formé à l?école d?Harish Boodhoo, alors leader du Parti socialiste mauricien a gardé ses réflexes de politicien rebelle et frondeur.
Cette semaine encore, alors qu?on le croyait docilement assis à l?hôtel du gouvernement, il se rend à l?école primaire de Chitrakoot pour apporter son soutien aux parents d?élèves qui manifestaient contre la fermeture de cet établissement scolaire. Il prend à contre-pied, le ministre de l?Education, Dharam Gookhool, qui s?en tenait aux rapports soumis par des experts sur les risques de maintenir l?école dans son état actuel. Ces derniers estiment que le bâtiment, fragilisé par des glissements de terrain, présente un danger pour les enfants qui y sont admis.
Non content de se mettre à l?avant-plan, Dinesh Ramjuttun enchaîne les interviews et les déclarations coup de poing. Pourquoi autant d?agitation ? Le conseiller s?attaque tour à tour à Rashid Beebeejaun, vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, et à Rama Sithanen, le ministre des Finances. Et sans que l?on comprenne bien ses motivations, il dénonce la National Residential Property Tax, ainsi que l?imposition sur les revenus des petits planteurs.
<B>Tenté par l?herbe, plus verte, du voisin</B>
D?aucuns estiment que le conseiller caresserait l?idée de débaucher certains parlementaires de l?Alliance sociale pour ensuite négocier son entrée au Mouvement militant mauricien (MMM) ou au Mouvement socialiste militant (MSM), dépendant de l?offre qui lui serait faite. Ce que dément bien évidemment le principal intéressé. Ce ne serait pourtant pas la première fois que Dinesh Ramjuttun serait tenté par l?herbe, plus verte, du voisin.
Nommé conseiller du Premier ministre à l?issue des élections générales de 2005, Ramjuttun ne fait plus parler de lui pendant un moment. Mais comme dit l?adage, chassez le naturel, il revient au galop. Des conflits ne tardent pas à surgir entre lui et des apparatchiks du Parti travailliste (PTr). Des pressions auraient même été exercées auprès de Navin Ramgoolam pour que Ramjuttun quitte l?hôtel du gouvernement, mais en vain. Le Premier ministre était conscient qu?en le mettant à la porte, il ouvrirait la boîte de Pandore. « Mieux vaut avoir Dinesh Ramjuttun avec soi que contre soi », laisse-t-on entendre du côté du PTr.
Toutefois, le conseiller finit par s?attirer une certaine méfiance dans les rangs du gouvernement. Cela à cause de plusieurs rencontres qu?il aurait eu avec certains membres de l?opposition. « Nous savons que Dinesh Ramjuttun préparait un coup d?éclat, car il avait travaillé avec un autre conseiller proche du Premier ministre et deux ministres qui ont des assises dans les circonscriptions du Nord. Tous sont des Vaishs et il ne faut pas être grand sorcier pour comprendre le jeu de Dinesh Ramjuttun. Vous n?avez qu?à faire le lien avec les déclarations de Paul Bérenger sur le fait qu?il devait y avoir de grands bouleversements sur le plan politique », confie un dirigeant de l?Alliance sociale.
Et d?ajouter : « Mais malheureusement, Dinesh Ramjuttun a voulu tirer plus vite que son ombre et à l?heure où je vous parle, certains de ces éléments ont eu le temps de la réflexion et ceux qui envisageaient de quitter l?Alliance sociale ont vite compris dans quelle galère ils se retrouveraient. »
Ce que nie Dinesh Ramjuttun, qui assure n?avoir jamais participé à ces réunions. « C?est totalement faux. Cela fait plus de six mois que je n?ai pas rencontré Madun Dulloo. Et d?ailleurs, je suis un ami d?Anil Bachoo. J?occupe son bureau, car comme ministre, il avait gardé un pied- à-terre à l?hôtel du gouvernement », se défend-il.
À ce jeu, il est évident que le MMM, qui recherche une caution non négligeable de la majorité de la population dans sa stratégie de la reconquête du pouvoir, espère et attend un développement à ce niveau. Il est évident que la possible défection de certains membres du gouvernement aurait affaibli et fragilisé le gouvernement de Navin Ramgoolam. Ce dernier aurait, paraît-il, laissé faire afin de jauger la sincérité des uns et des autres.
<B>Des activistes rouges très remontés</B>
Dans cette stratégie de ralliement de la majorité de la population à l?opposition, il n?aurait pas été impossible qu?un retour au sein du MSM ait été envisagé. Mais c?est surtout le MMM qui aurait récupéré les dividendes de cette opération. Au sein des Rouges, la sortie de Dinesh Ramjuttun n?est pas jugée innocente. « Vous savez, lors des dernières élections générales, trois éléments du MSM, notamment Joe Lesjongard, Mahen Jhugroo et Kalianee Virahsawmy, ont été élus dans cette circonscription. Avec le réservoir de votes hindous à Chitrakoot et à Vallée-des-Prêtres, je ne crois pas que son intervention ait été innocente », avance un membre des Rouges, très actif dans la région.
Ce qui est certain, c?est que les activistes rouges sont très remontés contre Dinesh Ramjuttun, exigeant son départ de l?hôtel du gouvernement. Pressentant que les choses pourraient tourner mal pour lui, le conseiller, aurait vidé son bureau en emportant effets personnels et dossiers, vendredi.
« La question est posée. Et si maintenant Navin Ramgoolam décidait de se défaire de son conseiller. Le compte à rebours a commencé et le Premier ministre utilisera le couperet tôt ou tard. Il a été nommé conseiller du PM, au lieu de soutenir le gouvernement, il le critique. Il est clair qu?il est à la recherche de quelque chose », fulmine un député rouge, exaspéré par ce qu?il qualifie de comportement inacceptable.
<B>Remettre les pendules à l?heure</B>
Et Raj Aubeeluck, conseiller rouge à la municipalité de Beau-Bassin-Rose-Hill, de poursuivre : « Alors que Dinesh Ramjuttun déclare qu?il veut aider le Premier ministre en le conseillant sur une politique économique plus conforme aux aspirations du peuple, il fait exactement le contraire. » Ce que dément avec force le principal intéressé.
À première vue, il semblerait que Navin Ramgoolam pourrait, lors du congrès du 21 octobre, remettre les pendules à l?heure, plus particulièrement après l?épisode Ramjuttun. D?autant que les plus vives critiques à l?égard des ministres émanent des conseillers attachés à son bureau. En l?occurrence, celles de Jean Suzanne à l?égard d?Etienne Sinatambou, de Dinesh Ramjuttun contre trois ministres, et de Gilbert Philippe à l?encontre de Xavier-Luc Duval.
Ainsi, après le départ de Kailash Ruhee, comme Chief of Staff, le Premier ministre pourrait rechercher l?avis de certains de ses proches collaborateurs sur la nomination d?un homme de confiance à ce poste. Il pourrait, par ailleurs, se pencher sur la refonte de son cabinet, afin de donner plus de dynamisme à certains secteurs qui réclament des actions urgentes.
Par ailleurs, Navin Ramgoolam pourrait, après le congrès, animer d?importantes réunions avec une équipe restreinte et ainsi jauger la performance de ses députés et ministres. Cela afin de contrecarrer toute tentative de fragiliser son gouvernement. Ceux qui se savent dans le collimateur du chef du gouvernement tremblent déjà?
L?épisode Ramjuttun illustre bien les tractations et les man?uvres qui s?opèrent en coulisses. Il ne fait aucun doute que ce dernier avait, à l?évidence, programmé sa sortie. Sa réunion de demain avec le Premier ministre devrait donner une indication sur la suite des événements.
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